Marie-Ange Casalta (Enquête d’Action) : « Le personnel de santé est la nouvelle cible des terroristes »

Aux manettes d’Enquête d’Action depuis plus de 10 ans, Marie-Ange Casalta propose un sujet sur les médecins de guerre engagés au Mali ce 10 juillet 2020 à 21h05 sur W9. La journaliste en a profité pour tirer un bilan de la saison du magazine.

Publié le vendredi 10 juillet 2020 à 17:16
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Marie-Ange Casalta (Enquête d’Action) : « Le personnel de santé est la nouvelle cible des terroristes »
©Capture W9 

Joshua Daguenet : Il faut remonter à février pour trouver le dernier sujet d’Enquête d’action. Comment le programme a-t-il été impacté par la crise sanitaire ?

Marie-Ange Casalta : Au bureau, notre travail a été perturbé. Nous avons évolué dans des conditions surréalistes. La première journée, j’ai porté un masque ffp2 pendant douze heures et quand je suis rentrée chez moi, j’ai été malade. Pliée en deux. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, nous avions peur en même temps de ressentir l’adrénaline d’être au cœur de l’information. La dangerosité de la maladie n’était pas connue au tout début.

L’opération Barkhane a été lancée en juillet 2014. Pourquoi avoir couvert cette période d’un mois, tournée en 2019 ?

Nous devions partir au Mali au mois de mars. J’avais préparé mon billet d’avion, les vaccins... Nous souhaitions suivre une profession qu’il fallait mettre à tout prix en avant : les gens qui sont à la fois médecins et soldats. Ils soignent des blessures que l’on ne trouve pas dans la vie de tous les jours, ils vont sur le front pour accompagner les soldats, viennent en aide gracieusement à des populations locales tout en gérant un flux massif de blessés. Le lien est intéressant avec le Coronavirus, car pendant la crise, l’Hôpital Bégin [situé dans le Val-de-Marne, ndlr] a accueilli une centaine de patients au quotidien. J’ai tourné un plateau sur place où j’ai rencontré un médecin parti au Tchad il y a quelques mois et il a fait le parallèle entre exercer son métier en zone de guerre au Tchad et à l’hôpital pendant le Coronavirus. Concernant la période de tournage, nous avons été interpellés par la mort d’un médecin à Tombouctou, Marc Laycuras, et cela faisait extrêmement longtemps que ça n’était pas arrivé. Aujourd’hui, le personnel de santé est la nouvelle cible des terroristes, car la mission est annulée si un médecin est tué.

On suit l’entraînement très exigeant des militaires soignants, pouvant rappeler la première partie du célèbre film Full Metal Jacket. Diriez-vous que la préparation mentale est plus importante encore que les exercices ?

C’est possible. Pour partir plusieurs mois, loin de sa famille pour risquer sa vie, il faut un courage, un état d’esprit et une force mentale rares. Il y a quelques jours, j’ai rencontré un ancien soldat qui a participé à l’opération Barkhane. Je lui ai demandé pourquoi il a décidé de quitter l’armée et il m’a répondu que lors d’un test avec une psychologue, elle a insisté en lui demandant s’il était prêt à risquer sa vie et mourir pour la France. La question lui a fait un choc et il a réalisé qu’il n’était pas prêt à mourir. Il a participé à un tas de missions dangereuses, il a vu des collègues décéder. Cela prouve qu’on ne peut pas faire ce métier si on ne passe pas ce cap-là.

Un Major demande la présence d’une femme pour rassurer une patiente qui se fait douloureusement désinfecter la main. Au-delà des qualités intrinsèques individuelles, les femmes sont-elles également recherchées pour le côté rassurant qu’elles présentent auprès des populations que l’armée a le devoir de protéger ?

Je pense que dans ces pays-là, la présence des femmes dans l’armée est essentielle, car sans cette militaire, cette femme n’aurait pas été soignée. Les médecins de l’armée n’ont pas à sauver des soldats tous les jours. Dès qu’ils peuvent, ils portent secours à la population locale, et sans eux, ils ne seraient pas soignés. Cette dame souffrait d’une blessure bénigne. Si elle avait été soignée tout de suite, elle n’aurait rien eu. La présence des femmes est très importante, notamment dans les pays à majorité musulmane.

« Il est normal de mettre à l’honneur le personnel soignant le 14 juillet »

On voit quelques scènes très crues d’opérations bien que certaines images soient floutées. Avez-vous rencontré quelques restrictions sur le tournage ?

