Séverine Bosschem, la créatrice de Xanadu se défend

jeudi 28 avril 2011 à 17:00 |
B.Linder/Arte France

Au travers du prisme de la pornographie, Xanadu dévoile l’intimité d’une famille atypique « à la recherche de son équilibre ». L’occasion de s’attarder sur les fêlures de ses membres, mais aussi sur un univers dépeint comme « un enfer ». Pour autant, Séverine Bosschem, auteure de la série, exclut la notion de « brûlot », ne serait-ce d’ailleurs que le terme « critique ». Simple environnement interchangeable pour mettre en exergue les enjeux d’un secteur en mutation ou univers anxiogène dont les issues sont forcément tragiques ? Force est de constater que le X n’est, ici, pas une lettre de noblesse. Le porno a bon dos ? Réponses...

Tony Cotte : Plus de trois ans après avoir écrit Xanadu, la série arrive enfin sur Arte. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Séverine Bosschem : C’est un peu le calme après la tempête. La semaine dernière, nous étions découragés : nous avions un partenariat avec Dailymotion que l’on n’a pas pu garder car le service juridique d’Arte ne voulait pas que l’on diffuse la série en ligne entre 23 heures et 5 heures du matin. Nous avons perdu une exposition qui ciblait un public plus jeune que celui de la chaîne. C’était un peu la tuile. Mais nous venons de recevoir un accueil positif lors du festival Série Mania. Obtenir le prix de la « Meilleure série » par la presse étrangère, c’est très agréable...

Existe-t-il une inquiétude par rapport aux audiences ?

Nous ne bénéficions pas de la case la plus facile avec une programmation à 22h25 sur Arte. Mais je suis relativement zen : on a réussi quelque chose, c’est sûr. Après, il faut aussi savoir si, malgré des bonnes audiences, nous pouvons continuer Xanadu pour une deuxième saison.

Quelles ont été vos inspirations pour proposer cette œuvre ?

Elles sont multiples. Je n’ai pas eu d’exemples de séries, mais de romans américains, pour la densité du récit et le style romanesque. Je suis partie d’une image mentale : une pornstar des années 80 et sa destinée. J’aime les itinéraires de femmes cassées. J’ai imaginé ainsi mon héroïne et la façon dont elle a laissé une empreinte sur l’ensemble de sa famille. Je me suis plus intéressée à son mythe qu’à la pornographie en elle-même. On peut y voir, d’une certaine façon, une référence à Marilyn Monroe, John Cassavetes et Gena Rowlands.

Lors d’une première projection presse, il a été dit que Marc Dorcel était impliqué dans la production. À quel degré l’a-t-il été ?

Il nous a juste ouvert les portes de ce milieu-là. Sa femme, qui est aussi son attachée de presse, était en contact avec la production pour nous permettre de rencontrer différentes personnalités du X et d’aller sur les tournages. On n’aurait pas pu le faire sans eux, ils sont tellement méfiants. Ils n’ont pas envie d’être en contact avec le monde civil parce qu’ils savent qu’à chaque fois, ils sont utilisés pour faire des choses qui les desservent. Il parait aussi qu’ils ont recommandé certains acteurs X, mais Marc Dorcel n’est pas intervenu dans quoi que ce soit d’autre. D’ailleurs, il déteste la série.

Pouvez-vous comprendre sa réaction au vu des analogies entre lui et le personnage d’Alex Valadine, à la tête de l’empire Xanadu ?

Il a été perturbé par le visionnage et je n’y peux rien. Il s’est identifié au personnage, mais il n’était pas mon modèle. Alex Valadine est un patriarche comme on peut en retrouver dans n’importe quelle dynastie. Après, le comédien lui ressemble visiblement (Jean-Baptise Malartre, ndlr). Là encore, ce n’était pas voulu. Je ne connais pas l’histoire de sa famille et je n’ai jamais eu, ne serait-ce que l’idée, de l’adapter. Des pornographes en France, il y en a eu d’autres avant lui...

Pourtant, dans l’inconscient collectif, seul le nom de Dorcel vient à l’esprit quand on évoque un empire familial dans la pornographie...

