Claire Fournier, la journaliste éco et conso

mercredi 24 février 2010 à 13:04 |
F5/N.Guyon

De Bloomberg à i>télé, en passant par CNCB Europe, Claire Fournier s’est offert les joies de l’expatriation, en couvrant, de Londres puis de New York, l’économie pour ces chaînes d’information. Mais depuis deux ans, le grand public la connait surtout comme la présentatrice de l’émission de consommation de France 5, C’est notre affaire, dont elle a repris les rênes à la suite de Carole Gaessler. Passionnée par son métier, cette dernière revient, pour Toutelatele.com, sur son parcours atypique, et dévoile les rouages de son programme, qu’elle entend bien voir grandir et s’épanouir au fil des ans...

Emilie Lopez : Vous avez débuté votre carrière journalistique en Angleterre, chez Bloomberg. Comment avez-vous intégré cette chaîne ?

Claire Fournier : J’ai fait un DESS en formation de journaliste bilingue, car je savais déjà que je voulais partir dans un pays anglo-saxon. Je suis partie à Londres et effectivement, Bloomberg a été ma première chaîne. Je suis restée 5 ans là-bas, et ai tout appris sur le marché, l’information financière, etc.

Emilie Lopez : Hala Gorani, journaliste de CNN interviewée par Toutelatele.com, nous a avoué, à propos de Bloomberg : « Cette expérience a été ma vraie école de journaliste... mais gratuite ! Et comme personne ne regardait la chaîne, nous étions complètement libres... Disons que nous faisions même un peu n’importe quoi ! ». Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?

Claire Fournier : Quand je suis arrivée à Bloomberg, j’ai suivi son parcours avec admiration, c’est une femme brillante. C’est vrai qu’on nous a mis à l’antenne très jeunes, parfois un peu inexpérimentés. On était des bébés journalistes et ils nous ont mis dans le bain en nous disant « Maintenant faut que tu apprennes ! » . En plus, le public étant peu nombreux, mais très pointu, on n’avait pas intérêt à dire des conneries ! (rires) C’était très bonne expérience, très formatrice. En cinq ans chez eux, j’ai dix fois plus appris que si j’avais fait des écoles de journalisme.

Emilie Lopez : Qu’est-ce qui peut pousser une chaîne de télévision à prendre un tel risque ?

Claire Fournier : C’est le modèle anglo-saxon qui veut ça. Pour eux, c’était vraiment « T’as envie d’y aller ? Alors vas-y ! » Et je trouve ça génial : ils donnent leur chance à des gens parce qu’ils ont très envie, pas en fonction des écoles qu’ils ont pu faire. Quelle autre chaine m’aurait envoyée à 28 ans à New-York ? Normalement, c’est un poste que l’on acquiert quand on a 30 ans de métier dans la boite. En France, on ne donne pas forcément leur chance à des gens qui ont des parcours un peu différents et c’est vraiment dommage.

Emilie Lopez : Par la suite, Bloomberg vous a envoyée à New-York, où vous avez vécu le 11 septembre...

Claire Fournier : Oui, depuis un mois, j’étais à New York, la ville où tout le monde rêve d’aller ! Puis il y a eu cet évènement, et je me suis demandée si j’étais à ma place, s’il fallait que je rentre... Comme je l’ai vécu avec mes amis et mes collègues, je me suis dit qu’il fallait que je reste, j’étais en train de vivre quelque chose historique.

Emilie Lopez : On vous a alors demandé de couvrir les évènements. Quel souvenir en gardez-vous ?

Claire Fournier : En réalité, nous étions deux correspondants français pour Bloomberg là-bas, donc à nous deux, nous avons couvert les évènements pendant tout le mois qui a suivi. C’était une drôle d’expérience, très particulière, mais très enrichissante.

Emilie Lopez : Cela ne vous a-t-il pas donné envie de réorienter vers le journalisme « de terrain » ?

Claire Fournier : Non, cela m’a permis de me rendre compte que je ne pourrais jamais être correspondante de guerre, parce que cela me touchait beaucoup trop ! Je faisais mon boulot, et quand on couvre ce genre d’évènements, on se transforme un peu en machine. Mais je suis trop sensible pour être grand reporter...


Emilie Lopez : Comment s’est déroulé votre retour en France ?

Claire Fournier : La chaîne concurrente, CNBC Europe, m’a débauchée pour revenir sur Paris. Au bout d’un certain temps, j’en ai eu un peu marre de tous ces chiffres. J’ai donc contacté i>télé, car j’avais remarqué qu’ils avaient un chroniqueur économique, mais pas vraiment d’émission sur ce sujet. J’ai donc travaillé au projet du Journal des économies, et y suis restée 3 ans.

Emilie Lopez : Êtes-vous arrivée avec votre propre projet ?

Claire Fournier : Je savais qu’ils voulaient un peu développer l’économie donc je suis allé frapper à leur porte, en disant « Si je devais faire un JT de l’économie, ce serait comme ça ». Et on s’est entendus très vite... Dans ma carrière, ça a toujours été comme cela : c’est plutôt moi qui frappe aux portes, qui m’incruste, et en général ça porte ses fruits ! (rires)

Emilie Lopez : Est-ce de cette façon que vous avez intégré France 5 ?

