lundi 20 novembre 2017 à 18:35 par

Frédérique Lantieri (France 5) : « 48 heures a l’intérêt de montrer la part d’humanité des enquêteurs »

Ce lundi 20 novembre à 20h55, France 5 donnera le coup d’envoi de 48 heures. Alors qu’une saison 2 de la série documentaire semble être en bonne voie, Frédérique Lantieri se confie sur son nouveau défi et le succès de Faîtes entrer l’accusé.

Frédérique Lantieri (France 5) : « 48 heures a l’intérêt de montrer la part d’humanité des enquêteurs »
©Jean Pimentel/FTV 

Benoît Mandin : Ce lundi 20 novembre, France 5 diffusera le premier numéro de 48 heures. Pourquoi s’être intéressée à l’affaire Jean-Yves Morel ?

Frédérique Lantieri : La garde à vue de Jean-Yves Morel est exceptionnelle, car le personnage est lui-même atypique. C’était intéressant de voir comment quelqu’un, qui paraît si lisse et n’avoue jamais, allait emmener les gendarmes à s’y reprendre à plusieurs reprises. Ils vont finir par trouver un élément imparable pour le faire avouer sinon il ne l’aurait jamais fait. Au début, ils pensaient qu’ils auraient pu le faire passer aux aveux rapidement. Le psychiatre explique que c’est une personnalité très clivée à l’image de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Il se présente comme monsieur tout le monde, mari idéal et employé. Tout cela cohabite avec une personnalité beaucoup plus sombre, obsédée par le sexe et surtout menteuse. Au moment où il fait une tentative de suicide, il y a un Jean-Louis Morel qui prend le dessus sur l’autre et cela lui paraît insupportable.

Alors qu’ils l’interrogent sur la disparition d’Élisabeth Griffin, les enquêteurs vont faire le lien avec une affaire dans son entourage, datant d’il y a un an. Ils vont être toutefois dans l’impossibilité d’interroger Jean-Yves Morel à ce sujet...

Le problème est que la gendarmerie et la justice ont conclu la disparition de la belle-soeur de Jean-Yves Morel comme étant une fugue. Quand on considère qu’il n’y a pas eu d’information judiciaire ouverte, on ne peut pas interroger quelqu’un sur quelque chose où il n’y a priori aucun crime de commis. Dès que les enquêteurs ont démontré que Jean-Yves Morel avait tué Élisabeth Griffin, ils ont immédiatement fait ouvrir une information sur la disparition de la petite Marylène. Ce sont les garanties du justiciable qui font que l’on ne peut interroger quelqu’un sans qu’un délit ne soit commis.

Par manque de preuve, Jean-Yves Morel va être libéré de garde à vue. Souhaitiez-vous mettre en avant le fait que les enquêteurs vont alors se retrouver dans une course contre la montre ?

Nous sommes sur France 5, la chaîne de la connaissance et du savoir. Il s’agissait de donner les clés pour que les téléspectateurs comprennent le fonctionnement judiciaire français alors qu’ils connaissent bien étonnamment celui des Américains. Une garde à vue est d’une durée de 48 heures maximum et peut être renouvelée de 24 heures sauf en matière de terrorisme. Dans le cas de Jean-Yves Morel, les gendarmes sont contraints de lever la garde à vue pour respecter les droits de la défense et faire des vérifications pour pouvoir l’interroger à nouveau. Mais vu qu’ils sont déjà à 36 heures, ils leur restent très peu de temps...

Une jeune gendarme arrive pour demander à ses collègues s’ils veulent du café. Ce moment est fort puisque face au refus de l’officier de lui en apporter un, l’accusé comprend que le mépris s’installe autour de lui et craque. Comment expliquez-vous un tel paradoxe ?

Cela fait écho avec ce que le chef d’enquêteur lui a dit juste avant autour du fait que son entourage va se détourner de lui. C’était très important pour les enquêteurs de montrer qu’il s’agissait d’un viol et non d’un meurtre « simple », car la peine encourue n’est pas la même. Ils ont le sentiment d’avoir un individu extrêmement dangereux et se disent qu’il faut absolument l’éloigner le plus longtemps possible de la société.

« Les téléspectateurs pourront se rendre compte à quel point les enquêteurs peuvent être ébranlés par les affaires »

Outre les enquêteurs, les téléspectateurs pourront découvrir les analyses d’experts psychiatres...

