samedi 1er juin 2019 à 18:49 par

Anthony Dupray (Derniers baisers) : « Je travaille à un retour de Premiers baisers »

Dans les années 90, Anthony Dupray a marqué le public à travers son rôle dans Premiers baisers. Vingt-cinq plus tard, le comédien est à l’affiche de Derniers baisers, pièce inspirée de la sitcom culte d’AB Productions où il partage l’affiche avec Magalie Madison, l’inoubliable Annette. Il se confie sur son projet de relancer la série et revient sur son parcours à la télévision.

Anthony Dupray (Derniers baisers) : « Je travaille à un retour de Premiers baisers »
©avec l’autorisation d’Anthony Dupray - photo Lionel Roy  

Benoît Mandin : Vous êtes actuellement à l’affiche de Derniers Baisers à La Grande Comédie. La pièce est inspirée de Premiers Baisers. Comment est venue cette idée ?

Anthony Dupray : L’idée m’est venue lors d’une tournée que je faisais pour le théâtre il y a trois ans. J’ai été touché par la nostalgie des spectateurs. Que ça soit le public ou les journalistes que je rencontrais, ils me disaient que cela leur rappelait de bons souvenirs. L’époque Premiers baisers leur évoquait des moments magnifiques. Je me suis dit : « Il faut penser à cette génération qui a grandi avec les sitcoms AB ». J’ai trouvé que de faire une pièce de théâtre était une bonne idée. J’ai commencé à travailler et à réfléchir sur l’angle à prendre pour arriver aujourd’hui à Derniers baisers.

Derniers baisers est centrée sur une ex-gloire des années 90, invitée à une journée organisée par ses fans. Comment expliquez-vous la nostalgie du public pour Premiers baisers ?

Premiers baisers est une madeleine de Proust. Ils rentraient de l’école, ils faisaient leur goûter et regardaient cette série-là. Cela a marqué toute une génération. À l’époque déjà, les gens disaient que les sitcoms étaient un phénomène de société. C’était nouveau. Les autres séries telles que Maguy et Pause Café n’étaient pas portées par des adolescents. Chez AB, le message était tellement positif et bienveillant que ça manque aujourd’hui à toute cette génération.

Comment qualifieriez-vous votre pièce Derniers baisers ?

Le public va être très surpris. Bien que l’on fait des références aux années 90, ce n’est pas du tout la pièce à laquelle ils s’attendent. Quand les gens sortent de la salle, ils sont très heureux. Ils ont passé un bon moment, car la pièce amène un message de tolérance, d’acceptation de l’autre et de comprendre avant de juger. Ce n’est pas qu’une pièce drôle, il y a des moments émouvants qui peuvent nous ramener à notre quotidien.

Le choix de donner la réplique à Magalie Madison, l’inoubliable Annette, est-il apparu comme une évidence ?

Magalie est une actrice géniale et une partenaire idéale. C’est un rayon de soleil ! Elle a aussi la voix mythique de Premiers baisers. Quand on pense à la série, celle-ci apparaît comme une référence. C’était un personnage tellement drôle et décalé que la pièce ne pouvait pas se faire sans elle.

« Chez AB, le message était tellement positif et bienveillant que ça manque aujourd’hui à toute une génération »

N’a-t-il pas été difficile de la convaincre de reprendre la voix d’Annette pour Derniers baisers ?

Elle a d’abord lu la pièce et a vite compris le sens que l’on voulait lui donner. Quand on a fait la lecture, elle a tout de suite été d’accord pour reprendre la voix d’Annette et s’amuser avec ça.

Dans Derniers baisers, Premiers baisers est renommé « Premier bisou ». Pourquoi ce choix ?

C’est un clin d’oeil fait pour séparer la réalité de la fiction. Pour évoquer Les années fac (spin-off de Premiers baisers, ndlr), on s’amuse avec « Les années bac » (rires).

Quid du décor reconstitué de la cafèt de Premiers baisers ?

Dès le départ, c’était le point principal. Je voulais une cafèt dézingué pour rappeler à ce souvenir-là tout en disant que le temps était passé. C’était le décor obligatoire.

Comment vivez-vous ce regain du public pour les années 90 ?

Je ne me suis pas trompé, car on est en plein dans un retour aux années 90. Le timing est parfait et bon. Mon ami Frank Delay (membre des 2be3, ndlr) va partir en tournée avec le concert des années 90. Tous ceux qui ont vécu cette décennie arrivent aujourd’hui à la quarantaine. Cela les amène à un bilan. On se pose et on voit mieux la différence. À 40 ans, j’ai mûri, grandi et changé. Quand on arrive à cet âge-là, on aime parfois face à des moments difficiles se réfugier dans des instants de bonheur.

