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Joseph Agostini (Pour unique soleil) : « Daniela Lumbroso est la personnalité de télévision la plus complexe »

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Directeur exécutif en charge des contenus
Publié le 05/05/2021 à 15:27 Mis à jour le 05/05/2021 à 16:08

Psychologue clinicien, Joseph Agostini signe, aux éditions Envolume, Pour unique soleil, avec, pour personnage central, l’animatrice et productrice Daniela Lumbroso. Ce roman narre l’itinéraire d’une admiratrice inconditionnelle, capable d’aller très loin pour obtenir un peu d’amour de son idole. L’occasion d’une immersion dans la télévision des années 90 et une véritable réflexion sur la fan attitude.

Toutelatele : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène Daniela Lumbroso dans votre roman, Pour unique soleil ?

Joseph Agostini : Pour le comprendre, il faut se remettre dans le contexte de 1999, année à laquelle se passe l’action du roman. Daniela Lumbroso est la première femme à présenter des émissions de variétés en première partie de soirée. La télévision était encore très misogyne. J’avais envie de rendre cet hommage à l’une de nos plus grandes animatrices de l’époque, bien loin de sa caricature. Daniela a été, par exemple, une fabuleuse intervieweuse sur LCI, où elle a reçu des centaines d’artistes et écrivains pendant sept ans. J’ai pour elle une très grande admiration.

Plus qu’une admiration, Daniela Lumbroso semble même vous habiter. Quel est le véritable point de départ de cette attirance ?

J’aime les gens qui suscitent les critiques des jaloux et des ratés. Daniela Lumbroso présentait un jeu sur Antenne 2 en 1991, la version française de The Better sex, Question de charme. Elle y donnait la réplique à Georges Beller. J’adorais vraiment ce concept qui faisait s’opposer les hommes et les femmes sur des questions de société. Le duo avait un humour très british. Comme pour de nombreuses émissions, le service public n’a pas su utiliser le potentiel de ce programme qui pâtissait d’une grille faible. Grâce à Question de charme, j’ai connu Daniela Lumbroso, qui est pour moi, de très loin, la personnalité de télévision la plus complexe. Un mélange de grande drôlerie, de vraie intelligence et cet art de ne jamais se prendre au sérieux... Et puis, elle a vraiment réalisé ses rêves d’enfance, car elle souhaite, depuis son plus jeune âge, fabriquer des émissions, interviewer des personnalités. Ce rêve transparaît à travers chacune de ses interventions. On ne triche pas avec son enfance. La télévision n’est pas une ambition, mais une vocation chez elle.

Le roman commence le jour où Cathy, une fan de la journaliste, croit rencontrer son idole au coin d’une rue alors qu’il s’agit d’une femme lui ressemblant trait pour trait. Cathy est alors capable de tout pour obtenir un peu d’amour de cette inconnue…

Elle veut croire qu’il s’agit de celle qu’elle admire, et ne peut se résoudre à avoir fait une erreur. L’idolâtrie fait naître des sentiments très excessifs. Cathy s’agrippe à cette rencontre comme à une étoile. Si elle la lâche, elle s’effondre, ne supporte plus sa vie personnelle. Et puis, elle fait la connaissance d’une assistante de la journaliste, qui lui révèle des secrets sur la femme de la réalité, non la simple idole. C’est un roman autour de nos fausses perceptions de l’autre, de nous-mêmes, des perceptions souvent amplifiées par la magie de la télévision.

« La télévision n’est pas une ambition, mais une vocation chez Daniela Lumbroso »

Dans ce roman, certains faits sont-ils inspirés de la réalité avec le lien que vous avez pu entretenir au fil du temps avec Daniela Lumbroso ?

Non, pas vraiment. Je me suis détaché de ma réalité pour me lancer complètement dans cette aventure romanesque.

Quelle est, pour vous, la spécificité de cette télé de la fin des années 90 ?

Il n’y avait pas Internet, nous étions aux balbutiements du téléphone portable… Le petit écran régnait encore dans les foyers. Il n’y avait pour ainsi dire, pas encore de véritables concurrents au vieux « poste » de télé. Il faut quand même se souvenir de ce que des gens comme PPDA ou Claire Chazal ont représenté à cette époque. Dix, quinze millions de téléspectateurs étaient parfois devant leur écran pour regarder un divertissement du samedi soir ! En 1999, c’était déjà presque la fin de cette période faste. Avec les années 2000, l’offre diversifiée de la TNT allait faire voler en éclats ce paysage finalement assez monolithique.

