Nade Dieu (Marie Germain - Un village français) : « Je me suis préparée psychologiquement car je savais que ça allait être éprouvant »

A l’occasion de la diffusion de la saison 6 d’Un village français et de la mort de Marie Germain, Toutelatele a rencontré son interprète Nade Dieu. L’actrice évoque ici son personnage, son départ de la série et le tournage de la séquence de l’exécution...

Publié le mardi 25 novembre 2014 à 21:47
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Nade Dieu (Marie Germain - Un village français) : « Je me suis préparée psychologiquement car je savais que ça allait être éprouvant »
©Laurent DENIS / FTV 

Claire Varin : En ce début de saison 6 d’Un village français, on sent une inquiétude chez Marie...

Nade Dieu : La Libération approche. Et Marie est très inquiète. Mais c’est quelqu’un qui ne rationalise pas ses idées. C’est une inquiétude très au fond d’elle-même. Mais elle sent que ça va arriver et elle a peur du vide. Elle va devoir retourner à son quotidien de femme - celui qu’elle avait avant l’Occupation - et pour elle, ce n’est pas envisageable. C’est une femme qui s’est complètement transformée avec les années, qui n’est plus du tout la même. Et elle se demande ce qu’elle va devenir. Elle a complètement fusionné avec la cause et c’est devenu sa vie entièrement. Sa relation aussi avec Raymond a démarré au tout début de la guerre. Et bizarrement, c’est difficile pour elle, et pour eux, d’envisager peut-être même de vivre ensemble dans une vie normale. Ce début de saison démarre donc sur une inquiétude latente, constante, qui ne va pas la quitter.

Quel regard portez-vous sur son évolution ?

Ce n’est plus du tout la même femme, c’est vraiment impressionnant. Au tout début dans la saison 1, c’est une femme au foyer, une « femme de », qui est dans l’obéissance, dans l’effacement et maintenant, c’est devenu une guerrière. Elle porte la culotte. Elle donne des ordres. C’est peut-être plus qu’une transformation, elle s’est réalisée. La guerre lui a permis de devenir ce qu’elle est au fond d’elle-même et qu’elle ne soupçonnait pas.

La Seconde Guerre mondiale est une période importante pour l’émancipation féminine. La série le montre, et particulièrement à travers le personnage de Marie...

C’est sans doute celle qui l’incarne de façon la plus radicale et la plus claire. Mais tous les personnages féminins, à un moment donné, sont confrontés à ça. Pour le personnage de Marie Kremer, Lucienne, c’est beaucoup plus lent, mais le processus se fait aussi. Elle est retranchée dans des choix. La guerre a complètement bousculé les codes sociaux. Les femmes ont vraiment dû prendre des décisions. Elles se sont retrouvées toutes seules et d’une façon ou d’une autre, ça a joué. Mais je pense que oui, Il y a aussi Suzanne. Mais dès qu’on la voit dans la saison 1, c’est déjà une rebelle. Une femme qui prend les choses en main tout de suite. C’est elle qui va chercher Marcel, elle a tout de suite un culot comme ça. Alors que Marie vient vraiment de loin. Ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup, c’est De Kervern qui vient la chercher. On ne sait même pas ce qu’elle va faire. Il y a un potentiel chez elle de désobéissance qui prend forme.

« Marie devait représenter avant tout la force. C’était donc très fort de venir bousculer ça »

Marie n’est pas une séductrice, mais elle a un impact fort sur les personnages masculins. Pouvez-vous parler de sa relation aux hommes ?

C’est vrai, ce n’est jamais elle qui va les chercher, contrairement à Suzanne, qui va chercher les hommes. D’ailleurs, de façon délicieuse et drôle à chaque fois (Rires). Marie, c’est comme si elle ne se préoccupait pas de ça. Elle trace. Et puis, quand quelque chose se présente, elle y va. Elle se fait plaisir. C’est ce qui était intéressant à jouer. Le danger avec les personnages d’héroïne, c’est d’incarner la perfection, d’incarner une fonction. C’est une femme avec ses faiblesses. Ma préoccupation avec Marie a toujours été de la rendre humaine, de tailler dans le bois pour essayer de ne pas jouer une figure. Parce qu’on peut vite la voir comme une sainte vierge. Il faut salir tout ça. Il faut la rendre humaine. Dès qu’on la voit face à Raymond, elle s’humanise très fort. Les personnages masculins, en général, m’ont aidé à humaniser Marie.

Tout au long de son parcours, Marie a pris énormément de risques, malgré cela, on n’avait pas peur pour elle...

Dans tout ce que j’ai pu lire, les raisons pour lesquelles ces gens se sont engagés étaient, bien sûr, des raisons politiques, une révolte et une insoumission, mais il devait y avoir en plus de cela des raisons intimes. Un besoin très fort de se sentir vivre dans un endroit de paix. Un endroit où il y avait une espèce de grâce, de communion, un endroit sécurisant. Mais on parle vraiment d’idée. Sur Marie, c’est un peu ça. Même si on sentait qu’il y avait de gros risques, elle a fait toutes ces réunions dans sa ferme, qui était aussi un endroit où l’on était bien. C’est bien montré dans la série parce que c’est quelque chose qui a vraiment existé. On a l’impression que rien ne peut lui arriver. Pour les scénaristes, Marie devait représenter avant tout la force. C’était donc très fort de venir bousculer ça.

Marie est exécutée par Marchetti (Nicolas Gob). Dans cette séquence (épisode 3), elle provoque son bourreau. On sent presque une pulsion suicidaire...

