Christophe Carrière : « Mourousi à Touche pas à mon poste ? Ça aurait été une tuerie ! »

Personnalité incontournable du petit écran des années 70 et 80, Yves Mourousi n’a jamais eu droit à un livre, depuis sa disparition en 1998. Et pourtant... « sa vie est un roman », dixit Christophe Carrière qui a décidé de rendre hommage à ce journaliste qu’il a toujours admiré. Bien connu pour ses papiers signés dans L’Express et sa participation à Touche pas à mon poste, Christophe Carrière passe au crible ce « Napoléon de l’audiovisuel », qui n’a jamais laissé insensible le public.

Publié le jeudi 5 septembre 2013 à 18:46
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Christophe Carrière : « Mourousi à Touche pas à mon poste ? Ça aurait été une tuerie ! »
©D8 / X.Lahache 

Jérôme Roulet : Pourquoi avoir consacré un ouvrage entier à Yves Mourousi ?

Christophe Carrière : Le journaliste me plait de prime abord, et c’est quelqu’un dont j’admire le parcours, qui me parle énormément. Sa vie est un vrai roman et pourtant, il n’y a jamais eu de livre sur Yves Mourousi. C’était donc pas mal de lui rendre hommage.

Votre premier ouvrage était dédié à Patrick Dewaere, aujourd’hui Yves Mourousi. Vous semblez être attiré par ces « écorchés de la vie »...

C’est ça qui me plait. Le côté « survivor » et/ou la reconstruction de ces gens-là m’intéressent énormément. Pour Mourousi, avec une mère prostituée pendant l’occupation et un père collabo, vous prenez un départ difficile...

Passerez-vous au crible un nouvel « écorché » dans le prochain ouvrage  ?

Dans l’idée oui, mais ce sera, par contre, un roman, inspiré de faits authentiques.

Comment décririez-vous ce style d’écriture -à la manière d’une « conversation »- dans votre livre ?

Je rends hommage à mon rédacteur en chef à L’Express, qui est aussi mon meilleur ami, Éric Libiot. Il s’efforce d’écrire « à l’oreille », à savoir, quand vous lisez, c’est comme si vous racontez l’histoire à quelqu’un. Je n’ai ni le talent d’un écrivain du 19e, ni celui de certains contemporains. Sachant cela, je me débrouille avec mon maigre bagage et je fais ce que je peux. Donc le mieux est d’écrire « à l’oreille ». Ce n’est pas forcément évident, mais j’adore ce genre d’écriture.

Comment vous y êtes-vous pris pour écrire ce livre ?

J’ai accumulé et rassemblé toutes les infos, puis j’ai réalisé tous les témoignages. Après, je me suis mis à rédiger. Ça va assez vite, car lorsque j’écris, je veux aller au bout pour voir jusqu’où ça va. Dans le cas de Mourousi, c’était beaucoup plus difficile que Dewaere, car ça convoque énormément de sujets en même temps vu que l’homme était sur tous les fronts. Il fallait que tout soit cohérent et fluide. En tout et pour tout, j’ai potassé le sujet début juillet 2012, et j’ai rendu le mot de la fin à la mi-mai.

Avez-vous essuyé des refus d’interviews pour témoigner sur Yves Mourousi ?

J’ai eu des refus, mais par personnes interposées donc je n’ai pas insisté. Je voulais aussi percer l’histoire qu’il y avait entre Yves Mourousi et Étienne Mougeotte. J’ai laissé un message à ce dernier sans lui dire de quoi il s’agissait. Il m’a laissé un autre message et quand je lui ai dit que j’écrivais un livre sur Mourousi, il ne m’a jamais rappelé. Donc j’en déduis effectivement qu’il ne voulait pas en parler. Sinon des gens voulaient bien parler, mais sans être cités.

« Le plus difficile était de ne pas tomber dans le glauque »

Quelle en est la raison selon vous ?

Patrick Dewaere est mort il y a 31 ans, Yves Mourousi il y a 15 ans. Les gens qui l’ont connu sont encore en place. Il y avait aussi une espèce de crainte par rapport à sa fille. Ça les gênait peut-être de raconter certaines choses, même si je pense qu’elle devait être largement au courant de tout ça...

Avez-vous eu un retour de sa fille, Sophie Mourousi, qui, aujourd’hui, a 27 ans ?

Elle n’intervient pas dans le livre, mais je lui ai envoyé, et je sais qu’elle l’a aimé. De tous les gens qui ont participé au livre, il n’y a eu aucune plainte. Éric Yung (inspecteur de police reconverti dans le journalisme et ami de Mourousi, ndlr) était assez effrayé à la lecture de certains morceaux choisis envoyés et puis quand il a lu en intégralité, il a trouvé ça correct et authentique. D’ailleurs, pas mal de proches de Mourousi l’ont retrouvé comme ils l’avaient connu.

