Les grandes batailles de l’access : La roue de la fortune, Nagui, Dechavanne... Que le meilleur gagne entre TF1 et France 2 !

samedi 16 juillet 2022 à 20:45 |
Capture TF1

Le psychanalyste Joseph Agostini, auteur de « Je dépense comme je suis » (Editions Leduc), revient sur la télévision des années 80 à 2000. Pour Toutelatele, il revisite les grands moments en s’attardant sur les émissions et les stars de cette époque. De La roue de la fortune à N’oubliez pas votre brosse à dents en passant par La nuit des héros ou encore Loft Story, revivez les programmes précurseurs de la télévision d’aujourd’hui. Parce que le succès des émissions est avant tout une histoire de psychologie collective. Dans cet épisode, place aux grandes batailles ayant marqué l’access prime time.

Le 5 janvier 1987, une vague de froid est en train de s’abattre sur la France entière, faisant plus d’une centaine de morts. On relève – 33 degrés à Méribel ! TF1 n’est pas encore privatisée qu’elle se lance déjà dans la diffusion d’un jeu américain ultrapopulaire à 18h45, idéal pour s’installer devant le poste de télévision à côté du chauffage ou du feu de cheminée. Son titre est la traduction littérale de celui qu’il a aux États unis, sur NBC, puis CBS, depuis 1975 : La roue de la fortune (Wheel of fortune en titre original).

Réalisée par Olivier Baudouin et tournée à la Plaine Saint-Denis, l’émission naît quand s’implante Pizza Hut en France, quand l’Opel Omega est la voiture à la mode et que le pays danse sur La Bamba. Canal+, La 5 et TV6 ont fait leur apparition, bien loin des idéaux socialistes et de l’utopie des radios libres. Le service public n’est déjà plus ce qu’il était…

Et en avril de la même année, Francis Bouygues acquiert 50% du capital de TF1, avec la ferme intention de capter l’attention des industriels friands de publicités. Les Français subissent non pas une, mais deux coupures pubs pendant leurs émissions favorites sur la « première chaîne ». Qui aurait alors cru que Monsieur Propre et l’ami Ricoré allaient s’inviter pendant le film du dimanche soir ?

La roue de la fortune écrase tout sur son passage

Au beau milieu de cette année 1987, si de nombreuses émissions sont sur la sellette, TF1 privatisée ne songe pas une seconde à déloger La roue de la fortune. Et pour cause : elle réunit déjà plus de six millions de téléspectateurs, atomisant la concurrence ! Elle tourne si bien que la roue arrive bientôt à 19h20, en succédant à Cocoricocoboy de Stéphane Collaro. Elle est maintenant destinée à être la parfaite locomotive du journal de 20 heures, qui ne tarde pas à être présenté, non plus par Jean-Claude Bourret, mais par le cher ami breton de Patrick Le Lay, nommé PDG de la chaîne : Patrick Poivre d’Arvor.

Le jeu le plus célèbre de France connaît pourtant un sacré changement quelques mois seulement après sa naissance sur le sol national : Michel Robbe, son animateur, qui partage déjà la vedette avec l’invétérée tourneuse de lettres Annie Pujol, cède aux sirènes de La 5 berlusconienne. Il s’en va présenter La porte magique, un jeu également importé des Etats Unis et programmé à la même heure sur une 5 pailletée comme jamais, achetée et lâchée par Silvio Berlusconi, flairant le désastre.

Christian Morin, lui aussi sur La 5 en 1986 pour la soirée inaugurale, succède à Michel Robbe en catastrophe. Ce changement de visage n’a strictement aucune incidence : les téléspectateurs restent accrochés à la roue, à ses cases « Passe », « Banqueroute » ou « Bonus » et aux mots qu’il s’agit de deviner en quelques secondes. Ils regardent, dans un mélange de curiosité et d’envie, les gagnants choisir entre les différents cadeaux du « carrousel » : « Pour une valeur de 490 francs, j’achète le magnétoscope avec la fonction enregistrement différé. Et pour une valeur de 202 francs, je pense que je vais prendre la cafetière Gitem… Dommage, j’aurais voulu acheter le canapé en cuir… Peut-être à la prochaine manche », commente le candidat victorieux.

