Les grandes batailles des divertissements : Drucker, Foucault, Sabatier, Sébastien, la quatuor paillettes, un animateur star de trop pour TF1

samedi 23 juillet 2022 à 20:45 |
Capture TF1

Le psychanalyste Joseph Agostini, auteur de « Je dépense comme je suis » (Editions Leduc), revient sur la télévision des années 80 à 2000. Pour Toutelatele, il revisite les grands moments en s’attardant sur les émissions et les stars de cette époque. De La roue de la fortune à N’oubliez pas votre brosse à dents en passant par La nuit des héros ou encore Loft Story, revivez les programmes précurseurs de la télévision d’aujourd’hui. Parce que le succès des émissions est avant tout une histoire de psychologie collective. Dans cet épisode, place aux grandes batailles des divertissements de prime time qui ont marqué TF1 dans les années 80/90. Aux commandes, quatre animateurs représentant toute une époque de gloire : Patrick Sabatier, Jean-Pierre Foucault, Patrick Sébastien et Michel Drucker...

Le 2 septembre 1990, nous sommes en pleine guerre du Golfe. Mikhail Gorbatchev et George Bush plaident pour une solution pacifique, mais Saddam Hussein, envahisseur du Koweït, ne l’entend pas de cette oreille. Il se murmure même que le moustachu en treillis pourrait utiliser l’arme atomique avec une certaine légèreté… Le reporter Patrick Bourrat, qui mourra écrasé par un char douze ans plus tard dans ce même Koweït, donne tous les jours des nouvelles du front.

Michel Drucker revient sur TF1

Dans cette ambiance électrique, ponctuée par des flashs spéciaux et des analyses du spécialiste de politique étrangère Ulysse Gosset, Michel Drucker fait une arrivée en fanfare sur TF1 après avoir été traité de ringard par la direction d’Antenne 2. A quarante-huit ans, l’ancien meneur des Rendez-vous du dimanche est devenu un maître absolu en variétés. Il a régné sur le samedi soir de la Deux, avec Champs Elysées, de 1982 à 1990.

Imaginée par Françoise Coquet et réalisée par Jacques Brialy, avec un générique grandiose signé Jean-Claude Petit, la variété made by Drucker vaut son pesant d’or. Les artistes aiment cette façon policée que l’homme a de les interviewer, de les bichonner. Il a ce je-ne-sais-quoi de poli dans le regard, mais aussi de proustien, car Michel Drucker sait raconter la vie des stars, avec une tendresse mêlée de filouterie, en direct du Pavillon Gabriel, à deux pas des véritables champs Elysées.

Alors, en 1990, quand il déménage dans le Pavillon Baltard pour servir les mêmes chanteurs et acteurs comme lui seul sait le faire, le public le suit. Drucker est roi et inaugure Stars 90 avec un grand hommage à Michel Sardou. « Mon ami et l’ami de la France », résume-t-il. TF1 reprend le titre Stars (émission déjà à l’antenne en 1980 avec le même animateur) et ne lui rajoute que le chiffre « 90 », pour bien signifier aux téléspectateurs qu’ils ont changé de décennie, au cas où ils ne s’en soient pas rendus compte !

Le générique, cette fois signé Paul Belotti, est toujours aussi classieux, un lundi soir sur deux, car Monsieur Drucker a déclaré à Télé 7 Jours, « vouloir avoir plus de temps pour préparer ses émissions. » Qu’à cela ne tienne ! TF1 s’enorgueillit d’avoir cette pointure du divertissement dans son écurie.

