jeudi 6 mars 2014 à 20:14 par

Xavier Deluc (Section de recherches) : « Pour tout le monde, il y a cette nécessité que Bernier existe »

A l’occasion de la diffusion de la saison 8 de Section de recherches sur TF1, Toutelatele a rencontré Xavier Deluc alias Capitaine Bernier. L’acteur évoque ici son personnage et l’évolution de la série policière, mais aussi certains des rôles marquants de sa carrière (La Triche, La Brute), du film qu’il a réalisé et de ses participations aux sagas d’été...

Xavier Deluc (Section de recherches) : « Pour tout le monde, il y a cette nécessité que Bernier existe »
©TF1 

Claire Varin : Lors de la saison précédente, la révélation de la présence d’un serial-killer dans l’équipe de Section de recherches a tout bouleversé. Avez-vous été surpris de ce retournement de situation ?

Xavier Deluc : J’ai été surpris, mais j’ai trouvé que c’était intelligent. Il y avait une raison que ça existe. Et je pense que l’auteur cherchait à créer un événement pour finir en « beauté ». Qu’est-ce qui peut créer la scission d’une équipe qui s’entend bien ? C’est que l’un des membres soit pourri.

La série se réinvente en changeant de décors et d’équipe. Avez-vous envisagé votre départ ?

J’ai eu des moments de flou artistique où je trouvais qu’il fallait que l’on se ressaisisse pour que ça puisse continuer. Je suis allé voir la production, il y a deux ans, en disant qu’il fallait que l’on se renouvelle au niveau des histoires ou des décors. Quand c’est arrivé, j’ai trouvé que c’était risqué de faire la suite. Mais la manière dont c’était construit était intéressante. Si ça avait été toute l’équipe qui avait rempilé dans une autre brigade, ça aurait fait un peu faux. Là, Bernier prend du temps à réintégrer l’équipe de façon maline, habile et faussement pudique et humble. Il n’a qu’une envie, c’est d’y retourner avec Nadia, jouée par Chrystelle Labaude. Tant que Dominique Lancelot sera là – parce qu’elle est auteure et productrice, ça permet d’avoir une ligne directive très forte – je suivrai. Ça finit par être une « famille ». On vit des moments insolites, des moments durs, des moments drôles et on se connaît tous plutôt bien. C’est une aventure qui me plaît. C’est une tranche de vie très forte.

Si on compare les castings de Section de recherches et de R.I.S., les acteurs jouant les chefs d’équipe sont tous partis au bout de deux ans et vous, vous êtes encore là après huit saisons…

J’avais un désir de rester tant que le spectateur voulait que je reste. Et c’est ce qui s’est avéré vrai. Il y a une demande des téléspectateurs et aussi de la part de la chaîne et du producteur. Pour tout le monde, il y a cette nécessité que Bernier existe. Après, adviendra ce qui adviendra (rires).

Avec cette redistribution de cartes, on remarque une vraie évolution pour votre personnage…

Il y a de vrais changements. D’abord, le fait qu’il ait pris une année sabbatique et qu’il réintègre la gendarmerie lui donne une distance. Il a moins les crocs et moins envie d’être sur le devant de la scène. Après, la problématique avec Leslie, la jeune fille qui entre dans sa vie, montre que ce n’est pas parce qu’on est un bon flic sachant gérer un groupe que l’on sait gérer les jeunes ou que l’on sait être un père adoptif improvisé. Ça pose des problèmes et je pense que ça peut être touchant. C’est un vrai et beau sujet actuel que la production a voulu évoquer ici.

« J’ai eu des moments de flou artistique où je trouvais qu’il fallait que l’on se ressaisisse pour que ça puisse continuer »

Ce caractère feuilletonnant de plus en plus développé dans la série atténue-t-il une éventuelle lassitude ?

