lundi 13 juin 2005 
Joseph Agostini 
 INTERVIEW
 Maitena Biraben


(JPEG) Joseph Agostini : Si je vous dis femme moderne, vous pensez à qui ?

Maitena Biraben : On est moderne quand on est de Montparnasse ! Etre moderne, pour moi, c’est être comme ma grand-mère, institutrice dans les années 20, quand elle se teignait les cheveux en rouge. Suis-je moderne, moi ? Pas vraiment. J’aime assez la désuétude.

Joseph Agostini : Quand je vous dis femme de télé, vous pensez à quoi ?

Maitena Biraben : La télé, il faut s’en servir. Je me bagarre tous les jours pour avoir quelque chose à dire quand je passe à l’antenne. Pour moi, c’est ça, « passer à la télé ». C’est avoir quelque chose à dire. Et comme je suis une énorme bavarde extrêmement spontanée... M’enfin, franchement, vous vous rendez compte ? On ne s’exprime pas devant cinq personnes mais devant des milliers, des millions de gens !

Joseph Agostini : Votre spontanéité, elle est très travaillée quand même, non ?

Maitena Biraben : (l’air surpris) On est jamais soi-même devant une caméra, mais de là à vous dire que je contrôle tout... Oui, je fais gaffe à mon pull pour les plans de dos ! Et puis, j’adore écrire mes lancements, mes intros, mes machins ! Ma différence, c’est quand même mon fond de commerce.

Joseph Agostini : Et, justement, c’est quoi, votre « différence » ?

Maitena Biraben : C’est ma manière d’être à moi ! Vous savez, en télé, une fille qui a du caractère est prise pour une caractérielle, une nana ingérable ! Je suis une animatrice, et je trouve que ce mot est noble. Je ne veux pas avoir de cartes de presse et je dis « fuck you » à ceux qui m’ont interdit de poser quatre questions sous prétexte que je n’en avais pas !

Joseph Agostini : En avoir ou pas...

Maitena Biraben : En France, ça se passe comme ça. Selon qu’on soit animateur ou journaliste... Selon qu’on soit dans les réseaux ou non... Il faut en être, quoi ! Pas de bol, je n’en suis pas ! Croyez-moi, je n’ai aucune envie de me mettre sur talons tous les soirs pour aller boire du champagne et me montrer dans les soirées. Je sors le mardi. Point barre. J’ai une vie après la télé, un enfant, un mari...

Joseph Agostini : Racontez-nous comment Thierry Ardisson est venu vous chercher en Suisse...

Maitena Biraben : C’était un beau jour de 1994. A cette époque, il n’y avait pas encore de portables... Vous vous rendez compte ? Bouvard et Ardisson m’ont contactée le même jour. Je présentais mon talk show sur la TSR, Ca colle et c’est piquant. Je suis partie rejoindre Thierry à Paris. Je sautais dans son ascenseur. J’allais bosser avec le mec de Lunettes noires pour nuits blanches, Bains de minuit...

Joseph Agostini : Votre émission, Vue sur la mer, produite par Ardisson, a été un échec total. Plus dure a été la chute ?

Maitena Biraben : Et on ne me faisait plus travailler nulle part ! J’ai même fait le casting du Maillon faible à cette époque ! Et puis, William Leymergie m’a proposé de faire la chronique ciné de Télématin.

Joseph Agostini : Avant Les Maternelles, sur France 5, vous sentiez-vous employée à votre juste valeur ?

Maitena Biraben : Les Maternelles, ça a été miraculeux ! Je prenais des cours de théâtre avec une amie, Héléna Morna. On m’a appelée pour participer au casting. Je croyais que c’était une émission pour enfants ! Quatre mois plus tard, la chaîne m’a rappelée. J’étais libre ! Les Maternelles, c’était ovniesque !

Joseph Agostini : Y a-t-il une vie après cette émission ?

Maitena Biraben : Sincèrement, je pensais que c’était impossible de bosser autrement. Une heure et demi sur la famille, en matinée, c’était ovniesque ! Le concept est taillé dans la finesse, le travail, la précision, l’écoute. C’est une vraie émission de service public. Quand j’ai pris la décision d’arrêter, j’ai pleuré dans le bureau de Jean-Pierre Cottet pour lui supplier de maintenir l’émission à l’antenne. Mon fils me disait : « Maman, tu ne peux pas t’en aller ». Quand j’y repense, j’en suis malade !

Joseph Agostini : Et pourtant, vous avez choisi l’exil et Canal +, avec Nous ne sommes pas des anges. Un an après, aucun regret ?

Maitena Biraben : Non. Je fais l’émission que j’avais envie de faire. Nous ne sommes pas des anges contient, dans son seul titre, une promesse très forte. Il nous fallait des chroniqueurs différents, des personnalités à part entière... Je n’ai pas envie de prendre toute la place. Il y a plein de gens qui bossent avec moi, qui décident avec moi. Il faut arrêter deux secondes avec l’animateur roi ! Un animateur, ça ne compte pas plus qu’un concept ! Sur Canal, ils savent où on veut aller. Ils nous permettent de croire en nous.

Joseph Agostini : Quand vous étiez en Suisse, Canal vous faisait déjà rêver ?

Maitena Biraben : J’aurais adoré présenter Nulle par ailleurs à l’époque. Mais bon, j’avais plusieurs rêves en télé. Remplacer Frédéric Mitterrand, François Henri de Virieu... Quand j’étais gosse, je me prenais pour Alain Duhamel, c’est vous dire !

Joseph Agostini : Vous vous sentez mieux dans la légèreté ou dans la gravité ?

Maitena Biraben : C’est très facile de briller dans les Maternelles quand on interviewe des parents d’enfants cancéreux. Mais je revendique aussi le droit à la légèreté ! C’est plus difficile encore en télé.

Joseph Agostini : Vous êtes d’abord une fille du service public...

Maitena Biraben : Je serais restée sur le service public s’il avait bien voulu de moi. Mais il n’a pas jugé utile de m’offrir ce que je voulais, à savoir une liberté et une différence. Présenter des divertissements en prime time, avec un prompteur et un décolleté, ce n’est vraiment pas mon ambition ! On est plus libre sur Canal qu’on ne l’est sur France 2.

Joseph Agostini : Vous n’auriez pas aimé animer Encore plus libre à la place de Karine Lemarchand, qui vous a succédée aux Maternelles  ?

Maitena Biraben : Non. Ce n’est pas une émission qui m’aurait convaincue de rester sur le service public. Je n’ai rien contre Karine Lemarchand pour autant. Dans ma position, je ne peux pas vraiment juger son travail...

Joseph Agostini : Et si, demain, TF1 vous proposait une real tv ?

Maitena Biraben : J’ai toujours fait des émissions dignes, respectables, même si je ne suis pas une intellectuelle. Divertir, ça ne veut pas forcément dire abrutir. Même si j’ai été à donf dans Bachelor cette année ! Sans déconner, j’aimerais participer à un Loft, où on m’enfermerait avec des mecs comme Lagardère, Blondel et un type qui dirige une supérette... On ne sortirait pas avant d’avoir résolu le problème du chômage et de l’effet de serre.

Joseph Agostini : Mais qui regarderait ?

Maitena Biraben : Personne, justement. Ce serait chiant à mourir...

Qu’on se le dise : Maitena pense ne pas avoir besoin de décolleté et de carte de presse pour faire de la télé ! Cette vraie brune ex- fausse blonde a convaincu les Dieux du PAF, qui n’ont maintenant d’yeux que pour elle !

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