Jean-Pierre Foucault, nouveau chouchou de TF1

Pourtant, ce ne sont pas les variétés qui manquent sur ses grilles des programmes ! En cette rentrée, on ne dénombre pas moins de quatre grandes « Rolls Royce » sur la Une. Depuis trois ans, soit la privatisation de la chaîne, Jean-Pierre Foucault présente Sacrée Soirée le mercredi soir, produit Gérard Louvin et Renaud Le Van Kim. Elle est déjà loin, l’époque « service public » de Foucault, avec les petits budgets d’Affaire suivante et de L’académie des 9

En septembre 1987, alors que toutes ses stars avaient quitté le navire pour rejoindre La 5, TF1 lui avait proposé de devenir son animateur fétiche. Sacrée Soirée a une carrosserie de luxe ! Avec son orchestre en direct, les coups de téléphone de Laurence, ses surprises savamment préparées et l’horoscope de Didier Derlich, l’émission est un petit bijou de kitsch et de sécrétions lacrymales. Même Serge Gainsbourg y va de sa larmichette en voyant débarquer un chœur d’enfants l’imitant, la chemise débraillée et la fausse clope au bec, devant un Foucault rebaptisé « Faux Cul » par Les guignols de l’info de Canal +. L’époque, la même où Dorothée occupe trente heures de programmes hebdomadaires sur TF1, est résolument à la candeur bon enfant…

Patrick Sabatier, le préféré des ménagères

Le vendredi soir est dédié à Patrick Sabatier, animateur producteur promu « gendre idéal ». Après s’être copieusement cassé le nez sur La 5 en 1987, Sabatier était revenu sur la Une, la tête basse. La chaîne, récemment privatisée, a profité sans compter de son capital sympathie. Alors qu’il proposait aux stars de retrouver leurs camarades de classe dans Avis de recherche, - l’émission avait même droit, comble de gâterie, à une quotidienne de quelques minutes en plus du prime time du vendredi - il crée Tous à la Une, le 7 septembre 1990.

À chaque numéro de ce nouveau concept, l’invité vedette entonne lui-même le générique, devant un parterre de spectateurs venus le célébrer. Mais ce que l’on met le plus à l’honneur est résolument les actes de bravoure des anonymes, félicités pour leur générosité et leur sens de la solidarité… Le ton est tour à tour larmoyant et plein de liesses. Patrick Sabatier est à la fois l’ancêtre de Julien Courbet et de Nikos Aliagas. Depuis Le jeu de la vérité en 1985, où les stars répondaient en direct aux questions parfois assassines des téléspectateurs (Chantal Goya ne le supportera pas), sa notoriété est galopante.

Patrick Sébastien, le trublion qui ose tout

Le samedi soir est le terrain de jeu de Patrick Sébastien, lui aussi revenu en courant de La 5, qui une fois tous les quinze jours, produit et présente son Sébastien, c’est fou !, un gigantesque défilé de stars rieuses, bien décidées à se défouler en se déguisant. L’animateur imitateur n’en est pas à son coup d’essai : il a déjà sévi dans Carnaval, une émission du même calibre, alors même que TF1 était encore publique. Sébastien, c’est fou ! est pour lui une occasion de récidiver, avec davantage de moyens et une fréquence de diffusion beaucoup plus régulière.

En 1990 et 1991, les quatre variétés de TF1 connaissent des audiences rendant ridicules toutes tentatives de concurrence. Avec Balthazar de Georges Beller, Avant que le ciel nous tombe sur la tête de Patrice Laffont ou bien encore le très éphémère Coups de cœur, animé par Sheila, Antenne 2 ne dépasse pas les 20% de part de marché alors que TF1 s’envole allègrement au-dessus des 40% ! Sept à dix millions de téléspectateurs sont fidèles aux variétés de la chaîne privée. Le succès est total, voire inespéré. Rappelons qu’à cette époque, La 5 rachetée par le groupe Hachette, propose une série de nouvelles émissions de divertissement les unes plus coûteuses que les autres (Lecoq tel avec Yves Lecoq, Grain de folie avec Marie-Ange Nardi et André Lamy…), qui font des flops mémorables.

Une nouvelle ère va s’ouvrir...