Partie 2 > L’info selon Mourousi


Vous écrivez : « Raconter Mourousi, c’est s’attaquer à un puzzle de 20 000 pièces ». Quelles ont été les pièces les plus difficiles à assembler ?

Le plus difficile était de ne pas tomber dans le glauque comme certains auraient pu être tentés de le faire. D’ailleurs, la crainte des intervenants était que les histoires des backrooms et de la dope prennent le devant. Ce n’est pas le cas même si ça fait partie de la personne. Moi aussi j’appréhendais un peu ça, mais finalement je ne me suis pas beaucoup torturé pour éviter le glauque.

Yves Mourousi a été le plus jeune rédacteur en chef de France. Il a été cependant considéré par certains comme un « arriviste à la solde du pouvoir ». Comment l’expliquez-vous ?

Beaucoup pensent qu’à ses débuts, il s’est servi des événements de mai 68 en ne choisissant pas son camp, et en étant plutôt du côté de la direction de France Inter. Après, à mon avis, il était sincèrement convaincu de pouvoir changer la façon de faire du journalisme, en faisant fi de tous les pouvoirs politiques.

Dans le livre, vous prenez l’exemple de la fameuse émission « Ça nous intéresse, monsieur le Président » où il avait refusé de donner les questions par avance aux conseillers de François Mitterrand... Est-ce inconcevable aujourd’hui ?

Ce serait intéressant de savoir si François Hollande accepterait cet exercice. Mitterrand était au plus bas dans les sondages, et il l’a fait réagir, à chaud et sans langue de bois, sur des faits de société et pas uniquement sur des soucis économiques ou de politique étrangère. Je trouve ça absolument génial ! Avoir Mitterrand et lui mettre un extrait du film « Subway » ou la pub « Cachou Lajaunie », c’est dément ! Mourousi partait du principe que si un président ne sait pas ce que pensent les jeunes, c’est une catastrophe. Et il avait bien raison ! Il serait intéressant de savoir ce que pense Hollande de One Direction ou ce genre de choses. Grâce à l’émission, la cote de popularité de Mitterrand a remonté en flèche. Le président lui en a été, je pense, éternellement reconnaissant.

Yves Mourousi faisait de l’information-spectacle assumée. En fin de compte était-il plus animateur que journaliste ?

Il était les deux et l’assumait complètement. L’idée pour lui était de transmettre l’information. Et si pour y parvenir, il fallait faire du spectacle, il le faisait. Lorsqu’il propose une soirée avec l’opéra Boris Godounov, il vend le truc au public « Soirée de gala au théâtre Bolchoï avec Mireille Mathieu », la star de l’époque, alors qu’elle va chanter seulement deux chansons ! Il essayait de vendre gentiment de la culture, et c’est ce qu’il faut faire encore aujourd’hui. Toute sa vie, il avait ce souci de transmission passionnant et passionné.

Yves Mourousi aurait-il pu être un bon animateur de divertissement au vu de sa piètre performance aux commandes du prime événement Les gars de la Une en 1988 ?

Alors pour le coup, on va dire que c’est un « écart de conduite » de sa part. Cette émission était une horreur, il était plus défoncé que d’habitude. Mourousi était un très bon journaliste qui faisait de l’infotainment, mais ce n’était pas un animateur au sens où on l’entend, car c’est un vrai métier. Il s’y est cassé les dents plusieurs fois, ce n’était pas son truc. Il ne pourrait pas présenter Touche pas à mon poste par exemple !

Yves Mourousi considérait le journal de 20 heures de l’époque comme ringard. Aurait-il aimé le présenter ?

Oui, mais pas dans l’état actuel des choses. Si on lui avait donné le 20 heures sans rien pouvoir bouger, il ne l’aurait pas fait. Mourousi souhaitait une grande tranche d’information de 18h30 à 20h30 avec beaucoup de rubriques. Il ne l’a pas eue. D’ailleurs, le JT d’aujourd’hui est le même qu’il y a 20 ans, je ne le regarde plus tant c’est d’un conventionnel ! Laurent Delahousse rêve de changer le JT, il revient à la charge chaque année, et chaque année, il se prend le mur. On ne touche pas au 20 heures ! Et puis, avec l’audience, on ne cherche plus à étonner. On marche à la demande et non selon l’offre, ce qui est absurde comme raisonnement. Mourousi lui fonctionnait selon une offre.

« Mourousi était sincèrement convaincu de pouvoir changer la façon de faire du journalisme »

Après avoir survécu à cinq présidents de chaîne, Yves Mourousi a-t-il été évincé du 13 heures pour des raisons politiques en 1988 ?

À partir de 1984, Mourousi délocalisait beaucoup moins son JT et faisait moins de coups médiatiques. À la privatisation de TF1, son 13 heures a été devancé par celui d’Antenne 2 présenté par William Leymergie et Patricia Charnelet. Patrick Le Lay (PDG de la Une, ndlr) n’avait aucune animosité contre Yves Mourousi, mais il estimait qu’il était arrivé « au bout d’un système ». Le Lay dirige une entreprise, et est pragmatique. Soit il change pour que ça remonte, soit il part. Et, orgueilleux, Mourousi n’était pas du genre à se laisser dicter les choses !