Annie Pujol se contente de multiplier de magnifiques sourires « dentifrice » et d’être le faire-valoir de Christian Morin dans un monde télévisuel où Pépita aura bientôt un rôle similaire dans Pyramide à midi sur Antenne 2, malgré un plus grand sens de l’auto-dérision. Il faudra attendre Daniela Lumbroso dans Question de charme, puis Christine Bravo dans Frou Frou pour avoir des animatrices « parlantes » en access prime time.

Santa Barbara, le soap déchaine les Français sur TF1

Mais les téléspectateurs d’alors ne se plaignent pas le moins du monde du mutisme d’Annie Pujol. Au début des années 90, La roue de la fortune bénéficie d’une cote d’amour exceptionnelle. De plus, il y a une locomotive à la locomotive : Santa Barbara, programmée juste avant le jeu, est l’une des séries US les plus populaires sur NBC depuis 1984. Les mésaventures de Kelly, Eden et Cruz font la Une des magazines et détrônent Dallas en matière de notoriété. Santa Barbara et La roue de la fortune vont si bien ensemble… Ils permettent à TF1 d’exercer une véritable suprématie sur le créneau dit de « l’access prime time », l’un des plus convoités par les publicitaires.

Michel Robbe peut se mordre les doigts : La porte magique tombe aux oubliettes de la 5 aux abois… comme l’ensemble des séries, jeux et divertissements déployés par Antenne 2 à cet horaire ! Pas moins de dix-sept en l’espace de quatre ans, qui s’arrêtent les uns après les autres, de L’arche d’or à La caméra indiscrète… Ni Georges Beller ni Patrice Laffont ni encore Claude Sérillon ne pourront s’opposer à la déferlante. La roue dévore tout sur son passage, avec des pointes à quinze millions de fidèles et 45 % de part de marché (Pour rappel, aucun programme d’access prime time ne dépasse aujourd’hui les trois millions).

Afin de mieux comprendre cet engouement gigantesque pour une roue qui tourne, replongeons-nous dans l’univers d’alors. Le paysage audiovisuel français compte six chaînes. Entre 19 et 20 heures, Nulle part ailleurs sur Canal + et La petite maison dans la prairie sur M6 caracolent à 10%. Seule FR3, avec ses informations régionales (20% du public) surnage tandis que La 5 sombre à moins de deux points d’audience, avec des rediffusions désespérées de Kojak, jusqu’à sa fermeture définitive, le 12 avril 1992 … La roue de la fortune n’a pas de réel concurrent à ce moment-là car aucun jeu n’est parvenu à s’installer sur cette case, comme si tous paraissaient être les pâles avatars de l’émission vedette. La mécanique est imparable, les cadeaux prestigieux et les animateurs aussi lisses que possible.

Que le meilleur gagne ressuscité après la mort de La 5

1992… C’est à cet instant précis que le vent tourne sur l’access prime time. Le public change. Il aspire à davantage d’interaction, de liberté. L’esprit Canal +, encore incarné par Antoine De Caunes et Philippe Gildas, mais également le succès des Inconnus pendant le réveillon 1991 sur Antenne 2, ont fait naître un parfum de subversion et d’irrévérence.

A ce moment précis, Nagui arrive avec armes et bagages sur Antenne 2, présidée par un Hervé Bourges résolu à en découdre avec les flops d’audience du créneau sinistré de l’avant-Journal de 20 heures. Quelques semaines avant de rebaptiser la chaîne France 2 et de la jumeler avec France 3, Bourges, sous l’impulsion de son directeur des programmes Pascal Josèphe, ressuscite Que le meilleur gagne . D’origine australienne, il place cent candidats dans une arène. Il n’en restera plus qu’un à la fin d’une série de questions à choix multiples, à coups du célèbre « Allez aurevoir  » de Nagui, à chaque fois qu’un candidat est éliminé.

