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Les chirurgiens de l’espoir > Gilles de Maistre

Tony Cotte
Publié le 19/02/2008 à 14:36 Mis à jour le 31/03/2011 à 17:58

Après le très acclamé L’hôpital des enfants, Gilles de Maistre est de retour sur M6 depuis le 28 janvier avec une autre « série-documentaire », Les chirurgiens de l’espoir. Documentariste, producteur de fictions, mais également réalisateur, Gilles de Maistre collectionne les casquettes. A l’occasion de son immersion au cœur de la vie quotidienne des chirurgiens plastiques, il répond aux questions de Toutelatele.com

Tony Cotte : Documentariste, producteur de long métrage, réalisateur... Depuis quelques années, vous portez de nombreuses casquettes : indécision ou simple volonté de toucher à tout ?

Gilles de Maistre : Je n’ai pas l’impression d’avoir tant de casquettes que ça. Être producteur, ce n’est pas pour le pouvoir, mais avant tout pour être indépendant et de savoir où on met l’argent. Il est important que l’artistique soit suivi par le financier, beaucoup de gens raisonnent ainsi. Personnellement, je me considère comme documentariste même si j’ai fait quelques fictions...

Tony Cotte : On vous retrouve aujourd’hui pour les Chirurgiens de l’espoir que vous décrivez comme une production a « la force d’un documentaire et l’écriture d’un feuilleton ». Pouvez-vous être plus explicite sur ce point ?

Gilles de Maistre : C’est un sillon que je creuse depuis de nombreuses années. J’ai commencé dans la fin des années 90. A cette époque, Arte avait lancé le genre avec des documentaires feuilletonnants diffusés quotidiennement. Tout y était vrai, sans la moindre mise en scène. J’ai ensuite travaillé sur A la maternité pour France 3 qui a marqué le début de mon parcours dans les hôpitaux, avant L’hôpital des enfants pour M6. C’est du documentaire où l’on utilise simplement des mécanismes de la fiction dans la mise en forme pour l’organisation. Les histoires s’étalent ainsi sur plusieurs épisodes...

Tony Cotte : Il n’y a donc aucun travail d’écriture comme c’est souvent le cas dans les « docu-réalité » ?

Gilles de Maistre : On laisse les gens vivre. Il n’y a aucun commentaire ou interview. Le réel a autant de suspense et de rebondissement, si ce n’est plus, qu’un travail scénaristique. Le principe est de se laisser surprendre par la réalité et donc de ne surtout pas l’écrire...

Tony Cotte : Il est difficile d’imaginer que les personnages ne reçoivent aucune indication. Les dialogues entre certains protagonistes sont souvent des remises en situation auprès de leur entourage et donc forcément pour les téléspectateurs...

Gilles de Maistre : Il est naturel, quand les gens se croisent, qu’ils remettent en situation leur histoire. Ils savent qu’ils sont suivis par nos caméras, ils ne vont pas se mettre à parler soudain de politique. Mais au montage, on reprend ce qui se dit concernant notre thématique pour que les téléspectateurs comprennent. Si ce n’est pas suffisamment clair, on ajoute une petite phrase explicative à l’écran. Tous ces procédés restent a posteriori, rien n’est écrit.

Tony Cotte : Considérez-vous Les chirurgiens de l’espoir comme audacieux en ces temps où on ne traite de la chirurgie esthétique que pour en dénoncer les méfaits et les excès ?

Gilles de Maistre : Audacieux n’est pas le terme approprié. Sur la forme, M6 est plutôt culottée de proposer 20 heures de documentaire en prime time comme elle l’a fait avec L’hôpital des enfants (l’interview a été réalisée avant que la chaîne ait décidé de déprogrammer l’émission du prime time, ndlr). Pour le fond, je prends un sujet et je porte un regard honnête dessus. La plastique est certes la chirurgie la plus légère, mais reste la reconstruction la plus lourde. Les chirurgiens passent d’un patient à un autre avec des problématiques très différentes. Mais il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. Les chirurgiens de l’espoir racontent ainsi plein de choses sur nous, l’apparence et tout ce qui est véhiculé par notre société, sans pour autant tomber dans l’excessif.

