jeudi 24 janvier 2019 à 18:35 par

Béatrice Nivois (Directrice des documentaires France Ô et 1ère) : « Le travail bien fait m’intéresse beaucoup plus qu’une audience qui pourrait être mal perçue »

À l’aube d’une restructuration inédite du service public avec la disparition d’une chaîne, Béatrice Nivois, directrice des documentaires et magazines sur France Ô et 1ères, s’est confiée à Toutelatele sur les nouveautés à venir et les enjeux à venir. Rencontre.

Béatrice Nivois (Directrice des documentaires France Ô et 1ère) : « Le travail bien fait m’intéresse beaucoup plus qu’une audience qui pourrait être mal perçue »
©Capture France Ô / Passion outre-mer 

Benjamin Lopes : Comment définiriez-vous les axes stratégiques de France Ô et des Premières en termes de documentaire ?

Béatrice Nivois : Nous parlons des gens qui peuplent les territoires d’outre-mer. Ils sont encore fantasmés, ou en tous les cas éloignés de la métropole. Ça nous semble très important de continuer à raconter notre société ultramarine. Nous avons une case de documentaires de société, c’est important de la conserver, de la valoriser et de la soutenir. Nous avons constitué depuis maintenant plus de trois ans toute une collection de documentaire d’Histoire et nous allons continuer cette année. On met en lumière l’époque contemporaine même si on s’est inscrit dans Les Routes de l’esclavage avec Arte l’année dernière et quatorze autres chaînes de télévision dans le monde. Enfin, comme on est dans le groupe France Télévisions, la nature et l’environnement, qui va de pair avec nos territoires, font partie de notre volonté.

Quelles nouveautés sont à venir sur vos antennes ?

On va instaurer à la rentrée, en prime time, une case hebdomadaire de documentaires. Cela signifie que sur chaque 1ère, un jour de la semaine, il y aura un documentaire en première partie de soirée. Actuellement, seule la Nouvelle-Calédonie le fait, car ils ont une vraie culture dans ce domaine. Dans cette case, il y aura de la société, de l’Histoire, de la découverte de l’environnement, et quelques fois de l’investigation. Il nous semble important aussi d’aller enquêter sur les grandes problématiques de nos territoires, que ce soir l’or en Guyane ou bien le chlordécone aux Antilles.

« L’histoire de la Caraïbe pendant la Seconde Guerre mondiale fera l’objet d’un documentaire à l’antenne en septembre 2019 »

Parmi vos projets les plus ambitieux actuels, lequel mettriez-vous en avant ?

Nous travaillons actuellement avec toutes les 1ères de la Caraïbe sur l’histoire de cette zone pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous œuvrons ensemble et on affine le projet. Le responsable éditorial de chaque télévision 1ère a eu le dossier en main et nous a fait remonter des informations afin de mettre en avant les priorités pour chaque territoire. Ça met un peu de temps à prendre forme, mais ça nous tient à cœur. C’est un vrai travail de collaboration entre France Ô et les trois chaînes 1ère concernées. Ça arrivera à l’antenne en septembre 2019.

Vous mettez à juste titre l’importance de la collaboration entre les antennes ultramarines. Comment parvenez-vous à mettre en œuvre techniquement cette organisation pour le moins complexe au quotidien ?

Nous faisons le choix de travailler la plupart du temps avec des producteurs qui ont des producteurs relais dans les territoires ultramarins. On a développé cette façon de travailler depuis un an environ. On a des conseilleurs éditoriaux dans chaque télévision 1ère Ultramarines et elles communiquent toutes. C’est le même principe que les coproductions internationales. Ça fonctionne très bien.

« On voudrait aussi créer un festival dans l’Océan indien et dans l’Amazonie – Caraïbes »

Quel volume de documentaires produisez-vous chaque année ?

France Ô est la deuxième chaîne de France Télévisions diffusant le plus de documentaires. On a eu à peu près 200 heures inédites programmées cette année sur l’antenne, sur France Ô et sur les 1ère. C’est une place de choix au sein du groupe.

Les paysages idylliques des territoires ultramarins peuvent amener à être tenté d’être uniquement dans la contemplation. Quel message délivrez-vous à vos réalisateurs pour éviter cela ?