Ce jeu, également réalisé par Olivier Baudouin, était diffusé sur la 5 l’année précédente. Il était l’un des rares programmes de la chaîne disparue à avoir trouvé un public fidèle… Et jeune ! C’est sans doute cette spécificité qui effraye alors TF1. En effet, en cette année 1992, les publicitaires n’ont qu’une idée en tête : séduire la ménagère de moins de cinquante ans, cette fameuse cible commerciale susceptible d’acheter nourritures, lessives et vêtements pour sa petite famille. La roue de la fortune a beau encore obtenir des scores mirobolants, le déclin se profile, surtout quand l’on observe le vieillissement certain de son public. Christian Morin et Annie Pujol n’illustrent plus vraiment la tendance du moment, qui est aux pin’s, aux sitcoms et à la venue du « câble satellite ». Personne n’est dupe.

D’ailleurs, Que le meilleur gagne représente une menace dès son apparition au milieu de l’été, juste après Le journal du Tour de France. Face à Nagui, un jeune animateur d’origine égyptienne, à la fois gentiment insolent et brillamment consensuel, TF1 apparaît comme une chaîne pour séniors, avec son soap opéra, Santa Barbara, toujours à l’antenne, et sa bonne vieille Roue.

Coucou c’est nous révolutionne l’access

Alors, cinq ans seulement après sa privatisation, la première chaîne va miser le tout pour le tout. Elle songe à entièrement refondre son access prime time malgré son audience indiscutable. Un pari risqué ! Nouveau jeu, reality show, série américaine pour adolescents… De nombreux projets sont à l’étude. Mais finalement, la grande prêtresse des divertissements, Dominique Cantien, tranche et décide de céder le créneau à celui qui, à cette époque, est déjà devenu maître du stand up et du débat en direct sans filet : Christophe Dechavanne.

Alors qu’il dynamite l’audience de TF1 avec Ciel mon mardi ! à raison d’une fois par semaine en deuxième partie de soirée, l’animateur producteur de trente-deux ans se voit confier les rênes du premier talk-show en direct et en public du 19/20 heures, toutes chaînes confondues. Le missile, destiné à conquérir les ménagères, les ados et le reste du monde, est baptisé Coucou, c’est nous !

Accompagné par une équipe de chroniqueurs, dont Patrice Carmouze et Sophie Favier pour les plus populaires, Dechavanne reçoit un invité par jour dans l’actualité du cinéma, de la chanson ou de la télévision. Se succèdent des rubriques les unes plus novatrices que les autres, avec animaux, canulars ou épreuves physiques. Dechavanne n’hésite pas, par exemple, à se déguiser en sumo et à affronter son invité en live tandis que Sophie Favier répond au courrier érotique des téléspectateurs, dont la plupart dînent à cette heure avancée de la journée. Du jamais vu alors ! L’enjeu est de taille.

La roue de la fortune est encore programmée à midi à cette époque, présentée par Alexandre Debanne et Frédérique Le Calvez. Elle aussi a rajeuni et pourrait être dégainée à tout moment à 19 heures si Coucou c’est nous venait à décevoir. En septembre, le suspense est à son comble. La presse s’empare du « duel » Nagui / Dechavanne, le premier de l’histoire de la télévision à être si médiatisé, l’année même de la création de Télés Dimanche de Michel Denisot sur Canal+, entièrement dédié à l’actualité du petit écran.

Coucou, c’est nous ! réussit son pari, avec six millions de fidèles. Il rajeunit d’un coup d’un seul le public de TF1 sur cette case stratégique, précédée des fameux sitcoms d’AB Productions (Hélène et les garçons, Le miel et les abeilles puis Les filles d’à côté). Cependant, Nagui gagne aussi un public familial et se maintient lui aussi à un score semblable, malgré une grille de France 2 beaucoup plus faible (Le jeu, présenté par William Leymergie, programmé juste avant Que le meilleur gagne disparaîtra des radars quelques mois après, passé complètement inaperçu).

Pendant deux ans, les deux géants du divertissement cathodique se disputeront la part du lion, sans qu’aucun d’entre eux n’ait réellement pu prendre le dessus sur l’adversaire.

Découvrez également Les grandes batailles des divertissements : Drucker, Foucault, Sabatier, Sébastien, la quatuor paillettes, un animateur star de trop pour TF1

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