Le vent tourne pourtant l’année suivante. En 1992, La 5 n’est plus et Antenne 2, sur le point de devenir France 2, fourbit des armes plus aiguisées. Le samedi soir, notamment, la chaîne publique a créé le premier reality show français, adapté du format américain Rescue 911, rebaptisé La nuit des héros et présenté par Laurent Cabrol. Le programme, lancé quelques mois avant, n’a de cesse de grappiller des points d’audience à TF1. Plus encore, il illustre un nouveau courant télévisuel, ringardisant soudain les variétés pailletées. Le reality show n’a pas besoin de vedette, il les fabrique tout seul ! Les héros de Laurent Cabrol ont souvent voulu sauver les autres au péril de leur vie. Ils méritent que les projecteurs se détournent d’Alain Delon et Rika Zaraï en leur faveur !

Bientôt, la rumeur enfle à TF1 : il y a une émission de variétés de trop sur la grille des programmes. La chaîne veut donner un coup de jeune à ses concepts, mais s’y prend prudemment car, comme le dit le célèbre adage, « on ne change pas une équipe qui gagne ». En 1987, Antenne 2 était encore la chaîne préférée des Français. Pour s’imposer à la manière de son slogan « Y en a qu’une, c’est la Une », TF1 a déployé des trésors de stratégie et de créativité… Mais il suffit parfois d’un rien pour faire s’effondrer les audiences.

En 1992, on « brainstorme » sec dans les bureaux d’Etienne Mougeotte et de Patrick Le Lay, à la tête du vaisseau. Comment révolutionner les programmes en douceur, sans entraîner un départ massif de téléspectateurs vers un service public revivifié depuis l’arrivée d’Hervé Bourges ? Quel divertissement trop daté sera choisi pour passer sur le billot ? Des quatre animateurs de la Rolls Royce, Patrick Sabatier apparaît alors comme le plus fragile. Il défraie alors la chronique pour fraude fiscale et sa présence sur TF1 est plus ancienne que celles de Drucker, Foucault et Sébastien.

Double faute pour Patrick Sabatier, TF1 le limoge

En juin 1992, malgré des audiences encore très convenables, Tous à la Une disparaît, selon le souhait de Sabatier de renouvellement de ses formats tous les deux ans. De leurs côtés, Stars 90, Sacrée Soirée et Sébastien, c’est fou ! sont reconduites. Le glas tarde cependant à sonner pour l’animateur star. Patrick Sabatier se voit d’abord proposer de décliner Et si on se disait tout , son magazine à succès de deuxième partie de soirée, en prime time, le lundi, puis un jeudi sur deux Faites de beaux rêves juste après le prime. Mais ces propositions plus talk que variétés sentent clairement le sapin…

Et en effet, l’essai ne dure pas. Patrick Sabatier est bientôt condamné sur l’autel de l’audience. L’animateur producteur, hier symbole du succès, devient persona non grata comme s’il catalysait injustement toutes les stratégies commerciales de TF1 depuis sa privatisation. L’escroquerie du mage dans Et si on se disait tout et la condamnation pour fraude fiscale ont permis à la Une de sortir la guillotine. Sur Canal +, Les guignols de l’info finissent l’opération sabotage en le brocardant comme personne, surtout depuis ses démêlés avec le fisc.

Patrick Sabatier, « l’animateur aux dents trop blanches », disparaît de l’antenne et ne rebondit sur aucune autre chaîne. « Ma direction me promet que je vais revenir en mars » lance-t-il, alors encore sûr de lui. « C’est vrai, j’ai dit mars, mais je n’ai pas précisé l’année », ajoute plus tard Patrick Le Lay, dans une ironie glaciale ne laissant aucune place à la compassion. Déjà, le reality show, ancêtre de la télé-réalité, s’apprête à tout envahir…

Découvrez également les grandes batailles de l’access : La roue de la fortune, Nagui, Dechavanne... Que le meilleur gagne entre TF1 et France 2 !

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