Les grandes batailles du PAF : Nagui, Arthur, Delarue... la folle période de France 2 avec le « Osons » de Jean-Pierre Elkabbach

dimanche 7 août 2022 à 20:45 |
Capture France 2

Le psychanalyste Joseph Agostini, auteur de « Je dépense comme je suis » (Éditions Leduc), revient sur la télévision des années 80 à 2000. Pour Toutelatele, il revisite les grands moments en s’attardant sur les émissions et les stars de cette époque. De La roue de la fortune à N’oubliez pas votre brosse à dents en passant par La nuit des héros ou encore Loft Story, revivez les programmes précurseurs de la télévision d’aujourd’hui. Parce que le succès des émissions est avant tout une histoire de psychologie collective. Dans cet épisode, retour sur les années 90 avec la nomination de Jean-Pierre Elkabbach à la tête de France Télévisions, qui allait entrainer un tourbillon de polémiques et faire de certains animateurs de véritables machines à cash...

1994. Édouard Balladur, Premier ministre de François Mitterrand, s’imagine déjà dans les habits de Président de la République. D’ailleurs, tous les sondages l’annoncent. Claire Chazal, sacrée reine des JT du week-end de TF1 trois ans auparavant, ne cache pas sa préférence pour « Ballamou ». Pourtant, en avril 1995, ce dernier se fera doubler par la droite par Jacques Chirac, qui révèlera son amour inconditionnel pour… les pommes.

Dans cette époque très droitière, Jean-Pierre Elkabbach, bien connu pour ses convictions politiques anti-Mitterrand, est nommé à la Présidence de France Télévisions. « Osons ! » lance-t-il, lors de sa première conférence de rentrée, en septembre 1994, au moment où il annonce la couleur des grilles de programmes d’un service public « offensif ». De l’audace, le célèbre journaliste, connu pour son orgueil démesuré, n’en manque pas. À l’entendre, une révolution va s’accomplir…

La méthode Elkabbach

Et en effet, cette année-là, Elkabbach laisse la part belle aux « producteurs ». Il invite ses collaborateurs, amis ou animateurs en vogue, à confectionner clé en main des émissions directement livrées aux chaînes d’État. Aucune distinction désormais entre TF1 et France Télévisions, en ce qui concerne la manière de penser l’objet télévisuel. Le ton n’est plus à l’invention du service public, à la fois exigeant et populaire, mais bien à la récupération de formats commerciaux, capables de fédérer le plus grand nombre.

Jean-Pierre Elkabbach veut jouer dans la même cour que Patrick Le Lay, le PDG de TF1. Il ne s’en cache pas. Et les programmes arrivent sur des grilles anémiées, qui avaient un cruel besoin d’être vitaminées en matière d’audience…

Ainsi, le samedi soir, en première partie de soirée, Nagui lance N’oubliez pas votre brosse à dents, un jeu loufoque d’inspiration anglaise, dans lequel les candidats gagnent des voyages au bout du monde s’ils acceptent des mises en situation insolites en public. Nagui a ses Naguettes (Alexandra Bronkers, que l’on verra ensuite animatrice sur TF1, est de la partie), sur une musique endiablée de Gérard Pullicino, avec pour voix off… Jean-Luc Reichmann, la future star de la deuxième, puis de la première chaîne. Le budget d’un numéro de N’oubliez pas votre brosse à dents est de trois millions de francs. Une véritable fortune, surtout pour l’époque.

En deuxième partie de soirée, Arthur prend la place de Thierry Ardisson, à bout de souffle, qui vient d’essuyer les échecs consécutifs d’Ardimat et d’Autant en emporte le temps. Arthur propose Les enfants de la télé, une émission à base d’archives qu’il coanime avec Pierre Tchernia. Si le concept semble être une pâle resucée d’un énième Bêtisier, l’ambiance créée par Arthur sur le plateau donne au show un parfum inédit et très apprécié par les téléspectateurs.

Jean-Luc Delarue, le prince devenu roi sur France 2

L’access prime time est, lui, désormais entre les mains de Michel Drucker, qui fait un comeback des plus inattendus sur le service public. Son émission, Studio Gabriel, en direct du pavillon du même nom, est un talk-show mêlant chroniques diverses et interviews, avec notamment les humoristes Virginie Lemoine et Laurent Gerra, tout droit sortis de la team Jacques Martin. Michel Drucker explique qu’il aurait « rêvé présenter le 20 heures » et que l’access prime time est déjà un souhait magnifique qui se réalise.