« Premiers baisers était un vrai rendez-vous »

N’est-il pas difficile de vivre avec le statut d’ex-gloire des années 90 ?

Non, car c’est génial d’avoir la chance d’être encore reconnu vingt-cinq ans après par les gens qui vous ont vu à la télévision. Je me dis que c’est fabuleux d’avoir pu autant marquer le public. Les gens me croisent dans la rue et me disent : « Ah Anthony de Premiers baisers ! C’était mon enfance. Je t’ai regardé quand j’étais gamin ». Certains viennent à La Grande Comédie et apportent des photos d’eux avec moi ou Magalie quand ils avaient douze, quinze ans. C’est une fidélité extraordinaire !

Comment expliquez-vous que Premiers baisers ait pu autant marquer les Français ?

À l’époque, il y avait que six chaînes de télévision. Premiers baisers était un vrai rendez-vous. On faisait entre 40 et 45 points d’audience pour 8 millions de téléspectateurs donc forcément on a marqué toute cette génération. Ils voyaient tous les jours le Club Dorothée et les sitcoms AB. Avec Dorothée, on faisait aussi des primes pour les fêtes de fin d’année. On a occupé l’espace audiovisuel pendant de nombreuses années. Aujourd’hui, la télévision sert beaucoup de violence... Les séries comme Premiers baisers étaient un « petit bonbon ».

Autre sitcom AB, Hélène et les garçons a été relancée avec succès à travers Les Mystères de l’amour en 2011 sur TMC. Estimez-vous que Premiers baisers pourrait connaître un remake ?

Honnêtement, je pense que oui. J’ai commencé à travailler sur une suite de Premiers baisers. On peut revenir avec une série qui serait différente de l’époque. C’est une bonne idée de faire un retour et j’espère que ça verra le jour prochainement.

Avez-vous déjà des contacts dans ce sens avec Jean-Luc Azoulay, producteur des sitcoms AB ?

Il doit venir prochainement voir la pièce. Je viens de faire l’émission de Jacky (membre du Club Dorothée, ndlr) sur IDF1. C’est avec lui que j’ai fait mes débuts dans le Jacky Show (diffusé de 1987 à 1995 sur TF1, ndlr). Pour le projet de relancer Premiers baisers, j’en ai discuté avec Jean-Luc et cela peut se faire.

« Le pari de mettre Annette avec Monsieur Girard était une bonne idée »

À l’image du duo que vous formiez dans la série, Christophe Rippert (interprète de Luc, ndlr) a-t-il été approché ?

Il doit venir début juin. Je l’ai eu au téléphone et était très heureux de ce projet. Je sais que Christophe serait vraiment partant pour refaire une série. On était un duo de choc ! Cela me plairait de le retrouver à l’écran. Je suis en train de travailler dessus et j’espère que ça va se faire.

Premiers baisers s’est invité dans Les Mystères de l’amour en 2013. Magalie Madison est apparue en couple avec Bruno Le Millin (interprète de Monsieur Girard, ndlr). Qu’en avez-vous pensé ?

Cela m’a fait rire. Connaissant Jean-Luc Azoulay, j’ai trouvé que c’était une bonne idée. Cela lui ressemblait bien et ça a fonctionné puisque tout le monde en a parlé. Le pari a été réussi donc bravo à lui (rires). Il ne faut pas oublier que ce sont des comédiens qui jouent des rôles.

Accepteriez-vous un rôle dans le spin-off d’Hélène et les garçons, diffusé chaque week-end en access prime time sur TMC ?

Pour l’instant, non. Je suis vraiment parti dans l’optique d’amener une suite à Premiers baisers. Je suis concentré là dessus et sur Derniers baisers. Je n’ai pas beaucoup de temps pour autre chose. Pour que ça puisse voir le jour, il faut mettre toutes les chances de son côté. Il faut travailler d’arrache-pied pour faire naître ce nouveau projet.

Vous avez intégré Premiers baisers en 1993. Comment est née votre collaboration avec AB Productions ?

J’ai commencé à faire de la figuration, puis on m’a donné quelques phrases pour remplacer certains comédiens. J’ai été appelé pour faire un casting, car ils cherchaient un chanteur. À l’époque, Jean-Luc Azoulay, Ariane (membre du Club Dorothée, ndlr) et Rémy des Musclés souhaitaient une personne pour incarner leur chanson. J’ai enregistré ce single. Un mois après, je me suis retrouvé au Zénith en première partie d’Hélène. Un souvenir mémorable ! J’ai ensuite intégré Premiers baisers.

« Les Années bleues était une bonne série »

À quel moment avez-vous pris conscience du phénomène de société autour de Premiers baisers ?

