dimanche 17 juillet 2016 à 20:51 par

Sonia Mabrouk (On va plus loin, Public Sénat) : « On ne fait pas du hard news, et ça change tout ! »

Et si on allait plus loin ? C’est le pari de Sonia Mabrouk et de son émission On va plus loin sur Public Sénat, dont la première saison s’est achevée le mercredi 13 juillet dernier. Avant une rentrée riche en échéances électorales, rencontre avec celle qui, dès la fin de l’été, montera la barre du décryptage d’un nouveau cran.

Sonia Mabrouk (On va plus loin, Public Sénat) : « On ne fait pas du hard news, et ça change tout ! »
©Public Sénat / Olivier Mesnage 

Léopold Audebert : En quoi le titre de l’émission, On va plus loin, reflète-t-il son esprit ?

Sonia Mabrouk : On a conçu On va plus loin comme un talk politique. Avec des moments de repères de l’actualité, qui ont été présentés par Paul Bouffard durant la saison. L’essence de l’émission est d’avoir deux grands débats et un entretien. Avec le titre du programme, l’idée est de prolonger la réflexion. Et de donner la parole à une très grande personnalité. Pour « Le grand entretien », on essaye d’éviter les politiques. On privilégie les personnalités qui ont un autre regard sur l’actualité. La promesse de l’émission est de renouveler cet ensemble à chaque diffusion. Les débats font trente-cinq minutes chacun, tandis que l’entretien s’étend sur vingt minutes : ce qui demande beaucoup de préparation et d’organisation.

Pourquoi la notion de « temps long » est-elle une nécessité pour vous ?

Le temps est une marque de respect pour l’invité. Pour un « Grand entretien », je ne me vois pas inviter les plus grands responsables de tous les domaines et leur dire : « Vous avez cinq minutes, montre en main ». C’est aussi le respect du travail et des téléspectateurs ; en cinq minutes, je n’envisage pas de répondre à la promesse On va plus loin. C’est contre l’esprit de l’émission.

La diversité des invités est-elle également une des composantes de l’ADN du programme ?

Bien sûr ! On reçoit une dizaine d’invités chaque soir, donc environ quarante du lundi au jeudi. L’idée est vraiment d’avoir des personnes pointues pour chaque sujet et de leur accorder du temps pour s’exprimer. Ils viennent facilement et sont très différents, notamment en terme de génération. Finalement, notre cocktail est composé de trois ingrédients : plus de temps, des invités pertinents, et une capacité à anticiper le débat en l’approfondissant.

Suite au départ de Paul Bouffard, qui présentait « Les repères de l’actu’ » cette saison, la séquence va-t-elle perdurer la saison prochaine ?

On réfléchit, mais on pense que la vraie promesse de l’émission repose réellement sur les invités et les débats. Que les gens ne viennent pas sur Public Sénat pour avoir l’actualité en tant que tel. Il faut donc qu’on privilégie nos points forts. On n’est pas accroché au flash info, ce n’est pas notre offre spécifique.

« Notre cocktail est composé de trois ingrédients : plus de temps, des invités pertinents, et une capacité à anticiper le débat en l’approfondissant »

Comment définiriez-vous votre ton ?

Pour moi, l’agressivité, même vis-à-vis d’un responsable politique, est un facteur de perte de crédibilité pour un journaliste. Pour pousser quelqu’un dans ses retranchements, l’agressivité n’est pas la meilleure des méthodes. Il y en a trop dans notre société. Et ça ne correspond pas du tout à mon caractère. D’autres l’utilisent et l’incarnent très bien. Je procède autrement. De plus, quand on est dans un face à face avec un politique, je pense même que c’est toujours « l’agressé » que le public va « suivre ».

N’ayant pas suivi un cursus universitaire en école de journalisme, vous avez un parcours atypique par rapport à beaucoup de vos confrères. Est-ce également un élément important à prendre en compte lorsque l’on cherche à qualifier votre style de présentation ?