Avec Jean-Philippe Amar, le réalisateur, on a travaillé sur toute la progression qui pouvait amener à cette scène. C’est pour cela aussi qu’il n’y a que trois épisodes. Ça va très vite. Il fallait vraiment sentir chez Marie une fracture. C’est peut-être trop fort de parler de pulsion suicidaire, mais il y a une fuite en avant. Elle pousse un peu trop les risques. C’est un personnage qui, depuis le début, aime la vie passionnément. Mais cette période la met devant des perspectives qui lui font peur. Et puis, quand elle se retrouve au milieu de ces exécutions, elle arrive chargée de tout ça. Et à cela, se rajoute une révolte viscérale. Donc tout est en place pour qu’elle n’essaie plus de se ménager. Peut-être que si elle n’avait pas été dans cet état, elle aurait pu s’en sortir. Là, il n’y a plus de balise, il n’y a plus rien. La révolte est plus forte que tout le reste. Et elle voit la personne qu’il ne faut pas à ce moment-là, à qui elle n’a jamais pu dire tout ce qu’elle pensait de lui et qui en plus participe à ce massacre odieux. Et je pense qu’elle se dit : « Tiens, je vais tout lui dire et on en finit », et à un moment donné, ça sort comme si elle vomissait. C’est tout son corps qui dit ça. Et c’était tout l’enjeu de la scène.

Son émotion en quittant le personnage, son bilan de l’expérience sur Un village français


C’est une émotion particulière de dire au revoir à un personnage et dans ces conditions. Comment avez-vous vécu le tournage de cette longue séquence ?

On a tourné cette scène pendant deux jours. C’était très chargé. Je me suis préparée psychologiquement, car je savais que ça allait être éprouvant. On a beau savoir que c’est du jeu, que c’est un travail… c’était dur. Mais ça s’est très bien passé. Il n’y a pas eu de débordement d’émotions. Le moment le plus dur, c’est vraiment le gros plan où elle est étranglée. Ça n’a pas été monté, c’était trop cru. Mais on l’a fait. Ca a été très difficile et j’ai senti autour de moi que l’équipe était très… La mort d’un personnage, ça ramène à plein de choses. Et ça nous rappelle que la série est en train de se terminer. Elle se termine ici pour Marie, mais elle se termine pour tout le monde. Ça va aller très vite, il n’y a plus que 18 épisodes après ceux-là. C’est encore du travail, mais pour tout le monde c’est le début de la fin.

Aviez-vous été prévenue de la mort de Marie longtemps à l’avance par Frédéric Krivine et la production ?

Chaque année, je me disais : “Bon, ça va être fini” Il y avait des warnings à chaque fois. On se protège aussi comme c’est une série agréable à faire et un endroit où tout le monde aime beaucoup se retrouver. Ce tournage est un petit état de grâce, il faut bien le dire. Ce qui se passe sur Un Village français est un petit miracle. Ils m’ont prévenu environ six mois avant le tournage. Je le savais bien avant de recevoir les textes, heureusement. Après, il faut aussi dépassionner tout ça. C’est du travail, ça s’arrête un jour. Mais il y a beaucoup d’affects. Ce n’est pas un travail comme un autre. On y met énormément de soi.

Quel bilan faites-vous de cette expérience sur Un village français ?

C’est un cadeau empoisonné parce que des rôles comme ça, on n’en retrouve pas toutes les semaines. Ça m’a apporté une grosse expérience. La télé avec un rôle comme celui-là sur sa longueur et dans sa densité, ça m’a fait faire un grand pas en avant dans mon expérience. Evidemment, j’avais déjà tourné dans des premiers rôles dans des longs métrages, des choses conséquentes, mais c’est la première fois que je tourne dans une série et que je tourne quelque chose d’aussi exigeant en télé. Même le chef costumier m’a dit un jour : “C’est une super école Un Village français”. Ça donne une étoffe.

« Un village français se termine ici pour Marie, mais elle se termine pour tout le monde »

Seriez-vous prête à retrouver un autre rôle de récurrent dans une série ?

Pour moi, c’est très clair, et je le dis haut et fort depuis que j’ai fait Le Village, depuis quelques années en France, il y a des séries vraiment très intéressantes qui se font. Evidemment j’ai envie d’y retourner. Il y a des séries très bonnes, je pense aux Revenants mais aussi Ainsi soient-ils, que j’aime beaucoup, et il y en a d’autres.

La production belge vous intéresse-t-elle aussi ?

Ça m’a toujours intéressée. D’ailleurs, je vis en Belgique. Ça fonctionne complètement différemment là-bas. En France, tout est beaucoup plus « industrialisé ». En Belgique, il n’y a pas d’agents d’acteurs donc ça fonctionne beaucoup plus par réseau. Et la télévision belge, c’est vraiment de l’artisanat. On commence un peu à faire des séries. Et il y a le cinéma belge dont on parle beaucoup, mais qui reste confidentiel. Après peut-être que ce qui est plus important pour un acteur, c’est de former une famille professionnelle. Ma famille professionnelle, pour le moment, s’est construite en France.

Quels sont vos projets dans cet après-Village français ?

Pour le moment, mon après-Village est au théâtre. Pour la fiction, on verra. C’est très important pour moi de continuer à faire du théâtre. C’est le muscle de l’acteur. C’est bien de pouvoir faire des allers-retours entre les plateaux de cinéma et le théâtre pour rester complet en tant qu’acteur.

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