Ça relance surtout la série. Ça la rend plus juste. Les gendarmes dans leurs uniformes ont une droiture de procédure, mais à côté, ils ont leurs problèmes. Et du point de vue de la fiction télévisuelle contemporaine, c’est vraiment dans l’air du temps d’avoir du feuilletonnant. Dominique Lancelot avait besoin de souffler aussi, de trouver des pauses humaines. Le public trouvait déjà que la série avait quelque chose de très humain, je pense qu’elle a voulu le montrer encore plus. Et user de nos caractères aussi.

Que pouvez-vous dire de la relation entre Martin Bernier et Lucas Auriol, joué par Franck Sémonin ?

On n’a pas joué l’antagonisme. On a joué deux hommes, avec un petit écart d’âges, qui se parlent. Bernier, c’est le grand frère. Le gars qui connaît un peu le job et qui de temps en temps recale. Il s’y prend souvent au conditionnel. Il a un œil bienveillant. Il le couvre dans ses galères, qui vont arriver dans les autres épisodes, tout en le mettant en garde. Il y a la projection de ce que Bernier aurait aimé être et puis, de ce qu’il a été puisque Ghemara a pris soin de lui, plus jeune. Il prend soin de son équipe et plus particulièrement de Lucas parce qu’il pense que c’est un très bon élément. Et il lui amène un petit côté anglais que Bernier a.

Que représente pour vous ce personnage que vous incarnez depuis huit ans ?

C’est très bizarre. Il y a six ans, je disais que je n’étais pas Bernier. Puis, tout d’un coup, je me suis dit « Mais je suis Bernier ». Et finalement, maintenant, je dis qu’on a créé un personnage virtuel où les auteurs veulent pomper un peu des choses à moi, dans ma vie privée, dans des émotions. Et les téléspectateurs voulaient que je sourie, alors ils m’ont fait sourire un peu plus. Ils croyaient que Bernier ne souriait jamais, donc que Xavier ne souriait jamais (rires). Dominique Lancelot a créé un personnage virtuel que j’incarne et qui finit par exister dans le cœur des gens. Il a ses défauts et ses qualités. C’est rigolo d’avoir ce privilège de faire vivre un personnage longtemps, en plus de votre vie à vous qui n’a rien à voir, et finalement les choses se croisent.

Partie 2 > Des sagas de l’été aux films marquants


Vous avez participé à plusieurs sagas d’été, un genre qui a disparu. Quel regard portez-vous sur ces expériences ?

Je ne suis pas analyste de courbes d’audience et de desiderata du public. Si les chaînes ne font pas de sagas d’été pour l’instant, c’est surement qu’il y a une raison. Peut-être est-ce aussi pour des raisons financières, je ne sais pas. En revanche, en tant d’acteur, c’est top. C’est des grandes vacances où on travaille bien quand même (rires). Maintenant, on ne part plus à Cuba. Vous vivez un truc, c’est 24h sur 24h pendant six mois. C’est une grande aventure théâtrale et des épopées magnifiques. Le public de Dolmen ou de Terre Indigo m’en parle toujours. Faut-il trouver un nouveau style d’écriture de séries d’été ? Je ne sais pas. Moi, j’en ai écrit une, qui a failli se faire. C’est pour dire à quel point j’aimais ça ! Les sagas étaient un vrai rendez-vous avec les familles françaises. J’ai vécu des choses superbes dont Terre Indigo. Merci à Jean Sagols, car ça a été un beau carrefour dans ma carrière.

Vous avez réalisé un film, Tombé d’une étoile, en 2007. Comment est venu ce besoin de s’exprimer autrement ?

Je tournais Section de recherches. J’avais fait une autre série avant [Marc Eliot, ndlr.] et quand j’ai signé l’aventure Section de recherches, je me suis promis de faire d’autres projets à côté. Je n’avais pas eu le courage avant. J’ai écrit ce film et je l’ai fait avec rien du tout. Je l’ai quasiment auto-produit. Je suis allé voir Canal+. Ils m’ont dit oui. Puis, j’ai refusé après parce qu’ils voulaient que l’on retravaille le scénario et qu’on change le casting, ce qui m’allait moins. Je voulais apprendre et je ne voulais pas que l’on mette de l’argent sur moi. Je ne voulais pas de cette pression. Et entre deux épisodes de Section de recherches, j’ai vécu un grand moment de ma vie. Le scénario n’est pas assez abouti, mais j’ai eu deux prix. Le film n’est jamais sorti. Je pense qu’il va arriver prochainement en DVD. Cette première approche m’a donné envie d’en faire d’autres. J’écris un long métrage. Une comédie sociale sur les rapports entre adultes et jeunes.