J’ai fait HEC en Tunisie, puis un DEA, un DESS et une thèse à la Sorbonne. J’ai enseigné dans les deux pays, et je suis très contente de ne pas avoir fait d’études de journalisme. Je pense qu’il faut qu’il y ait une diversité de parcours. Avant tout, être journaliste signifie être curieux. Je sais qu’on apprend beaucoup dans les écoles du métier, mais je pense qu’on peut avoir ces réflexes sans y aller. Comme une manière d’interviewer et une manière d’être en plateau. Ces autres horizons sont très importants, parce qu’il y a des mécanismes et des réflexes qui sont parfois les mêmes, ce qui est dommage…

Avant On va plus loin, Le 22 heures était à l’antenne sur Public Sénat. En changeant le titre du rendez-vous, et en adoptant une mécanique nouvelle et un habillage neuf, quelle était votre volonté initiale ?

L’idée était vraiment de trouver quelque chose de plus moderne, rythmé et qui nous corresponde davantage. Contrairement à ce qu’on croit, la chaîne est beaucoup regardée par les jeunes et, plus généralement, par ceux qui aiment la politique, « la chose publique », et qui apprécient le vrai débat. Il y en a encore beaucoup !

« Pour pousser quelqu’un dans ses retranchements, l’agressivité n’est pas la meilleure des méthodes »

Depuis plusieurs mois, vous proposez chaque semaine à des jeunes de débattre dans la séquence « Paroles de jeunes », diffusée chaque mercredi. Comment cette idée est-elle née ?

Par hasard ! Après avoir reçu un jeune, j’ai discuté avec lui, et il m’a dit qu’on ne l’invitait jamais sur les plateaux. Tout comme les autres de sa génération. Pour la saison prochaine, on est en train de faire une sorte de liste, avec une cinquantaine de noms, pour que les jeunes tournent à l’antenne, et qu’ils se connaissent, afin qu’il y ait des habitudes. C’est drôle, parce qu’ils s’interpellent par leur prénom, préparent vraiment les débats, se parlent etc. Parallèlement, on essaye de recevoir des jeunes de milieux associatifs. Ce panel va encore plus s’ouvrir à la rentrée.

Pour vous, que représente cette inclusion des jeunes dans les débats télévisés ?

Je zappe beaucoup, et je trouve assez étrange que ça n’existe pas ailleurs ! « Paroles de jeunes » est une véritable bouffée d’oxygène ! Quand le verrou saute et que leur personnalité reprend le dessus, c’est très intéressant. Ils sont en recherche d’expression : chez nous, ils ont l’occasion de parler et on peut mieux les connaître. Souvent, sur Twitter, on nous écrit pour participer aux débats : j’aime bien ce genre d’appel, je suis ouverte !

À l’approche des échéances électorales de l’année à venir, mettrez-vous en place un dispositif spécifique dans l’émission ?

Nous allons évidemment adapter On va plus loin. L’entretien va devenir événementiel lorsqu’il y aura de grands candidats. Pour les élections présidentielles françaises, on a déjà eu l’accord de l’équipe de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé notamment. On démarrera l’émission par cette séquence, puis on reprendra notre rythme classique. Mais nous ne perdrons pas l’esprit du talk. J’y tiens énormément !

Des jeunes pourront-ils interpeller directement les invités politiques présents en plateau ?

C’est possible, on y réfléchit !

« La séquence ‘Paroles de jeunes’ est une véritable bouffée d’oxygène ! »

Alors que la TNT gratuite comptabilisera vingt-sept chaînes à compter du mois de septembre, quel regard portez-vous sur l’évolution du paysage audiovisuel en France ?

Aujourd’hui, vous zappez sur les chaînes TNT comme vous le faites ailleurs. Pour moi, il n’y a plus de barrière comme avant. Je sais que, par exemple, les gens qui me suivent sur Europe 1 le week-end regardent également Public Sénat en semaine. Petite chaîne, grande chaîne : je trouve que cette distinction est aujourd’hui fausse. Ce ne sont qu’avec des petites fulgurances et de la qualité que l’on peut attirer le regard des téléspectateurs.

Plus généralement, quel est votre point de vue sur les émissions politiques à la télévision ?

Aujourd’hui, partout, elles se cherchent. En 2017, chaque émission recevra les mêmes candidats. Pour les journalistes, ça sera un enjeu de crédibilité majeur. Un révélateur de ce que chacun a dans le ventre, ou plutôt dans la tête ! (rires)

En quoi le talk On va plus loin propose-t-il une offre différente des chaînes d’information en continu ?

L’idée n’est pas de donner une autre offre. Je pense qu’on fait la même : ce sont des gens qui aiment l’actualité qui nous regardent. Mais on ne fait pas du hard news, et ça change tout !

