dimanche 11 février 2018 à 18:40 par

Frédérique Lantieri (Faites entrer l’accusé) : « Ce n’est pas parce que Jonathann Daval a tué sa femme qu’il ne regrette pas son geste »

Frédérique Lantieri est aux commandes de Faites entrer l’accusé depuis 2011 sur France 2. Pour Toutelatele, la journaliste a évoqué les trois enquêtes inédites de ce début d’année et livré ses impressions sur les récents fait-divers ayant agité le pays.

Frédérique Lantieri (Faites entrer l’accusé) : « Ce n’est pas parce que Jonathann Daval a tué sa femme qu’il ne regrette pas son geste »
©JEAN PIMENTEL /FTV 

Joshua Daguenet : Dès la fin du générique de Faites entrer l’accusé, l’intro a été modifiée depuis cette année : quelques images accompagnées d’une musique rythmée précèdent votre arrivée à l’écran. Pourquoi ce changement ?

Frédérique Lantieri : L’idée est de créer une atmosphère dans la seconde et d’apporter une dynamique. Tout de suite, le téléspectateur est dans l’ambiance et cette intro est intrigante. Moi-même, j’apparais dans une présentation entrecoupée d’images et je suis dans différentes situations. Les teasers seront même plus longs dans les numéros suivants.

Dans la prochaine enquête, Xavier Dupont de Ligonnès est indirectement cité. Pourquoi Faites entrer l’accusé n’a toujours pas consacré de documentaire à l’une des mystérieuses affaires judiciaires du siècle ?

Parce que le magazine ne traite que les affaires judiciaires quand elles sont terminées. Si l’affaire demeure non résolue ou que Xavier Dupont de Ligonnès est retrouvé mort, vous n’aurez jamais de Faites entrer l’accusé sur ce fait divers car l’enquête prendra fin immédiatement.

Cette histoire est l’objet de tous les fantasmes, beaucoup de gens prétendant l’avoir croisé. Est-ce une raison de son utilisation dans l’enquête sur Sylviane Fabre où le lien se révèle assez étroit ?

Xavier Dupont de Ligonnès a réellement été évoqué dans cette enquête car Sylviane Fabre disparait quelques jours après lui. Ils ont le même âge et ont pu se croiser durant deux ans donc cette piste n’était pas farfelue même si, très vite, les enquêteurs ont su qu’il n’y’en aurait rien à retirer. Ce n’est pas la première fois qu’un fait-divers en croise un autre, je pense notamment aux affaires Muenstermann et Guy Georges.

Vous recevez des suspects finalement innocentés par la justice comme lors de l’affaire Dominique Aubry. Vous est-il arrivée de ressentir que votre interlocuteur vous menait en bateau ?

Il y a eu des acquittés dont j’ai pensé qu’ils n’étaient pas forcément innocents mais pas dans l’affaire Dominique Aubry. Comme les enquêteurs, vous vous rendez compte par exemple qu’un certain nombre de femmes disparaissent avant une audience ou un divorce. Il y a des morts qui tombent à pic et ça ne trompe pas trop même si les malheureux concours de circonstances existent. Vous comprenez pourquoi dans certaines situations, les enquêteurs trouvent qu’une affaire sent bizarre.

« J’ai rencontré des acquittés dont j’ai pensé qu’ils n’étaient pas forcément innocents »

Pour l’affaire Laëtitia Perrais, le procès de Gilles Patron, reconnu coupable de viol sur sa fille adoptive, a été traité en quelques lignes pour conclure l’enquête. Pourquoi avoir mis de côté le dénouement judiciaire de ce personnage central ?

Parce que c’était l’affaire Tony Meilhon et non l’affaire Gilles Patron et ce dernier a été reconnu coupable de viol sur Jessica et ses copines, et non Laëtitia. Le dossier judiciaire était différent et on les a regroupés comme on a pu mais il faut être rigoureux. On raconte l’histoire, les bouleversements et à la fin on se contente de donner la peine qu’il a prise.