Tony Cotte : Vous avez tout de même conscience que la chirurgie esthétique a une très mauvaise image a fortiori en France ?

Gilles de Maistre : L’image est déformée car les gens pensent que les chirurgiens ne le font que pour l’argent. Dans Les chirurgiens de l’espoir, on voit que ce sont des professionnels qui sont capables d’aller au bout du monde pour opérer des enfants malformés. Tous les cas sont présents. Je ne pense pas que la chirurgie ait mauvaise presse chez nous, elle se banalise même trop par moment et on peut le dénoncer. Mais il n’y a pas que l’esthétique, on traite beaucoup de reconstruction et M6 a été particulièrement militante à ce que l’on s’attarde dessus.


Tony Cotte : Après le succès critique de L’hôpital des enfants, aviez-vous une pression particulière avec Les chirurgiens de l’espoir ?

Gilles de Maistre : Non je ne lis pas les critiques. Ça fait longtemps que je fais ça et il est normal d’avoir de tous les avis. C’est toujours compliqué de lire quelque chose d’une personne que l’on ne connaît pas. Je ne sais même pas ce qui s’est dit pour Les chirurgiens de l’espoir !

Tony Cotte : Les avis sont majoritairement positifs et, à l’instar de votre long-métrage, Le premier cri, les journalistes peu enthousiastes font davantage part de leur incompréhension que de leur déception. Avez-vous l’impression d’être, en quelque sorte, un incompris ?

Gilles de Maistre : Ce serait beau, je n’aurai même plus qu’à me jeter par la fenêtre (rires). Je ne me considère pas comme un incompris. Je suis clair avec moi et ne me prends pas pour un autre. Je fais un travail modeste en racontant des histoires avec un minimum de tendresse et en aimant les gens. C’est une démarche assez humble.

Tony Cotte : Même si les exercices sont totalement différents, quel est le plus compliqué : réaliser un documentaire d’1h40 pour le grand écran, distribué par Walt Disney ou faire 20 épisodes de 52 minutes pour la télévision ?

Gilles de Maistre : Le film m’a demandé trois ans de travail. C’était quelque chose d’énorme et de très compliqué. J’essaye toujours avec la même humilité de m’inscrire dans des cases et m’adapter au public de la chaîne. Quant à Walt Disney, ils n’ont eu aucune exigence. J’ai simplement proposé ce film à Jean-François Camilleri (Directeur général de Walt Disney Studios France, ndlr). Il sait ce que je fais et me connaît.

Tony Cotte : Vous prépareriez actuellement la suite du Premier cri, le Dernier souffle. Vos périples dans le milieu hospitalier ne semblent pas terminés...

Gilles de Maistre : Il s’agit d’une trilogie : Après la naissance, l’amour et la mort (le Dernier souffle, ndlr). Les deux autres volets vont être tournés en même temps d’ici deux ans. Mais je ne fais pas de productions sur le milieu hospitalier à proprement dit, c’est avant tout un environnement et un prétexte pour raconter des histoires.

Tony Cotte : On remarque que le début de votre parcours accorde une place importante à la dénonciation ( J’ai 12 ans et je fais la guerre, Sans domicile fixe ...). Vous êtes-vous, plus ou moins, assagi avec le temps ?

Gilles de Maistre : Je n’ai jamais fait que dénoncer. Je me contente de montrer les choses le plus réellement possible pour que le public puisse, ensuite, faire sa propre opinion. Le mois prochain, je vais tourner un film pour Arte alliant fiction et réel sur les coulisses du grand reportage, comment fait-on notre métier, comment peut-on intéresser le public avec des sujets dont tout le monde se fout : la misère, la guerre, l’humanitaire ? Aujourd’hui, on préfère parler de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ...

Tony Cotte : N’est-ce pas une vision caricaturale et réductrice du journalisme ?

Gilles de Maistre : Je parle avant tout de la presse écrite. On arrive certes à faire des choses, mais personne ne se bat pas pour traiter des sujets sur l’humanitaire. Le but de cette production sera de lancer le débat : « Comment fait-on un reportage tout en intéressant le public ? » Ce sera une réflexion sur le journalisme émotionnel face au journalisme d’enquête.