On apprend dans votre livre que TF1 lui aurait proposé la présentation de « Perdu de vue »...

Tout à fait ! Mais ce n’est pas ce genre de télé qui l’intéressait. Il a refusé. Il faut tenir compte de la personnalité de Mourousi, il avait des valeurs morales extrêmement rigides auxquels il ne voulait pas toucher. La télé poubelle, il n’en voulait pas !

Partie 3 > Yves Mourousi, phénomène de société ?


Après son départ de TF1, il a été aperçu dans l’éphémère « Télé Zèbre » sur Antenne 2.

Il a été appelé par Thierry Ardisson pour mener des interviews. On se souvient de celles avec Klaus Kinski et de Le Pen. Mais l’émission n’a duré que trois mois, car le PDG de l’époque (Philippe Guilhaume, ndlr) devait couper des têtes à ce moment-là. Télé Zèbre était une émission d’enfer, c’était l’esprit canal, c’est incroyable d’avoir arrêté ça.

À la fin de sa carrière, Yves Mourousi a déposé sa candidature pour diriger Radio France. Comment l’expliquez-vous ?

Il souhaitait changer les choses, élever le niveau culturel et rassembler tout le monde. Il voulait que Radio France puisse rivaliser avec les radios privées afin qu’elles n’aient pas le monopole de la popularité. Michel Boyon a obtenu la présidence. Et la preuve que Mourousi n’était pas opportuniste : il lui a remis le dossier qu’il avait préparé, en lui disant « Tiens, y’a peut être des idées à mettre en place. »

Yves Mourousi a également émis des idées pour le passage à l’an 2000 à Paris. On lui doit par exemple la grande roue place de la Concorde. Était-ce en quelque sorte une occupation pour éviter de mourir médiatiquement ?

Il était lucide dans la mesure où son téléphone ne sonnait plus beaucoup. À la fin de sa vie, il avait cependant bon espoir. Il avait fait un régime draconien, et était bien décidé à reprendre du poil de la bête. Mais c’est peut-être pour ça qu’il a fait son accident cardio-vasculaire, le corps n’a, peut-être, pas supporté un tel régime.

En 1984, on propose à Yves Mourousi de rejoindre Canal+ avec son camarade de jeu de l’époque, Michel Denisot. Selon vous, n’aurait-il jamais dû décliner cette proposition ?

Évidemment, même lui le savait ! Mais à l’époque, Canal+ représentait 85 000 abonnés pendant que lui rassemblait des millions de téléspectateurs à 13 heures. C’était lâcher la proie pour l’ombre. Ce n’était pas facile pour lui. Aujourd’hui, avec le recul, ça semble évident qu’il fallait accepter, mais à l’époque personne ne savait ce que Canal+ allait devenir.

De nombreuses expressions qualifient Yves Mourousi de « Napoléon de l’audiovisuel », « James Dean des médias », « Une légende à lui tout seul ». Était-il un phénomène de société à l’époque ?

Bien sûr. Je me souviens très bien de son mariage. D’ailleurs, je savais d’avance en réunissant les infos que le mariage prendrait un chapitre entier. Sur toute la documentation que j’ai réunie, il doit représenter pas loin de 20% de l’ensemble. C’était tellement phénoménal. Rien qu’avec ce mariage, on a vu toute la notoriété de Mourousi tant cela a été médiatisé. On en a parlé dans tous les journaux même dans la presse dite sérieuse. Le retentissement a été énorme !

« Mourousi était un bateleur extraordinaire et un père exemplaire »

Yves Mourousi était un homme multifacettes avec le meilleur comme le pire. Et dans le meilleur, vous soulevez le fait qu’il était un papa extraordinaire...

En plus de son côté bateleur extraordinaire, je voulais faire ressortir dans ce livre le papa modèle. Il a toujours été un père exemplaire pour sa fille, et il aimait d’un amour fou sa femme, Véronique. Et la mort de Véronique est vraiment ce qui a tué Yves Mourousi.

Que serait Yves Mourousi aujourd’hui ?

Il ne serait plus à la télé. Il aurait créé depuis longtemps déjà un site avec des infos improbables et tout le monde se ruerait dessus. C’était un féru de nouvelles technologies et il aurait été vraiment comme un dingue avec internet.

Yves Mourousi aurait-il pu être également chroniqueur à Touche pas à mon poste ?

Cyril (Hanouna, ndlr) l’aurait pris tout de suite. Ça aurait été une tuerie ! Il aurait dézingué les programmes, cela aurait été très drôle. Mais si Mourousi était à Touche pas à mon poste, j’aurais pu m’inquiéter avec Enora car il aurait pris notre place (rires).

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