Sidonie Bonnec (Enquêtes criminelles) : « Ce n’est pas de la télé racoleuse, mais du vrai reportage »

Diplômée du Celsa, grande école de communication et de journalisme à Paris, Sidonie Bonnec est d’abord passée par la presse écrite avant de se lancer dans le grand bain de la télévision. Depuis 2008, la sémillante présentatrice à la chevelure flavescente a élu domicile sur la petite sœur de M6. Enquêtes criminelles et Au cœur de l’étrange sur W9, Autour du monde sur RTL, ses succès, ses projets : elle porte un regard englobant toute son actualité pour Toutelatele.

Publié le mercredi 26 février 2014 à 19:55
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Sidonie Bonnec (Enquêtes criminelles) : « Ce n’est pas de la télé racoleuse, mais du vrai reportage »
©Barbara D’ALESSANDRI/W9 

Clément Gauthier : Comment est né votre intérêt pour les faits divers ?

Sidonie Bonnec : Je suis passionnée par le journalisme généraliste. J’ai toujours été attirée par le polar et les faits divers dans les magazines, mais ce n’est pas mon idée de faire Enquêtes criminelles. C’est celle du patron de W9, Frédéric de Vincelles. Il y a six ans, il m’a proposé un gros magazine de faits divers, en concurrence avec Faites entrer l’accusé qui marchait très bien. Je ne pensais pas faire du fait divers ma spécialité du moment, mais j’ai été initiée et intéressée par le challenge. Depuis six ans, je suis immergée dans le monde des procès, des avocats, des enquêteurs et j’en suis ravie.

L’émission Faites entrer l’accusé, présente depuis l’année 2000 sur France 2, vous a-t-elle inspirée ?

Je suivais deux émissions en même temps, Faites entrer l’accusé et Secrets d’actualité sur M6, présentée par Laurent Delahousse. Les deux étaient des modèles pour moi et traitaient différemment le fait divers. Ils ont bercé mon adolescence donc ça me plaisait de m’inscrire dans la lignée. Il y a beaucoup de magazines de faits divers, mais tout le monde ne les construit pas de la même manière. Nous, on ne travaille qu’avec des agences de presse et le créateur de l’émission a mis en place une charte. Ce n’est pas de la télé racoleuse, mais du vrai reportage avec une enquête reconstituée à partir des dossiers d’enquête. Ce n’est pas larmoyant. C’est du bon boulot et le public est content, voilà pourquoi ça fait six ans que c’est à l’antenne et que ça cartonne toujours autant.

C’est donc la fidélité de l’enquête qui vous différencie de la concurrence comme Crimes (NRJ12) ou Chroniques criminelles (NT1) ?

Je ne regarde pas tout le temps les autres émissions, car je suis déjà plongée dans la mienne donc pour me détendre je privilégie autre chose. En tout cas, c’est ce qui fait que notre émission marche.

« Un journaliste finit par avoir tout vu »

Quelle est la recette idéale pour fédérer 670 000 téléspectateurs en moyenne sur chaque émission ?

Notre méthode de travail, plus qu’une recette, est de mêler le travail des enquêteurs, de faire la part belle au travail de la justice et d’accorder une grande part à la psychologie des personnages pour savoir comment on atteint des extrêmes comme le meurtre. Ces trois ingrédients sont inhérents au fait divers et on les traite à parts égales sans rester bloqué du côté trash, violent ou larmoyant. Dans une affaire, il y a la vie d’un homme, celle de la justice et celle d’un enquêteur. C’est très riche et ça explique le succès des polars.

Les histoires sont assez difficiles, comment faites-vous pour prendre du recul par rapport à cela ?

La première année, je faisais beaucoup de cauchemars, j’avais les larmes aux yeux et des nausées en regardant certaines docs. Quand on le fait toutes les semaines, on est vraiment plongé dedans, c’est différent que de lire un article une fois de temps en temps. C’est terrible, mais le temps passe et vous blinde. Ce n’est pas que je suis insensible, car il m’arrive encore de verser des larmes et d’être prise d’émotion même sur le plateau quand je fais des interviews. Mais comme un enquêteur ou un magistrat, un journaliste finit par avoir tout vu.

Partie 2 >Meurtre à la Columbo et ses souvenirs


Avez-vous à l’esprit des affaires particulièrement marquantes ?