Au début, on ne se rend pas vraiment compte. J’avais déjà fait de la scène donc j’ai été présenté au public rapidement. C’était assez impressionnant, mais le choc a été dès la diffusion des premiers épisodes de Premiers baisers où j’apparaissais. Cela m’a fait connaître l’impact de la télévision. Partout où tu vas, d’un coup les gens te reconnaissent. Je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi puissant.

À l’image des autres sitcoms AB, Premiers baisers a été la cible de critiques. Comment l’avez-vous vécu ?

On était dans une forme de cocon, car on tournait énormément. Vu que je chantais, j’enregistrais aussi les disques. Je partais en tournée, je faisais la promotion dans les émissions télé... Pendant cinq ans, je n’ai pas eu le temps de voir tout ça. Je n’ai pas vraiment été confronté personnellement à ces critiques. Cela ne m’a pas atteint.

En plus de la comédie, étiez-vous vraiment prédestiné à devenir chanteur ?

Non, c’est arrivé par hasard. On m’a proposé de faire ce casting et je me suis dit pourquoi pas, car j’aimais beaucoup la musique. Je n’étais pas du tout musicien. On ne s’imagine pas que l’on va enregistrer un disque et faire Bercy onze fois de suite. Tout simplement, on le vit en profitant et en kiffant. Cela a été des instants de plaisir intense.

Quels souvenirs gardez-vous de l’épopée Premiers baisers ?

Une très belle période avec la rencontre de partenaires avec qui je suis encore ami aujourd’hui. On a vécu quelque chose de tellement fort ! Quand tous les jours, tu te lèves pour aller faire ce que tu aimes, c’est une chance fabuleuse. Je n’oublierais jamais ce bonheur incroyable.

« Navarro s’est terminé difficilement... »

La série a connu deux spin-off : Les années fac et Les années bleues. Comment avez-vous vécu l’arrêt de l’ère AB en 1997 ?

J’aimerais voir les chiffres d’audience de l’époque, car je ne suis pas sûr que Les années bleues n’ont pas eu le succès attendu. Je crois que cela avait bien fonctionné. Il y a eu aussi l’arrêt du Club Dorothée suite à un conflit entre AB et TF1... C’est dommage, car j’ai revu des épisodes des Années bleues, et je trouve que c’est une bonne série. C’était décalé et drôle. Lors de l’arrêt, ça a été un pincement au coeur, mais on ne se rend pas vraiment compte que c’est terminé. Sur Les Années bleues, on avait signé quarante épisodes. On en a fait vingt et on nous a dit : « On fait une pose pour tourner les vingt prochains ». Et au final, on ne les a jamais faits... J’en ai profité pour me reposer et il faut se réinventer, travailler et aller chercher des choses que l’on n’avait pas développées en soi.

Avez-vous souffert d’une étiquette AB ?

C’était un peu plus compliqué pour faire quelque chose derrière. Au lieu d’en souffrir, je me suis dit : « Beh travaille, construis le comédien que tu es ». J’ai repris des cours, bossé avec d’autres professionnels et c’est revenu après. J’ai fait les bonnes rencontres. Cela m’a permis de tourner dans L’instit avec Gérard Klein et Les yeux de l’océan avec Mireille Darc. Mon entrée dans l’équipe de Navarro a été une période de ma vie fabuleuse.

Après Sous le soleil, vous intégrez Navarro en 2004. Comment devient-on le mulet de Roger Hanin ?

C’était une série incroyable. Elle faisait entre 8 et 12 millions de téléspectateurs chaque jeudi soir. Je suis arrivé dans Navarro grâce à Jean Sagols. Il a parlé de moi à Tito Topin, auteur de la série. La chance a fait qu’il cherchait un mulet pour remplacer une comédienne enceinte dans deux épisodes. J’ai été choisi pour jouer le lieutenant Paoli et je me suis assez bien entendu avec Roger Hanin. À la fin des deux épisodes, il m’a dit : « Est-ce que tu aimerais continuer dans Navarro et rester mulet dans l’équipe ? ». C’est évidemment une proposition qui ne se refuse pas.

Quels souvenirs en gardez-vous ?

C’est un souvenir extraordinaire parce que j’ai trouvé avec des super réalisateurs et comédiens. J’ai en même temps une tristesse énorme parce que Roger Hanin et Filip Nikolic sont partis... Quand je pense à Navarro, je souris, mais j’ai toujours une petite larme, car c’est une période qui s’est terminée difficilement avec la perte de deux amis.



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- Derniers Baisers à La Grande Comédie (Paris), du mardi au samedi à 20 heures et le dimanche à 18 heures jusqu’au 10 juillet





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