Depuis très longtemps nous savons que la nature a un rôle essentiel puisqu’elle est le pivot de tout dans nos territoires. Ce sont des territoires petits et extrêmement fragiles qui dépendent énormément de la nature. Il faut une osmose totale entre les gens et la nature. Si on veut la faire découvrir, on est par conséquent obligé de mettre de l’humain. Il y a toujours quelqu’un qui va donner de l’information. Ça peut être par exemple un pêcheur local pour le corail en Polynésie. On fait Passion Outremer depuis six ans, on a eu la tentation d’être un peu contemplatif au tout début. Mais on sait que l’on vit avec la nature, parfois en s’en préservant, car elle est magnifique, mais aussi violente avec des ouragans, des tempêtes et des tsunamis. On est aussi les gardiens de la nature. La relation des peuples natifs dans nos territoires avec la nature est si forte qu’on ne peut pas passer à côté.

« On n’est pas qu’à Paris, nous sommes partout »

Vous avez évoqué avant Arte, avec quelles chaînes coproduisez-vous à l’international ?

Nous venons de faire une série documentaire avec la télévision canadienne sur Des bateaux et les hommes. Je suis absolument favorable à multiplier les coproductions via des producteurs français qui nous proposent souvent des collaborations internationales. Le choix du Canada, par exemple, était assez évident, car il y a aussi cette problématique de peuple premier donc ce n’est pas très éloigné somme toute de nous. On essaie de multiplier ce type de collaboration avec la Nouvelle-Zélande ou encore l’Australie. On voudrait aussi créer un festival dans l’Océan indien et dans l’Amazonie – Caraïbes pour justement développer ces coproductions avec des pas émergents. Vu que l’on est implanté dans le monde entier, il est intéressant pour nous de se rapprocher de ces bassins. On n’est pas qu’à Paris, nous sommes partout.

Est-ce évident à mettre en place ?

Le pôle outremer est une construction récente, c’est une philosophie. France Télévisions est un groupe en transformation. On doit aussi évoluer vers le numérique. Ça nous pousse à repenser notre manière de faire, nous y réfléchissons beaucoup. Le monde du documentaire doit être élastique et doit correspondre aux attentes des zones où nous sommes diffusés.

Une coopération avec France 2 ou France 5 sur de grands documentaires est-elle envisageable ?

France Télévisions s’est restructurée. Nous sommes patients. On va commencer à travailler ensemble. Il y a eu des coproductions de fictions dans le passé où France Ô apparaissait dans les plans de financements, il n’ya pas de raison qu’on n’apparaisse pas quand on aura l’occasion sur un documentaire de prestige sur la nature dans les territoires d’outre-mer par exemple. Je pense que c’est tout à fait la volonté de France 2 ou France 5 de nous y associer.

« Notre actionnaire a fixé un cap avec une fin d’émission à la rentrée 2020 »

Sans les audiences, comment appréhender ce qui plait aux téléspectateurs ?

On a des retours des téléspectateurs sur les documentaires par exemple. On regardait forcément les audiences quand on était mesuré. On a une mission de service public donc on continue. On essaie de se démarquer. France Ô est une chaîne qui est vouée à disparaître. Nous devons arrêter nos programmes à l’horizon 2020. On est dans la logique d’éteindre une chaîne.

Gardez-vous un œil sur les audiences en différé ?

On regarde les audiences du replay. Nous sommes comme les autres chaînes sur la plateforme France tv. Il n’a échappé à personne que la plateforme s’est transformée et elle a vocation à devenir la première chaîne du groupe. Nous sommes bien regardés au niveau des documentaires. On est satisfait. Je n’ai pas envie de donner nos chiffres, car je n’y suis pas attachée. Le travail bien fait m’intéresse beaucoup plus qu’une audience qui pourrait être mal perçue, mal calculée.

Comment appréhendez-vous la fermeture de France Ô ?

Dans la mesure on nous avons décidé d’instaurer une case de documentaire hebdomadaire en prime time, les chaînes 1ère ont besoin d’un certain nombre de documentaires. Ils seront diffusés sur France Ô, mais aussi sur les 1ère. N’oublions pas qu’à très court terme, France tv doit également diffusé des documentaires donc notre travail n’est pas vain.

Le temps de production d’un documentaire est long, comment anticipez-vous la fin de cette chaîne ?

Notre actionnaire principal a fixé un cap avec une fin d’émission à la rentrée 2020. Nous sommes en janvier 2019, donc j’ai un peu de temps devant moi. Nous avons un peu moins de moyens donc quand on commence un projet, on ne peut pas exiger de la production de les monopoliser pendant un an. On est plus sur des périodes qui s’étalent sur trois à six mois.



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