Avec votre roman Pour unique soleil, vous ravivez finalement les souvenirs et l’ambiance de l’époque…

J’espère que les lecteurs la retrouveront, avec nostalgie, peut-être un sentiment que l’époque précédente n’était pas si enfermante, si aliénante, qu’il y avait de belles choses dans cette offre réduite de chaînes.

Vous apparaissez souvent dans les médias, intervenant régulier dans On est fait pour s’entendre avec Flavie Flament sur RTL, Chroniques criminelles sur TFX ou avec Brigitte Lahaie sur Sud Radio. En quoi est-ce important pour vous ?

Mon métier est d’abord celui de psychologue clinicien, dans l’écoute de l’autre et de sa souffrance. Cependant, j’éprouve beaucoup de plaisir, de joie, à revenir parfois à mes premières amours, en vulgarisant mon savoir dans les médias, en permettant au grand public de découvrir la psychanalyse. C’est fondamental que cette pratique reste populaire.

« C’est un roman autour de nos fausses perceptions de l’autre et de nous-mêmes »

Vous étiez journaliste avant de devenir psychologue clinicien et avez interviewé différentes personnalités de la télévision, dont Daniela Lumbroso. Quels souvenirs en avez-vous ?

J’en garde toujours un souvenir un peu amoureux, car je la trouvais vraiment magnifique. Je me souviens d’un soir de 2004, où elle présentait La fête de la musique sur France 2. Elle m’avait proposé de la voir ensuite dans les loges. Jean-Luc Delarue était encore vivant et s’est précipité pour la féliciter de la soirée. J’attendais sagement en les regardant tous les deux. C’est une télévision déjà bien loin de nous…

Parmi les personnalités interviewées, laquelle vous a le plus marquée ?

Avant d’exercer mon métier de soignant, je me suis en effet nourri de théâtre et de télévision, en ayant eu le plaisir de collaborer à Toutelatele notamment. Je garde énormément de souvenirs… Je retiendrais ma rencontre avec Laurent Delahousse. Il avait alors vingt-huit ans et officiait sur M6. Après l’interview dans son bureau, il m’avait envoyé un long mail le soir même pour me demander de procéder au changement de deux mots parfaitement anodins qu’il avait pourtant prononcés. C’est ce que j’appelle le perfectionnisme ! Il y a aussi Claude Sarraute. Elle m’avait reçu dans son appartement de l’île Saint Louis et m’avait appelé mon chaton tout le long en me servant du thé à la cannelle jusqu’à plus soif. Je me souviens également de Nikos Aliagas, interviewé au téléphone alors que j’étais en vacances sur une plage en Corse et qu’il était en vacances sur une plage en Grèce. On était très détendus !

Vous avez fait partie de l’équipe historique de Toutelatele qui célèbre en ce moment les 20 ans de sa marque. Vous avez ainsi connu les balbutiements du site. Que cela vous évoque-t-il aujourd’hui ?

D’abord, je voudrais saluer la ténacité exceptionnelle de son créateur Jérôme Roulet. Il a porté ce projet à bras-le-corps toutes ces années avec le succès que l’on sait. Rappelons-nous qu’en 1998, ce site était le premier avec ce type de contenus. Nous avons inauguré l’interview de personnalités TV sur Internet et lancé la première saga racontant l’histoire des émissions et des animateurs. Ma collaboration à Toutelatele est un moment clé dans ma vie professionnelle et personnelle.

Après Dalida sur le divan, Manuel d’un psy décomplexé ou encore La traversée des mensonges, vous faites également paraître en ce mois de mai 2021 Tueurs en série sur le divan (Editions Envolume), avec Jean-Benoit Dumonteix. De quoi s’agit-il ?

Nous nous sommes intéressés, Jean-Benoit et moi, à la psychopathie et la perversion des plus grands tueurs en série de l’époque en nous questionnant sur la genèse de ces organisations psychiques. Le livre est déjà très bien accueilli par les blogueurs et la presse.