Céline Nallet : « HD1 n’a pas vocation à rediffuser toute la fiction de TF1 »

Céline Nallet est fidèle à TF1 depuis plus de 20 ans. Entrée dans le groupe en 1991 au poste de responsable administratif et financier des magazines et documentaires, elle a su progresser au sein de l’entreprise, devenant successivement responsable du coût de la grille puis directrice adjointe à la direction générale de l’Antenne. A partir de 2002, elle s’est spécialisée dans la fiction française, avant d’être propulsée, en 2008, directrice des opérations de cette branche. Aujourd’hui, Céline Nallet se lance un nouveau défi en prenant les rênes de HD1, la nouvelle chaîne TNT du groupe TF1.

Publié le vendredi 23 novembre 2012 à 15:47
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Céline Nallet : « HD1 n’a pas vocation à rediffuser toute la fiction de TF1 »
©TF1 

Robin Girard-Kromas : Vous avez fait le choix de ne pas incarner HD1 par des animateurs, la chaîne ne va t-elle pas être sans âme ?

Céline Nallet : Je ne pense pas. Lors qu’on regarde nos bandes-annonces, on s’aperçoit que la chaîne est déjà incarnée par les héros et les comédiens des programmes qu’elle diffuse. Après, ce choix qui a été fait au démarrage ne sera pas forcément tenu en permanence, on incarnera peut-être notre magazine dans le futur selon l’évolution de la chaîne. Les chaînes qui ont un peu la même ligne éditoriale que nous à l’étranger sont incarnées par leurs programmes et non par des animateurs. Ce qui incarnera HD1, ce sera sûrement les comédiens de notre feuilleton quotidien. Quand on voit le nombre de couvertures de magazine qu’a fait Plus belle la vie l’an dernier, je pense qu’un feuilleton quotidien peut vraiment être l’incarnation et la vitrine de la chaîne.

Vincent Broussard (directeur général adjoint de NT1) déclarait dans une interview accordée à Toutelatele.com « NT1 est la meilleure offre série de la TNT ». Comment HD1 va-t-elle se différencier et trouver sa place sur l’univers TF1 ?

Notre offre n’est pas seulement sur les séries, HD1 est également une chaîne cinéma et fiction. Et pour ce qui est des séries, on est plutôt sur quelque chose d’inédit et de décalé. Je pense que nous sommes assez complémentaires, car NT1 est sur un ciblage beaucoup plus jeune que nous. Donc à priori, on ne s’intéresse pas aux mêmes séries.

Vous vous revendiquez comme la chaîne de la fiction. Pourtant, HD1 démarre sans aucune production propre quand l’une de ses concurrentes, Chérie 25, lance déjà deux séries françaises inédites. À la place, on retrouve Julie Lescaut ou Brothers & Sisters...

Nous avons beaucoup d’inédits dans notre grille. On se revendique chaîne de la création, mais aussi du cinéma, des séries et de la fiction. Au démarrage, nous avons 40% de programmes inédits entre 18h et minuit, par exemple la shortcom belge Fritkot ou la sitcom Pour le meilleur et le pire. Nous avons aussi 15% de l’offre longs métrages qui est inédite. Et pour ce qui est de la création, on en verra rapidement, au printemps 2013 au plus tard. Je pense qu’on tient notre promesse.

« Nous souhaitons plutôt développer des fictions que nous pourrons programmer de manière quotidienne »

Quelle forme entendez-vous donner à la création française sur votre antenne ?

On a vraiment comme ambition et stratégie de partir sur des formats auxquels on puisse donner une grande visibilité dans notre grille. Nous souhaitons donc plutôt développer des fictions que nous pourrons programmer de manière quotidienne. Notre feuilleton sera un peu la colonne vertébrale de cette chaîne de la création. Mais lancer ce feuilleton alors que nous ne serons disponibles partout en France que dans plusieurs années, ce n’est pas très respectueux. C’est pour cela que c’est un projet à venir d’ici deux ans. On commencera toutefois à le développer dès l’année prochaine, car cela prend beaucoup de temps.

Vous n’annoncez aucune série au format 52 minutes et privilégiez les shortcoms. Quelle en est la raison ?

Nous nous intéressons aux formats courts, car ils permettent d’aller dans plusieurs directions différentes, de tenter des choses, tester des talents et des producteurs rapidement. Tout va plus vite et c’est pour cela qu’on est parti dessus en premier. Mais on ne s’interdit pas de faire autre chose dans le futur. On attend simplement d’avoir des projets qui correspondent à la ligne éditoriale de la chaîne et de ce qu’attendent les téléspectateurs.


Code Barge, après une diffusion sur TF1 en 2008, fait partie de la grille. Peut-on imaginer l’arrivée de Nos Chers Voisins en rediffusion dans quelques mois ?

Ce n’est pas impossible, mais aujourd’hui les formats courts sont assez identitaires de chaque antenne. TF1 s’est relancée il y a peu dans le genre donc je pense que Nos Chers Voisins va rester sur son antenne pendant un moment. Et même chose pour les futurs formats courts de HD1 qui seront très identitaires.

Autre shortcom made in TF1, Que du bonheur est déjà diffusée sur NT1 et ne peut donc pas l’être sur HD1. Comment gérez-vous ces « conflits de groupe » ?