Claire Fournier : Exactement ! J’ai vu que Carole Gaessler partait faire le Soir 3. Je les ai donc appelés, en demandant si C’est notre affaire continuait. Et justement, ils cherchaient quelqu’un. En trois ou quatre jours, on s’était entendus sur le fait que je reprendrais l’émission à la rentrée 2008.

Emilie Lopez : N’auriez-vous pas préféré avoir une émission « à vous », plutôt que C’est notre affaire, pour laquelle Carole Gaessler était rédactrice en chef, et qu’elle a toujours présentée ?

Claire Fournier : Non, pour plusieurs raisons. Au départ, C’est notre affaire permettait de découvrir des entreprises. Puis, elle a évolué en émission de consommation, et je l’ai reprise un an après ce changement. Il y avait donc encore plein de choses à faire bouger. Notamment, je suis arrivée en disant qu’il fallait que ce soit un peu plus axé sur l’interactif. On a alors mis en place l’histoire de la webcam, le SOS Conso, etc. Je voulais que les téléspectateurs « rentrent » dans l’émission et se l’approprient. J’ai apporté ma propre patte, et je ne l’ai pas vécu comme quelque chose où il fallait juste que je me mette dans les chaussons de Carole Gaessler (rires).

Emilie Lopez : Comme Carole Gaessler, vous êtes rédactrice en chef de l’émission. Participez-vous à l’élaboration des sujets ?

Claire Fournier : Je m’implique beaucoup : je suis là pour décider des sujets, en discuter avec les journalistes, aller au montage... J’aime bien fourrer mon nez partout ! (rires)

Emilie Lopez : Après près de deux ans, diriez-vous que l’émission est encore perfectible ?

Claire Fournier : Oui, pour une raison essentielle, selon moi : il faudrait sortir de ce très beau loft, parce que pour une émission de conso, c’est légitime d’aller au contact des gens, de leur faire découvrir des endroits, ou des filières de consommation un peu parallèle. J’aimerai vraiment pousser ça...


Emilie Lopez : Un prime time en direct, à la manière de Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse sur France 3 vous intéresserait-il ?

Claire Fournier : Nous l’avons proposé, mais ça n’a pas été accepté. C’était peut-être un peu ambitieux, surtout que c’était à l’époque où la chaîne lançait C à vous, soit une heure de direct. Ce n’était peut-être pas le bon timing...

Emilie Lopez : Vous étiez habituée à intervenir tous les jours sur Bloomberg, ou i>télé. La réduction de votre temps d’antenne ne vous frustre-t-elle pas ?

Claire Fournier : Pour être honnête, j’ai mis du temps à me sevrer du direct, et de l’info au quotidien, car c’est comme une drogue ! C’est un choc des cultures assez important ! (rires) D’un autre côté, je suis partie d’i>télé parce que je faisais de l’info depuis 10 ans que, j’avais la tête dans le guidon toute la journée, une info chassait l’autre et parfois je ne me souvenais même plus de ce que j’avais fait la veille ! Je me suis dit qu’il fallait que je me pose, que je fasse un peu plus de décryptage, c’est pourquoi j’ai voulu reprendre C’est notre affaire.

Emilie Lopez : Pour combler ce vide, vous imagineriez-vous à la tête d’une autre émission, un talk-show dans un autre domaine que l’économie par exemple ?

Claire Fournier : J’aurai le temps effectivement... Et je suis ouverte à toutes les propositions (rires) Mais c’est dans le domaine de l’économie que je peux apporter une valeur ajoutée : beaucoup de gens peuvent faire des talk-shows. J’aime avoir des invités, car sans eux, je trouve qu’on s’embête un peu : c’est l’échange qui est intéressant. D’un côté, C’est notre affaire est ponctué par des interviews, donc on peut dire que c’est une sorte de talk.

Emilie Lopez : Vous éloigner du domaine de l’économie n’est donc pas envisageable ?

Claire Fournier : C’est quand même ma spécialité et le truc que j’aime faire ! Mais faire une émission de société au sens plus large, ça m’intéresserait... Sur le service public, on n’a pas trouvé une manière de parler d’économie de manière pédagogique, et ce serait intéressant de voir la suite. C’est dommage qu’il n’y ait pas un équivalent de Capital par exemple.

Emilie Lopez : Jacques Legros a lancé, en début de mois sur TMC, son émission de consommation Code barres. Avez-vous regardé ce concurrent potentiel, diffusé le mercredi soir, comme C’est notre affaire ?

Claire Fournier : Non ! C’est mal, j’aurai dû, mais j’ai complètement zappé ! (rires) Du coup, je suis assez mal placée pour dire si c’est complémentaire ! Je vais regarder avec attention, car c’est toujours bon de voir ce que font les autres. A une période, il y en avait cinq en même temps, ça faisait un peu beaucoup !

Emilie Lopez : Comment C’est notre affaire se distingue-t-elle, selon vous, de ces différentes émissions ?

Claire Fournier : Je dirais qu’on est plus équilibré, car on fait de l’aide juridique, mais pas que ça : nous faisons du décryptage, du service, on est un peu des éclaireurs, comme par exemple sur les tendances. Nous avons trouvé un équilibre sur deux choses que nous demandent les téléspectateurs. Et nous ne sommes pas accros à une seule formule. De plus, nous parlons aux téléspectateurs comme ils consomment, sans les prendre pour les idiots qu’ils ne le sont pas.

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