Gilles de Verdière (producteur de la série Emma) : « TF1 a vraiment eu l’intelligence et l’audace d’assumer complètement la prise de risque »

Ce jeudi 6 octobre à 20h55, TF1 propose sa nouvelle série « Emma ». Après s’être adonnée au genre du fantastique avec « Le Secret d’Élise », la chaîne privée continue de s’aventurer sur des terres nouvelles et se lance cette fois dans la série policière d’anticipation en abordant le sujet de l’intelligence artificielle au travers d’Emma, un androïde dernière génération venu épauler Fred (Patrick Ridremont), un flic qui aura pour mission de l’éveiller à l’art subtil qu’est l’humanité. Rencontre avec le producteur de cette nouvelle fiction, Gilles de Verdière (Mandarin Télévision), à qui l’on doit notamment « Au service de la France » diffusée il y a un an sur Arte et dont le tournage de la saison 2 débutera prochainement.

Publié le jeudi 6 octobre 2016 à 19:22
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Gilles de Verdière (producteur de la série Emma) : « TF1 a vraiment eu l’intelligence et l’audace d’assumer complètement la prise de risque »
©PHILIPPE LEROUX / MANDARIN TELEVISION / TF1 

Nicolas Svetchine : Comment définiriez-vous la série Emma ?

Gilles de Verdière : Emma est une série policière d’anticipation qui a la particularité de mettre en scène un duo de flics dont l’un des membres du duo est un androïde. La série traite d’une part de l’éveil d’une machine à l’humanité, parce que pour faire un bon flic, il faut d’abord bien connaître l’humanité. Et d’autre part, elle pose la question du travail au quotidien avec une machine, une expérience que va vivre l’autre membre du duo.

Nicolas Svetchine : Quelle est la genèse de ce projet que l’on peut qualifier d’assez innovant en fiction française ?

Gilles de Verdière : Un auteur m’a proposé cette idée que j’ai trouvée très originale. Il y avait déjà eu des séries sur des robots, mais le parti pris ici était d’avoir un androïde qui soit inséré dans la société sans que personne d’autre que son collègue ne le sache. La nature d’Emma est cachée et c’est un élément fondateur du concept, une originalité qui nous ouvrait le champ des possibles. Souvent, les séries qui se sont intéressées à des problématiques du genre traitent de robots dont l’existence est révélée à tous, que ce soit dans Real Humans ou Almost Human de JJ Abrams. Moi ce qui m’intéressait, ce n’était pas de faire de la science-fiction ou de l’anticipation pure, mais de traiter l’intelligence artificielle aujourd’hui, concrètement, dans notre quotidien actuel.

Quelles ont été alors les références pour bâtir la série ?

Il y a Starman, un film de John Carpenter des années 80 qui raconte l’histoire d’un extraterrestre qui arrive sur Terre. Ce qui nous intéressait, aussi, c’est l’idée d’un personnage qui découvrait le monde. C’est-à-dire, avoir un personnage qui découvre l’humanité comme E.T à une certaine époque dans un autre genre.

Le développement de cette série a-t-il été particulièrement long ?

Oui, car on a mis du temps à convaincre une chaîne de s’engager sur ce sujet. L’arrivée de Marie Guillaumond (l’actuelle directrice artistique de la fiction française chez TF1, ndlr), avec qui j’ai discuté de ce projet depuis longtemps, a vraiment déclenché la mise en développement de ce concept, sur lequel on travaille depuis un peu plus de quatre ans.

« Emma se rapproche de ce que pourrait être un enfant qui découvre la vie sans avoir acquis tous les codes sociaux »

TF1 n’est pourtant pas habituée à s’aventurer sur des projets aussi singuliers...

Il y a en ce moment chez TF1 un vrai vent de prises de risque aussi bien sur les sujets que sur la façon dont on les traite. Nous avons bénéficié d’une confiance extrêmement forte de la chaîne dans tout le développement de la série. Ils nous ont suivis tout d’abord dans un casting avec des acteurs pas ou peu connus du grand public comme Solène Hebert qui incarne Emma.

Faire ainsi appel à une actrice quasiment inconnue du grand public pour incarner l’héroïne de cette série est-il une manière de rendre le personnage plus intrigant ?

C’était effectivement dans notre cahier des charges artistiques. Tout l’enjeu était de faire croire à cette histoire et à ce personnage donc si vous prenez quelqu’un de connu, ça biaise tout de suite le propos. L’adhésion du public à croire qu’une comédienne comme Alexandra Lamy est un robot aurait été un peu plus compliqué à vendre !

Diffuser une série sans tête d’affiche reste cependant un pari de la part de TF1...

La chaîne a vraiment eu l’intelligence, et je dois dire l’audace, d’assumer complètement la prise de risque en allant jusqu’au bout du concept. Un projet comme celui-là, si vous n’avez pas un diffuseur qui vous fait confiance et qui vous suit à 100 % dans l’histoire que vous racontez, ça ne marche pas.

Néanmoins, TF1 s’est tenue à une stratégie de pilote puisque seulement deux épisodes ont été tournés alors que dix avaient été écrits...

C’est vrai, mais je pense que nous aurions peut-être eu moins de liberté avec un enjeu sur dix épisodes plutôt que sur deux. Il était ainsi plus facile pour la chaîne de prendre des risques…

Si le public est au rendez-vous, le tournage des épisodes suivants pourrait-il débuter avant la fin d’année ?

