Nicolas Briançon (Le canard à l’orange, France 2) : « On ne pouvait pas être traités avec plus de mépris »

La pièce britannique, Le canard à l’orange, est à retrouver ce mardi 15 décembre 2020 à 21h05 sur France 2. Nicolas Briançon, dans le rôle principal, s’est confié à Toutelatele.

Publié le mardi 15 décembre 2020 à 19:19
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Nicolas Briançon (Le canard à l’orange, France 2) : « On ne pouvait pas être traités avec plus de mépris »
©Capture France 2 

Joshua Daguenet : comment vous êtes-vous imprégné des prestations de Jean Poiret et Michel Roux, précédents interprètes d’Hugh Preston au théâtre, pour incarner à votre tour le personnage dans Le canard à l’orange ?

Nicolas Briançon : J’ai limité toute tentative de reproduction de ces acteurs à forte personnalité, car ça aurait été voué à l’échec. J’ai lu la pièce et je me suis fait une idée du personnage. Un acteur est toujours inspiré par plein de choses de sa vie, son enfance, des acteurs qu’il a vus... Jean Poiret était un funambule extraordinaire, il avait cette capacité sur scène à donner l’illusion d’être dans le présent et que ce qui se passe ce soir ne s’est jamais déroulé auparavant.

Comment avez-vous personnalisé cet atypique duo formé par votre personnage et son épouse, incarnée par Anne Charrier ?

Anne et moi nous connaissons depuis très longtemps, nous sommes amis dans la vie. Elle a d’abord été mon élève, je lui ai fait faire ses premiers pas au théâtre. Nous avons collaboré sur Le menteur de Corneille, après, par hasard, nous avons tourné la série Maison close pour Canal+. Nous avons déjà joué un couple sur scène, pour nous, c’est quelque de chose de naturel.

En plus d’être le principal comédien de la pièce, vous en êtes aussi le metteur en scène. Est-ce plus confortable de travailler avec cette double fonction ?

Mettre en scène et jouer, cela dépend de notre instinct. J’ai refusé de mettre en scène certaines pièces, car je voulais les jouer. Pour Trahison, je ne me sentais pas de faire les deux. Puis, parfois, j’ai assuré les deux rôles, mais il faut sentir une évidence. L’équipe avec laquelle vous partez rend cela possible. Il faut beaucoup de confiance de la part des autres pour penser que celui qui vous dirige le fasse pour la pièce et non pour lui-même. La bande du « Canard » est une bande d’amis, on pouvait donc y aller. Hugh est très en avant, mais c’est la situation qui a créé cela. Ce type de pièce ne nécessite pas d’interprétation de texte comme pour du Shakespeare, il faut trouver la rythmique et une mise en place fluide. Mais mes copains sont des Rolls Royce...

« Jouer le couple avec Anne Charrier est quelque chose de naturel pour nous »

La secrétaire Patricia est dans le titre original de la pièce. Alors que les enjeux ne tournent pas autour d’elle, comment expliquer l’attention que lui a portée son auteur ?

La secrétaire est l’un des personnages essentiels, pas en tant que présence, mais la pièce devient intéressante quand elle arrive. Selon la manière dont Hugh en parle, on attend la jolie minette, présente pour faire frétiller le quinquagénaire. Or, elle est beaucoup plus que ça. Ce personnage est le plus libre et traduit au mieux les années 60. Elle est une fille assumant sa sexualité, son désir, ses actes... Sauvajon a eu cette idée de titre géniale, Le Canard à l’orange, celui que l’on cuit, mais qu’on n’arrive pas à manger et qu’on ne voit pas.

L’amant, par son look et son parler minimaliste, est l’authentique personnage britannique de la pièce...

(rires) Cette idée que les personnages seraient différents à Londres et Paris... l’âme humaine n’est pas si différente. Les personnages de Shakespeare sont Britanniques, certes, mais ils sont bien plus que ça. Il y a quelque chose qui les traverse. Cet humour au second degré, cette élégance, le fait de ne pas dévoiler ses sentiments avec trop de facilité, d’avoir de la retenue. En France, on nous identifie avec un béret et une baguette, mais ce rapprochement reste approximatif.

Votre personnage contrôle les événements de A à Z et s’installe une sorte de fatalité à le voir triompher à la fin de la partie...

Tout est dit au début de la pièce. Il joue aux échecs et sa femme lui dit qu’il est imbattable. On sait qu’il va gagner, l’issue de la pièce ne fait aucun doute, mais l’intérêt réside à travers le trajet et le moyen du trajet. C’est le cas de nombreuses pièces. Dans La Guerre Troie n’aura pas lieu de Giraudoux, on sait pertinemment que la Guerre va finalement intervenir, mais on commence à se poser tout un tas de questions. Dans notre pièce, le suspense est très présent, on sait que ça va bien finir, mais pas quand ni comment.

« On ressent profondément une injustice terrible »

La pièce a concouru dans sept nominations aux Molières 2019, pour une unique récompense. Cette fameuse soirée avait-elle constitué une frustration à l’époque ?

J’ai eu tellement de chance avec les Molières dans ma petite vie d’acteur et de metteur en scène. Je suis reparti une fois avec le Molière sur six ou sept nominations personnelles. Je connais le fonctionnement et la frustration qui m’accompagne dans la seconde. Mais être nommé, salué par la profession est déjà une chance extraordinaire, et une victoire. Si je courais le 100 mètres, je serais déçu de ne pas être le premier, car c’est factuel, le premier qui franchit la ligne gagne. Le soir de mon Molière pour Voyages avec ma tante, je ne me suis pas dit que j’étais le meilleur metteur en scène. J’étais très content de la soirée, mais au surlendemain, quand vous ne recevez plus d’appel, que vous retrouvez avec votre Prix qui ne vous sert plus à rien, vous savez que vous devez tout recommencer.

Avez-vous une visibilité sur les possibles représentations de la pièce pour l’année 2021 ?

On n’a plus envie de faire de plan. Nous avons trop attendu, trop espéré... On ressent profondément une injustice terrible. Elle situe l’endroit où cette société du moment place la culture : derrière les magasins, les transports, les lieux de culte... Pourquoi peut-on aller dans une église, une mosquée, une synagogue, un temple et pas dans un musée ou un théâtre ? Il n’y a aucun risque. Pourquoi cela ferme ? Au nom d’un exemple ? Nous servons d’exemple pour un problème qui ne se propage pas à l’intérieur de nos activités. Un petit théâtre privé de 300 places sur Paris, qui pensait ouvrir mi-décembre et est resté fermé, a perdu 50 000 euros. Maintenant, personne ne va se préparer pour ouvrir le 7 janvier, car il faut un minimum de deux ou trois semaines pour relancer un spectacle. On ne pouvait pas être traités avec plus de mépris. Nous avons besoin d’être protégés, Molière a été protégé par Louis XIV sinon il n’aurait jamais écrit son œuvre.

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