Parallèlement à On va plus loin, Grand angle (BFMTV) et Galzi jusqu’à minuit (I-Télé) misent également sur des formats incluant information, reportages et entretiens. Quel est votre regard sur ces programmes ?

C’est bien, parce que c’est ce qu’on propose depuis quelque temps. On avait donc déjà touché le point sensible ! Mais nous sommes installés dans ce créneau, et à cet horaire, depuis pas mal de temps. Quand il y a une actualité politique, on sent qu’il y a une crédibilité à venir sur Public Sénat. C’est donc normalement gagnant pour l’année à venir.

« Pour les journalistes, 2017 sera un enjeu de crédibilité majeur »

Côté radio, vous êtes à la tête du Débat des grandes voix, chaque samedi et dimanche sur Europe 1. Alors que l’émission sera de retour la saison prochaine, quels sont, selon vous, ses points forts ?

Comme dans On va plus loin, on parle librement, on est nous même et on y va ! Ce sont trois idées simples, mais je pense que ce sont ces formules qui captent aujourd’hui l’auditeur et le téléspectateur. Et les gens viennent d’autant plus qu’ils se sentent bien, là où le ton est convivial.

Le décryptage quotidien de l’actualité dans On va plus loin vous aide-t-il à préparer Le débat des grandes voix ?

Bien sûr ! J’arrive avec une actualité que j’ai macérée, intégré et sur laquelle j’ai une valeur ajoutée. Avec des journalistes de renom, on arrive à la transformer. Et, de même, la radio nourrit la télé le lundi !

Quelles différences majeures établissez-vous entre la télévision et la radio ?

Avec la radio, il y a une proximité plus importante. Vous avez l’impression d’être plus dans un cocon avec les auditeurs. En télévision, il y a toujours l’image qui projette plein de choses, et qu’on ne peut pas maîtriser. On en est prisonnier. Si elle correspond à vous, tant mieux. Si elle agace, tant pis ! (rires)

Ressentez-vous une plus grande liberté dans votre travail au sein d’un des deux médias ?

Quand je compare Public Sénat avec Europe 1, qui est une grosse machine, on a, dans les deux cas, une totale liberté. C’est un élément crucial ! Comme il y a une souplesse dans le travail et une confiance, on choisit les débats, sans aucune restriction. Avec Public Sénat, il y a une mission de service public. Mais j’ai le même état d’esprit à Europe 1. Je dirais que nous avons, à chaque fois, une ambition de décryptage plus poussée, que j’assume, et qui nous correspond. Ce n’est pas une contrainte, au contraire !

« En télévision, il y a toujours l’image qui projette plein de choses, et qu’on ne peut pas maîtriser »

Vous êtes particulièrement active sur les réseaux sociaux. En quoi ont-ils changé votre façon de travailler et de communiquer ?

Je m’y suis mise tardivement, mais c’est un outil indispensable aujourd’hui ! Le responsable politique annonce presque sa candidature sur les réseaux sociaux avant de passer par d’autres médias plus classiques. Pour moi, c’est aussi un moyen de communication par rapport aux médias que je représente et un moyen d’expression. D’ailleurs, dès la rentrée, les réseaux sociaux seront plus présents dans On va plus loin… pour aller encore plus loin ! (rires)

Vous êtes également fondatrice de l’Association des musées de la Méditerranée. Pouvez-vous nous parler de cette initiative ?

C’est une idée qu’on partage avec Marc Ladreit de Lacharrière, qui est notamment mécène du Louvre. Quand je l’ai rencontré, par hasard dans un dîner, je lui ai proposé de favoriser une mise en lumière des musées du pourtour méditerranéen. On a alors créé cette association qui regroupe plus d’une quinzaine de mécènes, français et de la rive méditerranéenne. Chaque année, on met en valeur un musée grâce à trois initiatives. D’abord un film documentaire, avec Arte une grande plateforme interactive avec numérisation des œuvres et visite virtuelle, et un grand livre d’art. Nous sommes aussi partenaires avec l’UNESCO. Jusqu’à présent, on a fait la Tunisie, la Grèce, l’Espagne, et on vient de terminer le Musée copte d’Égypte. On part à présent pour le Liban et le Musée national de Beyrouth. Le prochain sera le Musée de Jérusalem de La Mer Morte.



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INFORMATION   LCP / PUBLIC SENAT  








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