Jean-Luc Delarue, transfuge de Canal +, où il animait La grande famille, est lui aussi l’un des nouveaux visages de France Télévisions, avec son débat, qu’il devait initialement baptiser Tam Tam et qui sera finalement nommé Ca se discute, à raison de deux émissions par semaine, le lundi et mardi, en deuxième partie de soirée.

En janvier 1995, soit un an après l’arrivée en fanfare d’Elkabbach, les scores tombent : France 2 atteint 25% de part de marché, quelques centaines de milliers de téléspectateurs en plus que l’année précédente, alors que France 3 passe de 14,6% à 15,7%. Si TF1 conserve un large leadership, elle passe quand même de 41% en 1994 à 39,5% l’année suivante.

La nouvelle présidence de France Télévisions s’enorgueillit de ces chiffres, alors que chacun s’accorde à dire dans la presse, qu’ils ne sont pas si sensationnels… surtout si l’on regarde les dépenses absolument pharaoniques que ces nouvelles émissions ont requises.

Une mission réussie ?

Les mois passent encore et l’audience, si elle frétille, n’est pas dynamitée pour autant. Après la fin de Frou Frou, Christine Bravo s’effondre le samedi à 19 heures, avec Chéri, j’ai un truc à te dire, puis J’ai un problème, concepts faiblards qui périclitent vite. À 12h30, Christian Morin ne passe pas trois mois avec Combien tu paries ? Il est remplacé, en janvier 1995, par un autre jeu, Ces années-là, animé par Laurent Petitguillaume, puis par Georges Beller, qui disparaît à son tour, faute d’une audience suffisante.

Le Journal de 13 heures est loin, très loin, derrière Jean-Pierre Pernaut, malgré la nomination de Patrick Chêne, ancien journaliste sportif, à sa présentation. Le 20 heures, lui, présenté par Daniel Bilalian, à l’antenne depuis des décennies, n’est pas révolutionnaire, loin sans faut. Quant à Maureen Dor, annoncée comme la nouvelle Dorothée du service public avec son Chalu Maureen (elle est accompagnée par Charly et Lulu, l’ancien duo du Hit Machine de M6), elle ne parvient pas à gagner le cœur du jeune public comme Elkabbach l’aurait souhaité. La case jeunesse du mercredi reste également loin derrière TF1.

À la fin de l’année 95, la Cour des comptes condamne France Télévisions sans appel, en pointant la responsabilité directe de son Président en ce qui concerne « l’enrichissement de sociétés externes, les graves anomalies dans les contrats », autant de manœuvres qui auraient « échappé au contrôle de l’État actionnaire ».

Démission demandée

Les guignols de l’info sur Canal+ brocardent à n’en plus finir Nagui, Delarue, Arthur, Drucker en les qualifiant de « voleurs de patates » . On dénonce, on s’offusque ! Comment a-t-on pu laisser France 2, une chaîne d’État, se corrompre à ce degré ? Le service public doit-il être une usine à « entertainments » ? Qu’en disent-ils, les « animateurs producteurs » ? Pas grand-chose. Ils ont saisi l’opportunité qu’on leur donnait. Aurait-il pu la refuser, eux qui ont, pour la plupart, la trentaine et la folle envie de s’amuser à la télévision ? À leur décharge, ils n’en finissent pas de gagner des points d’audience en remplissant parfaitement le rôle d’ « attrape téléspectateurs » qu’on leur a demandé de prendre.

Après un démarrage très incertain, Michel Drucker fait décoller son Studio Gabriel contre toute attente, tandis que Jean-Luc Delarue, avec son débit de parole si personnel, cette façon à la fois feutrée et souriante de s’adresser à ses invités, incarne à lui seul le talk-show de société des années 90… « Et alors ? » s’écrient les détracteurs.

En 1996, Jean-Pierre Elkabbach est « démissionné ». Il dit alors au quotidien Le Parisien éprouver « une certaine tristesse devant les règlements de comptes et les querelles personnelles ». Il craint que le service public soit le premier perdant de ces scandales, car, dit-il, « il va sortir démobilisé et affaibli de ces incohérences ».

L’un des principaux collaborateurs de Valéry Giscard d’Estaing dans les années 70, Xavier Gouyou-Beauchamps, déjà dans l’équipe d’Elkabbach en 1994, prend sa suite deux ans plus tard. Il est chargé par le CSA de désamorcer la crise, dans une optique de « rigueur et de transparence », selon ses propres mots. Cette année-là, Arthur et Nagui passent sur TF1 pour proposer des émissions sensiblement identiques à ce qu’ils proposaient sur France 2. Les enfants de la télé conserve même son titre (déjà !) légendaire. La parenthèse Elkabbach se termine avec un arrière-goût d’abus et de réussite mêlés. Qu’il est compliqué, de « faire » la télévision !

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