J’en ai conscience. Pour moi c’est de la fiction pure. Peut-être qu’il n’y a eu que Dorcel en tant que dynastie dans ce milieu, mais, pour le coup, les aventures de cette famille peuvent s’appliquer à n’importe quelle autre profession. Xanadu parle d’une histoire sensible, mais possède un caractère universel. Ce qui a surtout gêné Marc Dorcel, c’est la vision extrêmement sombre de la pornographie dans la série. À moins que cela soit le portrait d’un homme qui refuse de passer la main ? J’ai quand même l’impression que cela se passe plutôt bien avec son fils. Je ne connais pas les rapports entre eux et je ne me serais jamais permis d’adapter leur vie sans leur autorisation au préalable.


Reconnaissez-vous au moins l’accumulation des clichés misérabilistes que l’on peut avoir sur la pornographie entre un univers anxiogène, la prostitution ou encore la drogue ?

C’est très curieux que vous disiez cela. Les hardeurs qui ont travaillé sur la série ne se sont pas sentis dénigrés, bien au contraire. Mon point de vue est surtout axé sur les femmes : on traine avec nous ce que l’on a été avant, et ce, tout au long de notre vie. Les erreurs du passé et les conséquences de certaines rencontres peuvent faire surface, notamment au moment de la maternité. Comment devenir mère ? Comment mon enfant va recevoir ce qu’est ma vie ? Nous nous posons toutes ces questions, sans compter le monde qui nous entoure et sa dureté. Tels sont les vrais propos de la série. La lecture que vous en faîtes est erronée. Xanadu est tout sauf un jugement sur la pornographie. En l’occurrence, c’est totalement romanesque. Si vous lisez du James Ellroy, c’est pareil : il ne ressort de la police que la corruption, le trafic de drogue ou des femmes retrouvées dans des terrains vagues. On peut difficilement en tirer comme conclusion qu’il donne une image déplorable de la police. Il ne faut pas mélanger la fiction de la réalité.

Le milieu du X souffre malgré tout d’une mauvaise réputation. La fiction, en l’occurrence, ne lui rend pas spécialement service...

On parle d’un âge d’or disparu et du monde qui a changé. On sait très bien que ce n’est pas applicable qu’à la pornographie. Il suffit de voir ce qui se passe dans bon nombre de grandes entreprises au niveau du management pour ne pas aller cracher sur le porno. J’aurais très bien pu faire le même genre de série chez L’Oréal ou France Télécom.

À quel degré la chaîne est intervenue pour « édulcorer » certaines scènes ?

Il n’y a eu aucune censure. François Sauvagnargues, responsable de la fiction pour Arte France, a récemment dit « Une œuvre n’a pas à être consensuelle  ». Il a bien compris que le côté cru faisait partie intégrante du ton de la série, nous ne sommes pas dans les grandes démonstrations de tendresse et d’affection. Quand la question s’était posée d’une diffusion en prime-time, j’ai averti que je ne changerais rien. La note dominante de Xanadu est l’intensité et il était hors de question de la réduire pour pouvoir être présentable à un public plus large. Pour le coup, Arte a très bien compris. Et la case dévolue aux séries est de toute manière la seconde partie de soirée. Mais elle n’est pas fixe aujourd’hui : la chaîne va présenter au mois de juin sa nouvelle grille et je sais que l’unité de fiction se bat pour avoir enfin une case dévolue au genre. Ce n’est pas gagné, Arte a quand même un problème au démarrage avec les séries.

En tant que professionnelle, votre regard sur l’évolution de la fiction française est-il positif ?

À l’heure actuelle, mon regard l’est. Ça fait dix ans que je travaille et je ne peux que constater que le genre commence enfin à émerger, notamment grâce à Canal +. Une dynamique s’est créée, les projets deviennent plus ambitieux et on semble faire un peu plus confiance aux auteurs. Pendant des années, ces derniers n’avaient pas beaucoup de pouvoir, il n’était question que d’appliquer des formules bidon et se soumettre aux desiderata des chaînes. Notre chance c’est que pas grand-chose ne fonctionne. Les recettes qui ont fait les « grandes heures » de TF1 ou du service public ne marchent plus aujourd’hui. Ils sont donc obligés de chercher autre chose et faire appel ainsi à des auteurs. Mais ce n’est pas encore la panacée. Cela va se produire progressivement et avec de la casse.

Rectificatif : Arte fait savoir que Séverine Bosschem n’est « vraisemblablement pas au courant du partenariat avec Dailymotion qui diffusera bel et bien les épisodes de « Xanadu » en J+7, chaque jour donc pendant 7 jours après chaque diffusion antenne, de 23h à 5 heures du matin »

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