Pascal Bataille : « Y’a que la vérité qui compte était une pépite explosive »

Pour les 20 ans de Toutelatele, Pascal Bataille est revenu sur les coulisses de Y a que la vérité qui compte, émission qu’il a co-présenté avec Laurent Fontaine dès 2002 sur TF1.

Publié le jeudi 27 mai 2021 à 17:33
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Pascal Bataille : « Y’a que la vérité qui compte était une pépite explosive »
©Capture Toutelatele / Ben&JR 

Toutelatele : Le 10 juin 2002 arrive Y’a que la vérité qui compte sur TF1. Comment et pourquoi avez-vous à l’époque choisi ce format, adapté d’un programme italien ?

Pascal Bataille  : À l’époque, on ne choisit pas le format italien. C’est une version proche et similaire de l’émission qu’on va tester sur TF1. Pour créer Y’a que la vérité qui compte, on s’est inspirés de plusieurs formats existants et d’une idée qu’on avait avec Laurent Fontaine et notre directeur artistique de l’époque. L’idée était de mettre en relation des gens ayant des choses à se dire. La personne conviée ne sait pas qui l’invite. On a fait un mix de pas mal de choses et de l’idée qu’on avait en tête. La première a été diffusée et on a fait un énorme carton d’audience. Etienne Mougeotte (directeur de l’antenne de TF1, NDLR) m’appelle à 9h15 le lendemain en me disant : « Vous tenez un truc. Je vous signe ça pour l’an prochain si la deuxième est du même niveau. » Le deuxième lundi, on a réalisé une audience encore meilleure et TF1 décide alors de remplacer Y’a pas photo par Y’a que la vérité qui compte dès la rentrée. Et à ce moment-là, les détenteurs italiens du format nous contactent en disant : « Il y a des points de ressemblance un peu forts. » Pour ne pas avoir d’ennui, on a acheté les droits du format. Côté business, c’était une erreur puisqu’on s’est retrouvé dépossédé de notre création. On a versé pendant des années une redevance à la créatrice originelle de ce format.

Avant sa diffusion, le format semblait très secret avec peu de fuites, si ce n’est le titre. Quelle en était la raison ?

Y’a pas photo, qui avait fait cinq saisons assez puissantes, commençait à tourner en rond. TF1 souhaitait qu’on renouvelle un peu les choses. De son côté, Jean-Luc Delarue, qui cartonnait sur France 2, voulait arriver sur TF1. Etienne Mougeotte hésitait à mettre Delarue à la place de Bataille & Fontaine et Courbet (aux commandes de Sans Aucun Doute, NDLR). C’était soit il cédait aux exigences de Jean-Luc Delarue, soit il continuait les formules plutôt successful depuis des années. Et chez TF1, on s’est retrouvés face à des interlocuteurs qui s’intéressaient peu au programme qu’on préparait. Quand la chaine a diffusé Y’a que la vérité qui compte un lundi soir de juin en ne sachant quasiment rien de l’émission.

« On a su assez vite qu’on tenait quelque chose de fort »

Vous attendiez-vous à un tel succès avec ce format ?

On a su assez vite qu’on tenait quelque chose de fort. Y’a que la vérité qui compte renouvelait ce qui se faisait à la télévision. Elle empruntait un peu ce que France 2 a commencé à initier avec les émissions de Pascale Breugnot. La mise en scène qu’on a imaginée avec Pascal Bataille était ce rideau avec la confrontation de deux personnes qui ne savent rien de la démarche de l’autre. Dès le succès des deux pilotes, TF1 a beaucoup cru au programme. Y’a que la vérité qui compte était une pépite explosive puisqu’elle demandait beaucoup de travail et de vigilance. On s’est dit qu’on était parti pour une émission qui allait durer et bien marcher.

Le générique a marqué beaucoup de personnes de par son style très cartoon. Qui en a eu l’idée ?