Pour un journaliste lambda, il aurait fallu avoir le cœur bien accroché. Le journaliste parti, Emmanuel Réau, est spécialiste des zones de guerre. Lui est un soldat dans l’âme, il est fait pour ce genre de mission. Les interventions ont pu être filmées, mais il y avait des restrictions. Si j’avais pu rallier le Mali, j’aurais eu interdiction de quitter la base militaire. Notre journaliste, seul, a pu partir avec eux parce qu’il était aguerri.

L’instabilité politique en France, alors que Angela Merkel a déjà connu sous son mandat nos quatre derniers Présidents de la République, n’est-elle pas un frein aux opérations militaires ?

Je suis là pour ramener des images, donner de l’information, filmer les faits tels qu’ils le sont et les retranscrire le mieux possible. Je sais que les policiers, pompiers, ambulanciers, urgentistes, médecins... ont le point commun d’être des guerriers, de tout donner et de faire passer leur profession avant tout. Savoir qui est le Président, ils sont au-dessus de ça. Leur motivation ne change pas. Ils ont un dévouement à tout épreuve, ils risquent leur vie pour l’autre et souvent pour des salaires qui ne sont pas mirobolants.

Pas de défilé militaire cette année, mais un hommage aux soignants. Est-il judicieux de comparer la mission du personnel infirmier pendant la pandémie avec celle des médecins envoyés au front pour combattre le terrorisme ?

Oui et c’est ce qui nous a donné envie de diffuser le sujet à ce moment-là. Le 14 juillet, le personnel soignant, en première ligne lors de la crise du Coronavirus, est mis à l’honneur et c’est bien normal. Le médecin qui est revenu au Tchad et que j’ai rencontré m’a dit qu’il n’a connu qu’en zone de guerre l’arrivée massive de malades à l’hôpital pendant la crise. Le parallèle est très intéressant et je trouvais ça bien d’honorer les médecins de l’armée juste avant le 14 juillet.

« J’ai trouvé un équilibre parfait entre le magazine et l’actualité »

La police est au cœur de nombreux sujets du magazine. Que vous inspire la défiance dont elle fait l’objet de la part d’une certaine partie de la population qui l’accuse de racisme ?

Ce n’est pas nouveau. J’ai toujours constaté la défiance de la population à l’égard de la police. Je me souviens d’une séquence qui s’est déroulée de nombreuses fois. Lors d’un sujet, la police travaillant dans le métro a arrêté un voleur de portefeuilles et l’a plaqué au sol. Tous les usagers ont pris la défense du voleur. J’ai aussi vécu cette scène au marché de Barbès où une partie de la population est au soutien des criminels. Je ne sais pas si cela se passe comme ça dans tous les pays. Pour en avoir parlé aux policiers, c’est quelque chose qui est très difficile à vivre pour eux humainement et psychologiquement. Ils font ce travail pour aider les gens et ils doivent surmonter cette difficulté. Ils ont du mal à travailler, car leurs moindres faits et gestes sont surveillés. Ils estiment être bridés. Personnellement, je n’ai pas assisté à des scènes de racisme, après, je pense qu’il y a peut-être des policiers racistes, comme partout malheureusement, mais les gens qui pratiquent ce métier le font avec le cœur et il est dommage d’en arriver là.

À quoi va rassembler la fin d’année d’Enquête d’action ?

Cette fin d’année est un peu spéciale, car les tournages ont été suspendus au mois de mars. Pour certains sujets, c’est reculer pour mieux sauter, ils seront diffusés à la rentrée. Les tournages reprendront à la fin août et l’émission va repartir sur les chapeaux de roue. Nous allons tout donner et j’espère qu’on va étonner les téléspectateurs avec des reportages d’excellente qualité. Nous avons bénéficié d’un délai supplémentaire pour retravailler les sujets.

Joker de Faustine Bollaert, Estelle Denis puis de Xavier de Moulins et Nathalie Renoux sur l’information, n’aspirez-vous à une place de numéro un pour les journaux de M6 ?

Aujourd’hui, je présente Enquête d’action toutes les semaines sur W9, ce qui exige pas mal d’implication ; le journal télévisé de M6 pendant toutes les vacances scolaires, qui représentent un quart du temps en France ; et depuis quelques semaines, je présente un nouveau programme sur M6 100% immo, un petit journal sur l’immobilier qui, je l’espère, grandira. Je suis comblée et je ne peux pas tout faire. J’aspire à passer du temps avec mon mari et mes deux enfants, car la famille est l’essentiel de la vie. J’ai trouvé un équilibre parfait entre le magazine et l’actualité. Je me sens extrêmement chanceuse et j’espère que cela va durer comme ça.

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