C’est toujours intéressant de comprendre pourquoi un individu a pu passer à l’acte et finit par faire des aveux. Le but était de comprendre cet homme qui est si éloigné de ce que nous sommes chacun les autres avec nos petits travers. L’éclairage des experts psychiatres était nécessaire et les téléspectateurs pourront se rendre compte à quel point les enquêteurs peuvent être ébranlés par les affaires. Ils peuvent s’acharner parce qu’ils sont éprouvés, bouleversés et veulent la vérité face à autant d’atrocité. On a toujours tendance à montrer les policiers et les gendarmes comme des personnes ayant tout vu alors qu’en fait ce n’est pas du tout le cas. La série a l’intérêt de montrer la part d’humanité des enquêteurs. À chaque numéro, nous avons tenté de trouver un éclairage qui puisse amener des précisions psychologiques ou scientifiques.

Le deuxième numéro, consacré à Jean-Stéphane Saizelet et Nadège Wiktorska, est assez atypique puisque le suspect se présente aux enquêteurs avec l’identité du mort. Ce critère vous a-t-il amené à traiter cette affaire ?

Oui et c’est aussi le fait qu’à la fin, on s’aperçoit que Jean-Stéphane Saizelet s’est inspiré d’un épisode de Columbo. La garde à vue à deux est intéressante, car on essaye de jouer l’un contre l’autre et c’est des mécanismes intellectuels forts. Nous avons été aussi interpellés par Nadège, une madame comme tout le monde qui n’a jamais rien fait dans la vie. C’est une femme banale et c’est toujours très intéressant, car d’une certaine façon, Saizelet a un profil criminogène atypique.

Pourquoi avoir consacré une série documentaire à la garde à vue ?

Ce qui m’intéressait est le huit clos et la rencontre entre des gens qui ne se connaissent pas. Je souhaitais montrer comment les enquêteurs peuvent amener quelqu’un à raconter des choses extrêmement intimes et personnelles dont il ne souhaite pas parler. Cela demande beaucoup d’intuition de la part des enquêteurs pour se faire une idée de la personne qu’ils ont en face d’eux. Il faut qu’ils se fassent une opinion dans les plus brefs délais et trouve le moyen d’entrer dans une discussion intime.

Ne diriez-vous pas que c’est aussi un moyen de montrer au public l’amont d’une affaire judiciaire ?

Les aveux se font généralement en garde à vue bien qu’ils peuvent également intervenir plus tard dans l’institution. Il y a quelque chose qui se joue dans ce huit clos de tout à fait singulier qui a à voir avec notre condition humaine. La question est de savoir pourquoi le fait d’être bombardé de questions fait qu’à un moment donné une personne est acculée et donc amenée à parler.

« Faîtes entrer l’accusé a une mécanique construite comme un polar à travers la musique, les différentes interventions, le décor, la lumière... »

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Dès l’établissement du premier épisode, nous l’avons montré aux policiers et gendarmes. Cela les a convaincus de participer à l’élaboration de cette série documentaire. Toutes les personnes que nous avons sollicitées se sont montrées coopératives assez facilement.

Parallèlement à 48 heures, vous êtes à la tête de Faîtes entrer l’accusé sur France 2. L’émission va-t-elle revenir ?

Oui, on s’apprête à terminer une salve de dix épisodes qui devraient à l’antenne dès le mois de janvier. L’émission restera diffusée le dimanche en deuxième partie de soirée, mais je ne peux pas encore vous dire les affaires qui font être traitées, car la chaîne en a encore quelques unes à diffuser et je ne sais pas dans quel ordre ils vont le faire.

Malgré la multiplication des émissions de fait divers, l’émission continue de réaliser des belles performances d’audience. Comment expliquez-vous ce succès ?

Chaque numéro représente quatre mois de travail, car Faîtes entrer l’accusé a une mécanique construite comme un polar à travers la musique, les différentes interventions, le décor, la lumière... Cela pourrait être vraiment un film policier. Face à toutes ces qualités, le programme a un tel succès alors que les autres font des reportages. Ils n’ont pas les mêmes moyens, nous on peut se permettre d’avoir tout le monde et de faire des tournages magnifiques. Nous traitons uniquement des affaires résolues, ce qui nous permet d’avoir un certain nombre d’acteurs de la justice qu’eux n’ont pas. La notoriété de l’émission fait que les téléspectateurs acceptent volontiers d’y participer. Faîtes entrer l’accusé donne tous les points de vue puisque l’on interroge la défense, l’accusation, l’avocat général, les victimes et les accusés.

Certains observateurs estiment que les émissions de faits divers de la TNT se sont librement inspirées de Faîtes entrer l’accusé. Qu’en pensez-vous ?

Il y a de la place pour tout le monde ! Je pense que les gens s’inspirent lorsqu’une émission marche bien, c’est la même chose pour la mode et le cinéma. On ne peut pas prétendre à être le seul qui fonctionne bien et empêcher les autres d’aller sur le même chemin.


- 48 heures, chaque lundi à 20h55 sur France 5
- Faites entrer l’accusé, de retour dès janvier sur France 2



FRANCE 2   FRANCE 5   FAITES ENTRER L’ACCUSE  




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