L’affaire Grégory a connu de gros rebondissements en 2017. Est-il prévu d’offrir une version rénovée de l’enquête proposée par le magazine quinze ans auparavant ?

Il faut également qu’il y’ait un nouveau procès et de nouveaux accusés pour cela. Les mises en examen ne suffisent pas, il faut des condamnations.

Dominique Rizet est présent depuis les débuts du magazine. Comment joignez-vous vos forces durant les enregistrements ?

Les tâches sont très définies. Lui apporte une expertise technique et scientifique et moi, je joue le rôle du juge et du magistrat qui récupère les informations. Les scènes avec Dominique Rizet seront plus courtes mais elles seront plus nombreuses lors des futurs numéros. À l’époque, il y avait beaucoup de tournages à l’extérieur avec Dominique et Christophe [Hondelatte, ndlr], c’est moins le cas aujourd’hui et cela a renforcé mon rôle de magistrat car ce dernier reste à l’intérieur.

À titre personnel, quel est le plus grand mystère judiciaire encore jamais résolu ?

Je pense à l’affaire du « Grêlé » qui a beaucoup occupé les mecs de la crim’ et on ne sait pas pourquoi cela s’arrête et pourquoi on ne retrouve jamais le même ADN. Elle continue d’obséder les policiers et brigades de la criminelle qui se passent le dossier de génération en génération afin qu’il ne soit jamais enterré.

« Un fait divers comporte plein de leçons d’héroïsme ou d’horreur »

Après ce troisième inédit, Faites entrer l’accusé est de nouveau en pause. Quels seront les prochains sujets lors du retour à l’antenne du magazine ?

Il y a encore quelques rediffusions après ces inédits. Après, il y aura un numéro consacré à Laurent Bary, un éleveur de poules. Je peux aussi citer Steven Daubioul, un tueur en série ayant sévi dans une cité à Charleroi. Il va utiliser ses connaissances pour violer et tuer des vieilles dames de son voisinage.

Les rendez-vous criminels sont toujours des succès d’audience. La fascination semble prendre le pas sur l’émotion. Partagez-vous cette impression ?

Forcément, on ne peut pas se laisser complètement déborder par l’émotion, d’autres ressorts doivent rentrer en ligne de compte. Un fait divers raconte une société en négatif, il raconte les rapports conjugaux, sexuels ou sociaux. Mais aussi l’intelligence ou la pugnacité des enquêteurs, des magistrats… Un fait divers comporte plein de leçons d’héroïsme ou d’horreur, cela va au-delà de l’émotion sinon cela ne marcherait pas. Et chacun se prend pour un petit détective.

Récemment, l’affaire Jonathann Daval a marqué les esprits. Comme dans bon nombre d’affaires, le drame concerne des personnages sans histoire, pris par un quotidien banal. Qu’est-ce qui, le plus souvent, fait basculer autant de vies ?

Je dirais que les gens souffrent d’une intolérance à la frustration et d’un coup, ils pètent les plombs. Le plus étonnant, ce sont les gens qui avaient une vie normale et il se passe quelque chose de terrible et ils foncent… Ils ne vont pas voir les flics, ils mentent, dissimulent, cachent les corps, se procurent des alibis… Pour l’affaire Jonathann Daval, il est peut-être sincèrement désolé d’avoir tué sa femme, ce n’est pas parce qu’on tue quelqu’un, qu’on ne le regrette pas ensuite.

Pour promouvoir votre émission 48 heures sur France 5, vous avez été reçue dans l’émission d’Europe 1 : Hondelatte raconte. Frédérique Lantieri et Christophe Dechavanne sont-ils définitivement réconciliés ?

Nous sommes réconciliés depuis très longtemps et je n’ai plus aucun problème avec ça ! Par ailleurs, nous allons travailler dans les plus brefs délais pour préparer la deuxième saison de 48 heures.


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