On a fait travailler plusieurs sociétés spécialisées dans l’habillage. L’idée est venue de notre équipe. Le titre de l’émission a été trouvé par notre directeur de
production. Concernant le générique, l’idée était de montrer que l’émission était très sérieuse avec des gens et histoires vraies. Ce n’était pas de la télé-réalité. On était vraiment dans une émission de vérité et de réalité. Avec Laurent, nous ne voulions pas apparaître comme des manipulateurs. D’où un générique très second degré. Avec sa musique ludique, il a marqué les esprits.

Comment avez-vous vécu les critiques de la presse ?

Il y a eu beaucoup de critiques dans la presse, avec des caricatures, Les Guignols de l’info… On a vécu cela de façon différente. La critique est toujours positive. On savait qu’on allait toucher à des tabous. On a qualifié à tort l’émission de voyeurisme. Elle était éventuellement exhibitionniste. On rentrait dans quelque chose qu’on n’avait pas l’habitude de voir à la télévision : l’intimité, le personnel, les sentiments… Mettre cela sur un plateau de télé avec des projecteurs, 250 à 300 personnes de public et 3 à 3.5 millions de téléspectateurs, pouvait choquer. On s’y attendait, mais pas la violence de certaines réactions. On l’a parfois difficilement vécu. Il y a eu énormément d’injustices. Beaucoup de gens critiquaient cette émission sans même l’avoir vue. On a pu lire : « Les gens étaient forcés de venir, la séquence était forcément diffusée, que tout était préparé à l’avance…  ». C’était faux. Cela nous touchait quand le travail de nos équipes était mis en cause de façon injuste. Le succès y répondait de lui-même et douze ans après les gens m’arrêtent encore dans la rue pour me dire : «  C’est dommage que l’émission se soit arrêtée, car j’aimerais y passer si elle existait encore ». Quant aux Guignols, on en riait énormément avec Laurent. C’était très méchant, mais bien vu. C’était cependant un peu blessant parfois pour nos enfants.

« On a lancé une charte de respect du témoin »

Pouvez-vous revenir sur les autres stars du concept, à savoir le rideau, mais aussi Rebecca, Daphné et Sam ?

Outre Bataille & Fontaine, l’émission reposait sur un dispositif sur lequel on a beaucoup travaillé. Le rideau était l’élément central, les écrans étaient très importants ainsi que nos personnages emblématiques. Sam était une page silencieuse qui accompagnait l’invité depuis la loge jusqu’au plateau. Il est devenu culte à tel point qu’il recevait parfois plus de courriers que Laurent et moi-même. Rebecca Hampton est devenue une des comédiennes phares de Plus belle la vie, et Daphné a participé aux quatre saisons suivantes de Y’a que la vérité qui compte. L’idée du personnage de Rebecca et Daphné dans la loge était très importante. C’était une présence féminine à l’émission qui permettait à l’invité de patienter et d’affronter cette mise en scène un peu lourde et difficile.

Y’a que la vérité qui compte a-t-elle vraiment donné lieu à la fameuse charte du respect du témoin ?

On a effectivement lancé une charte de respect du témoin. Beaucoup de choses fausses se disaient sur la façon dont nos témoins ou d’autres émissions étaient traités. Les années 2000 ont été précurseurs dans le fait de faire appel à des gens de la rue pour venir témoigner. Il fallait règlementer un peu tout ça pour ne pas faire n’importe quoi avec n’importe qui. Chaque intervenant de l’émission pouvait décider jusqu’au jour même de diffusion que cette séquence ne passerait pas. On avait la possibilité d’enlever la séquence et d’en mettre une autre à la place. TF1 avait accepté ce principe, ce qui nous permettait de protéger au mieux nos témoins. On avait proposé à d’autres producteurs cette charte qui a été discutée et n’a pas forcément abouti.

A la rentrée 2006, vous tentez une nouvelle formule. Une menace pesait-elle à ce moment-là ?