Ce ne sont pas des conflits ! (rires) On est un groupe de chaînes, on se parle, on discute. Chacun d’entre nous à sa ligne éditoriale et son identité. En général, sur un type de programmes, on est assez d’accord entre nous, donc la répartition se fait de manière naturelle, par discussion et coordination.

Comptez-vous diffuser de la « scripted reality » sur HD1 ?

Oui, je pense que c’est une autre manière de raconter des histoires. C’est un genre intéressant, car cela permet de travailler différemment le mode narratif. Sur une chaîne comme HD1, de toutes les histoires, elle a naturellement sa place. Cependant, nous n’avons pas actuellement de projet de ce type, même si cela nous intéresse.

Quelle est votre position dans le débat actuel sur la considération de la « scripted reality »  ?

La question que je me pose est : si ce n’est pas de la fiction, qu’est ce que c’est ? Il y a des comédiens, des textes, des réalisateurs, donc pour moi c’est naturellement de la fiction.

« La scripted reality est une autre manière de raconter des histoires »

Prochainement, TMC lancera une nouvelle version de Sous le soleil, comme elle l’avait déjà fait avec Les Mystères de l’amour. Seriez-vous intéressée par la modernisation de ces formats du passé ?

Non, pas au démarrage, car nous voulons vraiment initier notre identité à travers notre propre création. On va essayer de partir sur quelque chose de nouveau. Nous ne sommes donc pas du tout sur ce créneau là.

Après Julie Lescaut, peut-on s’attendre à voir débarquer Joséphine, ange gardien ou Camping Paradis sur HD1 ?

Non, nous n’avons pas vocation à être la chaîne de la rediffusion de toute la fiction de TF1. Nous avons une ligne éditoriale et nous avons donc sélectionné les séries du groupe qui conviennent.


Vous allez rediffuser Julie Lescaut et Brothers & Sisters à la même heure que lors de leurs nombreux passages sur TF1. Est-ce pour minimiser les risques ?

On a construit cette grille à la fois par rapport aux envies et disponibilités des téléspectateurs, en cohérence éditoriale de l’enchainement de nos programmes et en cohérence avec les quatre grilles des quatre chaînes gratuites du groupe TF1. Je n’avais même pas remarqué que ces séries avaient été diffusées avec succès à la même heure sur TF1 ! Si on a fait la même chose, cela doit donc être une bonne programmation !

Brothers & Sisters et une partie de votre grille en journée semblent avoir été choisis pour attirer la fameuse « ménagère de moins de 50 ans »...

Nous cherchons à intéresser les téléspectateurs, et il est vrai que les CSP+ par définition sont moins présents en journée. On compte donc s’adresser plutôt aux 25/59 ans, et un peu plus aux femmes, car elles sont plus présentes en journée. Et en soirée, nous ciblons plus globalement les CSP+.

Le paysage audiovisuel français est composé de plus en plus de chaînes gratuites, et pourtant, toutes semblent toujours destinées aux ménagères....

Pour la télévision commerciale qui vit de la publicité, on est un peu obligés de s’intéresser au public qui est privilégié par les annonceurs. Après, HD1 vise tous les publics et pas seulement les ménagères de moins de 50 ans.

Vous diffusez une sitcom en access prime time alors que ces séries qui plaisent habituellement plus aux jeunes qu’aux plus âgés...

Dans les sitcoms, la palette de ciblage est assez large. Pour le meilleur et le pire est une sitcom plutôt adulte, car elle s’intéresse aux problèmes de couple. Et si on a choisi de prendre ce type de programme en access, c’est parce qu’on voulait vraiment offrir de la comédie et de l’humour à une heure où on a besoin de se détendre.

« Le public sera intéressé par l’inédit »

Votre concurrente 6ter programme également une sitcom bien connue des téléspectateurs en access prime time avec Une nounou d’enfer. En misant sur une sitcom inédite, sur une chaîne qui n’est pas encore installée, ne prenez-vous pas un risque important ?

En effet, je pense que c’est plus compliqué quand on est une nouvelle chaîne de lancer des programmes. Après, on pense qu’avec la construction de notre grille, le public sera intéressé par l’inédit. Et cela fait aussi partie de notre engagement.

Avez-vous d’autres magazines en projet que Clap ?

Non, pour l’instant on est vraiment parti sur un seul magazine, lié à la thématique de notre chaîne, sur le cinéma, les séries et la fonction. Après, nous sommes au démarrage et la chaîne va encore grandir dans le futur. Mais aucun projet n’est envisagé à l’heure actuelle dans ce domaine.

En affichant 1.9% d’objectif d’audience à horizon 2016, vous vous placez d’emblée comme la chaîne la plus ambitieuse de la nouvelle génération TNT....

Oui, nous avons beaucoup d’ambition, et j’espère que nous y arriverons ! D’ici là, la chaîne aura déjà beaucoup évolué.

Comptez-vous souscrire au Médiamat quotidien, qui dévoile les audiences de la chaîne chaque matin à 9 heures ?

Pas immédiatement. On aimerait y souscrire au 1er janvier 2014, si tout se déroule bien.

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