Marie Drucker (RMC Découverte) : « Nicholas Winton était un visionnaire, il a su très tôt que ces 669 enfants avaient un funeste destin »

Ce vendredi 26 février 2021, RMC Découverte diffuse à 21h05 un documentaire relatant l’acte héroïque de Nicholas Winton pendant la guerre 39-45. Marie Drucker, la productrice, a expliqué ce qui l’avait séduite dans ce récit.

Publié le vendredi 26 février 2021 à 19:04
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Marie Drucker (RMC Découverte) : « Nicholas Winton était un visionnaire, il a su très tôt que ces 669 enfants avaient un funeste destin »
©Photo personnelle MD Avec l’autorisation de RMC Story 

Joshua Daguenet : Tant la discrétion que le courage et la ruse de Nicholas Winton pour sauver ces centaines d’enfants de la mort... laquelle de ces qualités vous a le plus interpellée et incitée à faire du banquier le sujet d’un documentaire ?

Marie Drucker : Le fait que cette histoire soit inconnue du public français m’a poussée à le produire et le défendre. Des journalistes aux diffuseurs, personne ne connaissait Nicholas Winton. Pour ma part, j’en avais vaguement entendu parler lors de son décès [en 2015, ndlr], car quelques papiers avaient été réalisés à ce moment-là. Claude-Sophie Antoine, directrice générale de No School Productions, a développé et documenté ce sujet. En le lisant, j’ai été agréablement surprise. Après, la modestie du personnage et ses actes héroïques désintéressés ont fini de me convaincre.

Nicholas Winton ne s’est pas débarrassé du fameux livre découvert par son épouse au grenier. Souhait-il, dans le fond, que cette histoire de sauvetage soit révélée après sa mort ?

Quand on écrit un journal intime, on dit souvent que c’est avoir l’idée inconsciente qu’il sera lu un jour. Les raisons pour lesquelles il a conservé son livre sont mystérieuses. Cet homme était un visionnaire, il a su très tôt que des choses très importantes allaient se produire en Europe, que ces enfants avaient un funeste destin. Peut-être était-ce une façon de pouvoir en parler sans avoir à le dire lui-même.

Si pour l’ensemble de son œuvre, Nicholas Winton mérite d’être honoré, il y avait de quoi pour ses proches et notamment sa femme, être un peu vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence...

Ce n’est pas l’image qu’on en a eue de notre côté. Elle a pu se dire c’est fou, j’ai épousé un homme encore plus incroyable que ce que j’avais imaginé. C’est une belle histoire d’amour.

« Cet homme était un visionnaire, il a su très tôt que des choses très importantes allaient se produire en Europe »

L’émission de télévision dans laquelle le héros retrouve sans le savoir, cinquante ans plus tard, les rescapés de ce coup de maître, est incroyable. Comment la BBC s’est-elle organisée pour réaliser cette surprise XXL ?

Sans connaître les détails de l’opération, elle a bénéficié de la complicité de la famille. Ces gens-là étaient des adultes un peu âgés en 1988. Cette image est incroyable en terme d’archive télévisuelle. Cet homme se rend compte en direct qu’il est assis au milieu de ces enfants. Au bout du compte, il a véritablement sauvé plus de 5 000 personnes en comptant les enfants et les petits-enfants qui sont nés ensuite. J’ai vu la séquence de nombreuses fois, mais j’ai versé une larme à tous les coups.

Beaucoup d’histoires relatent également les retrouvailles bien des années plus tard d’anciens amants rencontrés pendant ce conflit. Comme si le temps s’était définitivement figé sur les différentes émotions et sentiments perpétrés durant cette période si singulière...

Je suis très touchée par cet aspect-là, ce devoir de mémoire. J’ai une approche toujours humaniste dans le traitement de ces sujets, je suis intéressée par la façon dont l’histoire rayonne autour de ces hommes et ces femmes. Il existe des millions de destins, nous sommes tous le fruit de ceux-là. Je suis passionnée par la Première Guerre mondiale, j’ai été chargée pendant dix ans de présenter des événements à France 2 : le 14 juillet, l’anniversaire de l’Armistice... tous ces moments d’actualité prennent tout leur sens quand on connait l’histoire.

Les témoins de ce conflit 39-45 vont se raréfier dans les prochaines années après la récente disparition des derniers poilus. En quoi va consister le devoir de mémoire collectif pour ne jamais oublier les horreurs de la Guerre ?

C’est une question qui m’obsède. J’ai un enfant qui a 6 ans et si « l’arbre a tout ignoré de ses fruits, malgré tout il est nourri ». Je m’interroge sur comment les futures générations de mon fils vont connaître l’histoire de sa famille. Les documentaires apportent modestement une pierre à l’édifice. Nicholas Wiston a été soutenu par la Fondation Rothschild et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Tous ces témoignages que nous avons sur la longueur, nous les tenons à la disposition de tous ceux qui en auraient besoin. La vie d’un film ne s’arrête pas à sa diffusion. Je viens par ailleurs d’en finir un autre sur Kennedy pour France Télévisions. Sur Histoire TV, j’ai également un documentaire prévu sur la résistance, et un second sur l’esclavage. Malgré ce que je peux entendre, il n’y aura jamais assez de films sur la Seconde Guerre mondiale.

« J’ai une approche toujours humaniste dans le traitement de ces sujets »

Récemment, pour justifier l’arrêt de votre carrière de journaliste, vous avez déclaré que l’actualité chaude représentait à vos yeux « une tyrannie ». Par quoi étiez-vous tant tiraillée ?

Je voulais vraiment changer de métier. J’ai commencé le journalisme à l’âge de 19 ans, je m’en suis tellement nourrie. J’avais une très grande avidité de connaissances, car je considérais que ce que j’avais toujours appris, je l’avais appris en dehors de l’école. Mes parents m’ont rapidement donné accès à la musique, au cinéma, la littérature, l’histoire... Au bout de 23 ans, ce qui n’est pas rien, j’avais l’impression de moins apprendre, je voulais aller davantage vers la création et disposer de plus de temps pour rencontrer plus de gens. L’actualité chaude est aussi une tyrannie, car vous êtes très dépendants, vous ne voulez rien rater. Je souhaitais être libre tout le temps.

Votre actualité, c’est aussi le lancement du magazine de faits-divers Au bout de l’enquête, la fin du crime parfait ?, programmé le samedi à 14 heures sur France 2. En terme de diffusion, c’est une mini-révolution...

Je ne cours pas après l’antenne, mon parcours de ces dernières années le prouve. Je ne voulais pas m’exposer, j’ai Infrarouge tous les mardis soirs et ça me va très bien. J’aime beaucoup les faits divers, ils reflètent l’état de notre société. Les films de Claude Chabrol montraient à la fois cette psychologie, cette sociologie. La littérature, le cinéma, la télévision, la culture se sont toujours emparés des faits divers. Pour moi, ce n’est pas un goût du public pour le sensationnel mais plutôt d’identification.

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