Toutelatele

Sebastien Tarrago (Emiliano Sala, les secrets d’un destin brisé) : « Pour Waldemar Kita, le documentaire est cruel, il ne comprend pas cette haine »

Joshua Daguenet
Par
Rédacteur TV & Séries
Publié le 22/05/2019 à 16:15 Mis à jour le 22/05/2019 à 19:12

Ce mercredi 22 mai à 21 heures, L’Equipe enquête propose le documentaire Emiliano Sala, les secrets d’un destin brisé, quatre mois après la disparition tragique de l’attaquant argentin dans un accident d’avion. Son réalisateur, Sébastien Tarrago, a recueilli différents témoignages dans l’entourage du footballeur, mais aussi celui de l’entraîneur du FC Nantes, son dernier club : Vahid Halilhodzic. Pour Toutelatele, le journaliste a exprimé sa volonté de saluer la mémoire du joueur, bien plus que créer une polémique avec le Président Waldemar Kita, sujet à de violentes critiques à travers les différents témoins.

Joshua Daguenet : En vous rendant à la Jonelière, le centre d’entraînement du FC Nantes, en avril dernier, comment avez-vous jugé l’atmosphère trois mois après le drame ?

Sébastien Tarrago : C’est difficile de répondre à la question, car nous n’avons vu que le coach Vahid Halilhodzic, l’entraînement étant prévu l’après-midi. Par rapport aux personnes rencontrées, il y avait la volonté de passer à autre chose sur le plan médiatique. Dans la semaine ayant suivi le drame, le FC Nantes, ses joueurs et le staff ont été beaucoup sollicités.

Les Kita sont attaqués par les différents témoignages. Pourquoi ne livrent-ils pas leur version dans le documentaire ?

Waldemar Kita a visionné le documentaire et il réagit dans une interview de dix-sept minutes qui sera diffusée juste après. C’est le principe de notre émission.

Qu’a-t-il pensé des critiques à son sujet, notamment celles d’Emiliano Sala ?

Il trouve cela dur, et un peu injuste forcément. Il dit qu’il ne comprend pas cette haine et cette violence. Il a l’impression que les propos d’Emiliano Sala ne sont pas les siens, dans le sens où il a été manipulé par son entourage. Il restait abasourdi. Il a essayé d’être digne, il comprend la maman. C’est certainement une situation inconfortable, le documentaire est cruel pour lui, mais ce n’était pas le but bien que dans le football, Waldemar Kita a un don pour ne pas se faire aimer. Il faut rester nuancé : Emiliano Sala était un peu perdu au moment des événements. Au final, il a accepté d’aller à Cardiff sans que personne ne lui mette de couteau sous la gorge.

Emiliano Sala parle de « dégoût » vis-à-vis de Waldemar Kita. Pensiez-vous que les deux hommes avaient atteint un tel stade de non-retour ?

Absolument pas. En se lançant dans ce documentaire, nous partions de zéro. Nous ne connaissions pas Emiliano Sala, et nous ne suivions pas l’actualité du FC Nantes au quotidien. Nous avons récupéré ce document audio qui fait parler. C’est le sentiment d’un autre sur un autre homme. La vie est compliquée, le propos n’était pas de porter un jugement sur Emiliano Sala ou Waldemar Kita. Quand il y a des disputes, il est rare que les torts ne soient pas un petit peu partagés.

« Mon but n’était pas de faire exploser le FC Nantes »

Le contexte est très lourd et la scission entre Waldemar Kita et les supporters très importante. Avez-vous pris conscience que ce document allait faire l’effet d’une bombe ?

Forcément, je me suis dit que cet audio, jamais diffusé, était une chose qui ferait grand bruit. Encore une fois, ce qui m’intéressait était de raconter le destin tourmenté d’un garçon qui vivait un moment très compliqué dans sa vie alors qu’il venait de recevoir une belle proposition de Cardiff. Mon but n’était pas de faire exploser le FC Nantes, ni de faire du mal à Waldemar Kita. Mais je sais à quel point la situation est tendue.

Vahid Hahilodzic est resté très marqué par la tragédie. Selon vous, peut-il toujours travailler avec la famille Kita la saison prochaine ?

Ce n’est pas l’objet de notre documentaire. Je ne l’ai pas interrogé sur son avenir, ni sur ses relations avec les Kita. En tant que journaliste, je sais ce qui se passe. Il y a une lassitude importante des deux côtés.

La simplicité d’Emiliano Sala est décrite par tout le monde. Existe-t-il néanmoins quelques distinctions entre la vision du joueur et de l’homme en France et celle en Argentine ?

En Argentine, personne ne le connaissait. Dans son village, il avait la même image d’un garçon très discret et combatif. C’est une histoire comme il y a tant d’autres, celle d’un jeune homme issu d’un milieu très modeste et qui avait le football pour s’en sortir. Cette fin tragique est la chronique d’un footballeur ayant beaucoup souffert.

Sportivement, l’Argentin a explosé à Nantes avec une demi-saison 2018-2019 exceptionnelle. Est-ce cynique de penser que la vive émotion s’est aussi développée grâce à sa récente réussite sportive ?

Il faut être honnête, cela joue. Par grand monde ne parlait de lui avant cette saison. Si vous êtes chanteur, on parle davantage de vous si vous vendez des disques. Beaucoup de personnalités qui ne le connaissaient pas ont été touchées par ce drame. Après, son agent est le frère de Gonzalo Higuaín qui lui-même a posté un message sur les réseaux sociaux, donc cela crée un impact. On a connu des drames avec des accidents d’avion, mais là, dans le cadre d’un transfert avec cet espoir insensé de le retrouver vivant, tout s’est mélangé.

« Cette fin tragique est la chronique d’un footballeur ayant beaucoup souffert »

Aucun représentant de Cardiff ne s’est exprimé dans ce documentaire. Les portes vous ont-elles été fermées ?

Nous nous sommes concentrés sur là où l’on pouvait apporter des plus-values. Nous ne pouvions pas tout faire, donc nous ne les avons pas sollicités, mais ils n’auraient pas parlé.

Comment voyez-vous la suite judiciaire opposant Nantes à Cardiff concernant le transfert du joueur ?

Je ne suis pas un juriste et dans le football il faut être prudent. Cependant, en l’état, je n’arrive pas à comprendre comment Cardiff pourrait ne pas être amené à payer. Ils vont faire traîner les choses.

Un dernier mot sur la famille du joueur. Tous ont témoigné avec dignité. Quelles sont leurs attentes quant à la diffusion de ce documentaire ?

Je ne pense pas qu’il y ait une attente particulière autour du documentaire. Nous ne sommes plus en contact avec la famille. Ils ont accepté de nous parler et nous ont fait confiance. Pour eux, il y a une volonté de rendre hommage à un garçon qui souffrait d’un manque de reconnaissance.