C’est possible, tout à fait. En tout cas, nous sommes prêts pour ça.

« On a toujours veillé à ne pas tomber dans la comédie policière »

Emma apporte un aspect comique par son côté très premier degré. L’idée est-elle aussi, à travers ce personnage, d’injecter un peu de légèreté à la série pour contrebalancer l’aspect parfois sombre et dramatique du polar ?

La comédie n’était pas forcément un aspect qui était mis en avant à l’origine. Elle s’est imposée par elle-même sans que nous l’anticipions. On ne voulait pas d’un personnage sombre et Emma, finalement, se rapproche de ce que pourrait être un enfant qui découvre la vie sans avoir acquis tous les codes sociaux. Donc il est vrai que ce type de situation est très riche en comédie puisque bien sûr, c’est la porte ouverte aux malentendus et aux quiproquos ! Et très vite, au fil de l’écriture, on s’est rendu compte qu’il y avait une réelle matière de comédie même si on a toujours veillé à ne pas tomber dans la comédie policière qui est un genre pas toujours très convaincant.

Emma a des capacités extraordinaires, mais ne dispose pas, puisqu’il s’agit d’une machine, du flair et de l’instinct du flic. En ce sens, le duo ainsi formé se complète...

Oui, complètement. On s’est énormément documenté, on a rencontré beaucoup d’experts en intelligence artificielle avant d’affiner l’écriture. Emma incarne la logique alors que Fred incarne tout ce que l’humanité a de mystérieux et de très difficile à mettre en algorithme, comme l’instinct, l’intuition, la psychologique, l’importance de casser justement la logique des choses parfois, de l’inconstance de l’humanité et de toutes ces erreurs de la vie humaine qui la caractérise. Emma, elle, n’est que dans la simulation de l’humanité, en tout cas au début. Elle est dans une logique de reproduction et n’est pas dans la création ou dans la conscience. Elle n’apprend que par empirisme.

Limiter les effets spéciaux et l’aspect gadgets, mais aussi inscrire les histoires comme si elles se passaient de nos jours, est-ce aussi une manière de rendre la série accessible au plus grand nombre ?

Ce qui m’intéresse, c’est d’interpeller les gens sur ce qu’est l’intelligence artificielle, parce que, l’histoire qu’on raconte n’est pas très éloignée de la réalité. Aujourd’hui, on sait que Google, Amazon ou Facebook investissent des milliards de dollars dans l’intelligence artificielle. Nous vivons donc avec et elle conditionne nos vies à travers notre smartphone. L’algorithme est ainsi une donnée déjà extrêmement présente dans notre vie. Nous, on est dans l’étape suivante qui est l’androïde. Mais finalement le rapport à la technologie, à une manipulation ou en tout cas à un mensonge caché, c’est la réalité d’aujourd’hui. Et d’incarner cette problématique-là à travers un personnage du quotidien, en l’occurrence un flic, c’était une porte d’entrée formidable pour interpeller le grand public -car c’est vrai que notre objectif c’est le grand public- sur ce sujet-là.

« Depuis quelque temps, nous avons des diffuseurs qui sont beaucoup plus à l’écoute de projets originaux et beaucoup plus enclins à prendre des risques par rapport à il y a quelques années »

La fin du deuxième épisode ouvre des perspectives concernant le personnage d’Emma . Quels seront alors les grands thèmes et les grandes questions développés par la suite ?

On va s’interroger sur les grandes étapes de construction d’un individu, car il s’agit d’une histoire sur l’éveil d’une machine à l’humanité. C’est le fil rouge de la série. Le thème de l’identité, avec la recherche de ses origines, sera donc présent. On va se demander aussi si Emma peut s’éveiller à une certaine forme de conscience. Emma était prévue par le Ministère de l’Intérieur pour rester une machine, obéissante, sans initiative, qui n’est là que pour servir de base de données ou d’assistance à des requêtes des humains.
Mais aujourd’hui, à travers l’intelligence artificielle, on s’est rendu compte que certains logiciels sont capables de générer des nouveaux programmes par eux-mêmes et avoir une autonomie de création de nouveautés. Il s’agit donc d’une piste qui est très intéressante pour nous puisque ça ouvre tous les champs du possible sur Emma : Peut-elle un jour se rapprocher de l’homme et jusqu’où ? Va-t-elle y arriver et va-t-elle le dépasser ? Et en quoi cela va-t-il la mettre en danger ?

Vous travaillez actuellement sur la saison 2 de la série Au service de la France pour Arte. Douze épisodes de 30 minutes ont été écrits. Quelle sera la teneur de cette nouvelle saison ?

La thématique de cette deuxième saison est la fin de l’Algérie française et le début de la guerre froide où nos agents vont tout d’un coup découvrir les enjeux de cette guerre et de la confrontation avec le bloc soviétique. Le tournage va débuter à la fin du mois de novembre pour une diffusion qui interviendra en 2017.

Quel regard portez-vous sur la fiction française actuelle à la télévision ?

Un regard optimiste parce que depuis quelque temps, nous avons des diffuseurs qui sont beaucoup plus à l’écoute de projets originaux et beaucoup plus enclins à prendre des risques par rapport à il y a quelques années. Et ça c’est une vraie bonne nouvelle, car ce qui fait tout l’intérêt de nos métiers, c’est évidemment de pouvoir non pas essayer de répéter des succès passés, mais de trouver des succès d’avenir !

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