Toutelatele

5 colonnes à la une

DIFFUSION

Vendredi 9 janvier 1959 à 20h30 sur la RTF
Arrêtée le vendredi 3 mai 1968

PRODUCTION

RTF

PRESENTATION

Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet (producteurs), Igor Barrère (réalisateur) et Eliane Victor (secrétaire générale)

SYNOPSIS

5 colonnes à la une est un magazine composé de reportages d’actualité.

Proposé le premier vendredi de chaque mois, l’émission s’intéresse à tous les sujets qui font l’actualité, tous domaines confondus. Portraits, reportages à l’étranger, enquêtes d’investigation, faits divers et rencontres sont au sommaire du rendez-vous. L’une de ses particularités est la présence du reporter sur le terrain et à l’image, ainsi que l’écriture documentaire de chaque sujet, préparée par un réalisateur.

La rubrique dite du « Livre blanc » est un ensemble de reportage sur le même sujet.

Quelques exemples de sommaires :

Vendredi 5 juin 1959
 Nés le jour J
 Portrait d’un assassin
 Anne Frank : la petite fille espérance
 L’affaire des Halles
 Françoise Sagan revient
 Mussolini
 23 multiplié par 23 = 529
 La Suisse sans conférence
 A l’Opéra : Aïda chanté par Renata Tebaldi

Vendredi 5 mai 1967
 Grèce : le coup d’Athènes
 Espion : un James Bond pour de vrai
 Retour à Auschwitz
 Amalia Rodriguez au Portugal
 Le Sahara à l’heure algérienne

Vendredi 5 avril 1968
 Khe Sanh (Vietnam)
 Le contre coup de « Prague »
 La Médecine des jeeps, avec quatre reportages : - Guatemala : apprendre à manger, Congo : un médecin dans la brousse, Birmanie : 700 000 lépreux et Turquie : lutte contre le paludisme.

ANECDOTES

 Lors de la conception du magazine, Pierre Lazareff était le directeur du quotidien France-Soir.

 La musique du générique est La Danse des Flammes, extrait de la musique du ballet Le rendez-vous manqué, composée par Michel Magne.

 Le titre de l’émission fait référence à la mise en page de la presse écrite, fonctionnant en colonnes. Plus l’information est importante, plus le nombre de colonnes est grand.

 5 colonnes à la une a connu 103 numéros jusqu’à son arrêt en mai 1968, suite au mouvement de grève générale. Il est considéré comme le premier programme de reportages de la télévision.

 L’émission connaît un large succès lors de chacune de ses diffusions. Pour la première fois, la télévision concurrence durablement le cinéma.

 Programmé à l’époque où le Général de Gaulle exerçait le pouvoir, 5 colonnes à la une était, à l’image du Journal télévisé, soumis au contrôle du Secrétariat d’Etat à l’information, incarné par Alain Peyrefitte. Chaque reportage était ainsi visionné par les services de l’Etat avant la diffusion. Afin d’éviter la censure, les producteurs du magazine usaient de plusieurs stratagèmes comme, par exemple, attirer l’attention des contrôleurs autour d’éléments délibérément provocateurs pour faire passer le reste de leur discours.

 En cas de censure, Pierre Lazareff n’hésitait pas à publier dans la presse des communiqués, faisant planer le doute sur la poursuite du magazine : « La direction générale de la RTF a interdit, à la demande d’un représentant du Quai d’Orsay, la diffusion de cette séquence. Pourtant, elle était de l’avis même de ceux qui l’ont censurée, en tout point objective et mesurée (...). Ces crises devenant de plus en plus fréquentes, rendent de plus en plus hasardeuses la réalisation d’une émission du type Cinq colonnes. Dans ces conditions, les producteurs se trouvent bien malgré eux dans l’obligation d’attendre (...) que des garanties élémentaires mettent l’information télévisée à l’abri d’incident de ce genre » (Pierre Desgraupes, 1961).

 En mai 1960, le créateur du 5 colonnes à la une écrit à Pierre Sabbagh : « Mais si, aux difficultés très nombreuses que nous rencontrons doivent s’ajouter les suspicions, les interdits et les servitudes (...) Alors, mon cher directeur, je vous le dis nettement, clairement, définitivement, nous arrêterons du jour au lendemain 5 colonnes à la une ».

 Malgré tout, Pierre Desgraupes avoue en 1961, dans l’Écho de la Presse et de la publicité : « Il y a très peu de censure (...). Il y a seulement des pressions politiques qui nous font choisir tel sujet. Une seule séquence, sur l’Algérie, a sauté il y a un an environ. La meilleure défense de l’émission contre la censure ? Sa très grande popularité auprès du public ».

 En 1990, Igor Barrère racontera au sujet de la fin du programme, lors d’un débat télévisé, mené par Paul Amar dans le cadre de 40 ans de télévision sur FR3 : « On allait en Algérie, au Vietnam, au Congo mais on n’avait pas le droit de filmer à Saint-Michel »

 De nombreux journalistes et réalisateurs ont participé au programme. En 1967, Pierre Schoendoerffer y cosigne le reportage La section Anderson sur la guerre au Vietnam. Son film obtiendra l’Oscar du meilleur documentaire l’année suivante.