Dans les années 80, vous aviez une image de « beau mec écorché vif ». Ce côté écorché vif semble ressortir comme une thématique de votre film…

J’aime les histoires où l’on peut rire et pleurer. J’aime bien les larmes humides. Je n’y suis pas spécialement arrivé dans mon film. Les traits sont encore un peu gros, mais il y a une poésie et un style. J’aime les fonds sociaux forts qui puissent faire rire. Mais pas pour s’en moquer.

Si l’on revient au jeune acteur que vous étiez et à des sujets forts : La Triche, qui parlait de l’homosexualité, semble être un film qui a compté dans votre carrière…

La Triche est l’un des plus beaux films que j’ai faits, avec l’une de mes plus belles rencontres de metteur en scène, Madame Yannick Bellon. À l’époque, il fallait des gueules pour avoir des emplois. C’était très particulier. J’avais la réputation du jeune surfeur. Elle m’a pris au casting. J’ai ouvert la porte et elle m’a dit « C’est vous le rôle ». Elle m’a énormément appris, je ne peux qu’être reconnaissant. J’avais un carcan et elle a fissuré tout doucement l’armure de survie que j’avais mise pour me battre, tel un jeune provincial à Paris. C’est depuis ce jour-là que les réalisateurs sont venus vers moi. Elle m’a fait éclore de l’œuf. Recevoir de l’amour de quelqu’un qui vous a choisi, c’est une sensation que l’on ne vit pas souvent dans ce métier. Ce que je vis aussi avec Dominique Lancelot est très fort, elle m’a amené à devenir un homme. Yannick, elle, m’a amené à devenir un être qui n’a plus peur d’afficher sa sensibilité.

« Ce que je vis aussi avec Dominique Lancelot est très fort, elle m’a amené à devenir un homme »

Et donner la réplique à Victor Lanoux à l’époque ?

C’est un cadeau. Il était marrant parce qu’il me regardait évoluer. Vous avez un peu l’impression de voir Gabin qui vous regarde de façon un peu distante, mais avec un œil toujours bienveillant. Il était coquin et marrant. Et puis, l’aventure n’a pas toujours été sérieuse donc on a pouffé de rire de temps en temps. Victor Lanoux, chapeau, merci Monsieur ! Quand vous avez des gens en face de vous qui envoient du lourd comme lui, Claude Brasseur ou Delon, des gens avec qui j’ai tourné, ça vous muscle. Ça vous fait comprendre qu’il y a encore beaucoup de boulot à faire et tant mieux.

Dans La Brute, vous donniez la réplique à Jean Carmet…

La Brute, c’est une autre étape de ma vie. J’avais rencontré des sourds, muets et aveugles. J’avais des éducateurs pour le langage. C’était très lourd à faire et très chargé. C’est une belle expérience de tournage. Le rôle me plaisait. Le reste, j’en suis fier, mais je n’ai pas eu les mêmes souvenirs que sur La triche. J’ai fait un gros travail d’acteur, mais c’était plus dans ma bulle et personnel. Moins ouvert aux rencontres diverses.

Vous avez aussi tourné avec Doillon et Lelouch. Aujourd’hui, quel est votre rapport au cinéma ?

J’ai fait huit ans de Section de recherches. Aujourd’hui, je sais que j’ai atteint une maturité grâce à la série, à ma vie et mes écrits. J’ai atteint ce que je rêvais d’atteindre en tant qu’acteur. Je suis enfin un bonhomme. Et là, je suis prêt à aller affronter beaucoup de rôles. Maintenant, il faut que les rencontres se fassent.



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