L’émission a toujours extrêmement bien fonctionné en audience. Aujourd’hui, certains prime times seraient contents de faire les scores qu’on faisait en deuxième partie de soirée. Y’a que la vérité qui compte a été très attaquée et il y a eu notamment une affaire judiciaire par suite d’un conflit entre deux personnes passées dans l’émission. Cela lui a pas mal nui. TF1 souhaitait qu’on remanie un peu les choses. On se demandait s’il fallait continuer ou pas. Y’a que la vérité qui compte avait une image assez dégradée. On a voulu être plus dans l’attention et l’histoire des gens. On a aussi pâti des changements de programmation en première partie de soirée avec des séries qui nous amenait un peu plus tard le soir. Cela a un peu perturbé les audiences…

« L’audience est là, vous êtes le roi du monde. Elle n’est plus là, on vous dit au revoir »

Y’a que la vérité qui compte s’arrête brusquement le 27 novembre 2006, peu après la rentrée. Pourquoi une telle décision à ce moment précis ?

Cela s’arrête parce que TF1 n’était pas sûre d’elle et de son désir de continuer. Du fait de cette programmation tardive, on a fait trois émissions tests et les audiences ont été un peu décevantes par rapport aux saisons passées. Entre le problème d’image et une audience ne répondant plus aux attentes, la chaîne a préféré arrêter Y’a que la vérité qui compte de façon un peu brutale. Elle a été remplacée par une émission de Benjamin Castaldi, Langues de VIP. Elle a été préparée à la va-vite et n’a pas beaucoup duré. Je ne suis pas sûr que cela ait été la décision la plus inspirée d’Étienne Mougeotte. Il a fait de belles choses, mais aussi des erreurs parfois… Je pense qu’il aurait dû continuer Y’a que la vérité qui compte qui avait encore beaucoup d’histoires à raconter.

Comment avez-vous appris l’arrêt définitif de l’émission ?

Je l’ai appris de façon un peu brutale en étant convoqué dans une réunion. C’est la règle du jeu. J’ai travaillé vingt ans sur TF1 avec une règle simple : « L’audience est là, vous êtes le roi du monde. Elle n’est plus là, on vous dit au revoir. »

Testé entre-temps, le format En quête de vérité était-il la relève prévue de Y’a que la vérité qui compte ?

Non, En quête de vérité n’était pas vraiment la relève de Y’a que la vérité qui compte. On avait cette idée en tête pour faire plutôt du prime. On en avait parlé avec TF1 qui y croyait beaucoup. Il y avait cette nostalgie de Perdu de vue et l’envie de faire des vraies enquêtes filmées. On souhaitait partir sur des choses différentes. Toujours sur cette histoire de retrouvailles, mais en filmant les coulisses au travers de jolis reportages bien réalisés. On a testé deux ou trois numéros en deuxième partie de soirée. Ça n’a pas été un succès et c’est de notre faute. Pour faire un peu prime time, on a tenu à intégrer des plateaux. Les téléspectateurs s’ennuyaient, les plateaux étaient trop longs… On aurait dû peut-être se contenter de films et de lancements un peu brefs. Finalement, on a voulu mettre un peu trop de Y’a que la vérité qui compte dans ce format…

En Italie, le format Ce Posta Per Te continue de faire de bonnes audiences. Y’a que la vérité qui compte pourrait revenir, selon vous, aujourd’hui à l’antenne ?

Notre format de Y’a que la vérité qui compte a été vendu dans plusieurs pays où ça continue d’exister et de rencontrer un grand succès. Depuis quelques années, il y a eu plusieurs tentatives quasi abouti de remettre Y’a que la vérité qui compte à l’antenne. Des discussions assez poussées ont eu lieu avec TMC et NRJ12. Il y a une vraie tentation de relancer l’émission, car elle fait partie des dix, quinze formats les plus forts de l’histoire de la télé dans les trente dernières années. Il faudrait le remasteriser, le moderniser et utiliser énormément les réseaux sociaux. Ce serait un atout et une faiblesse, mais il y a moyen de les utiliser pour faire une version très moderne et actuelle pour Y’a que la vérité qui compte.

Découvrez la vidéo sur Y’a que la vérité qui compte

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