Il y en a tellement ! Il y en a eu plus de cent-cinquante. Il y a une affaire que j’aime beaucoup, car elle se termine bien, ce qui est rare. C’est celle des Monflanquin, une famille dans la région de Bordeaux qui, du jour au lendemain, [« Les reclus de Monflanquin », diffusé en 2009, ndlr.] s’est retrouvée sous la coupe d’un gourou. Le père de famille, Jean Marchand, a résisté et s’est lancé dans une quête de sept ans pour les retrouver et comprendre ce qui s’est passé. Au final, il les retrouve à Oxford et arrive à les exfiltrer. Il a retrouvé sa femme, Ghislaine, et s’est remarié avec. C’est une enquête incroyable sur la manipulation mentale et sur le courage d’un homme qui arrive à retrouver les siens. On a rarement des histoires qui se finissent bien comme celle-là.

Des histoires rocambolesques....

Ça dépasse toujours l’imagination. Si on copiait la réalité pour la placer dans un film, les spectateurs se diraient : « Ils sont allés trop loin les scénaristes. » La réalité est beaucoup plus tordue et complexe.

Enquêtes criminelles : Meurtre à la Columbo entre t-elle dans cette lignée ?

C’est une affaire incroyable, car l’enquête est inspirée par la fiction. Jean-Bernard Wiktorska est retrouvé sur son banc de musculation. Il a un haltère au niveau du cou et le médecin légiste pense que c’est un simple accident. En fait, une commissaire, que je reçois en plateau après le documentaire, se souvient avoir vu un épisode de Columbo avec un scénario identique. Grâce à ce scénario de fiction, elle va pouvoir démonter l’affaire. La fiction aide l’enquête. On a l’impression que ça n’arrivera jamais tellement l’imagination des criminels est infinie.

« L’imagination des criminels est infinie »

« Meurtre à la Columbo » est une affaire datant de 1995. Est-ce moins problématique de traiter des affaires déjà élucidées ?

L’important est que les affaires se déroulent sur plusieurs années. En revanche, on est, comme les journaux télévisés, habilités à parler de faits divers et d’affaires qui n’ont pas été jugées. La seule chose qu’on ne peut pas faire est de désigner un criminel. On doit conserver la présomption d’innocence. Sinon, on a le droit de traiter n’importe quelle affaire sans souci, quel que soit son stade de jugement.

Votre autre émission sur W9, Au cœur de l’étrange, réalise également de bonnes audiences. Êtes-vous personnellement fascinée ou stimulée par les histoires d’Apocalypse, d’Ovni ou de fantômes ?

Je suis intriguée comme tout le monde, mais je suis assez sceptique et terre-à-terre. De fait, je suis la bonne personne pour présenter cette émission, car je ne suis pas illuminée. Je traite ça avec distance et curiosité. La dernière fois, j’ai tourné dans un château dit « hanté » selon les propriétaires. Et franchement, j’ai rencontré des gens avec plein de bon sens qui me racontaient des histoires hurluberlues et ça commençait à m’inquiéter. Dans le château, je me sentais un peu bizarre. Il y avait quelque chose d’étrange dans l’air, donc, j’ai eu un doute et ça m’a troublée. J’ai fini par le classer dans ma tête et passer à autre chose. On essaie de réunir le maximum d’indices, d’informations, mais à chacun de se faire son avis.

Partie 3 >Une présentatrice-journaliste aux expériences enrichissantes


Vous avez créé le documentaire unitaire Dans un monde à part en 2010 et participé à la série-documentaire La vie la nuit. Ces deux formats pourraient-ils réapparaître à l’antenne ?

Le problème du documentaire est qu’il prend énormément de temps à la fabrication et ça mange une grande partie de l’année. Comme, depuis la rentrée de septembre, je suis sur RTL toutes les semaines, ça devient compliqué. Il ne faut pas être trop gourmand, car, sinon, on bosse mal. Pour l’instant, il n’y a pas de discussion là-dessus, mais j’adore faire de l’immersion et du documentaire. Et j’en referais un jour.

Est-il possible que le format Ces Français du bout du monde revienne à l’antenne ?

Je ne crois pas, car le programme a déjà quatre ans et personne ne m’en a reparlé. Et puis, je ne serais pas intéressée de le faire revenir au contraire de Dans un monde à part. C’est la plus belle chose que j’ai pu faire avec le réalisateur Jérôme Korkikian. C’était une aventure humaine démente de partir un mois sur un chalutier sans parler à ma famille ou mettre le pied à terre. Ça permet de raconter des histoires et de croiser des marins que personne ne rencontre. Commerçants, passants dans la rue et professionnels s’en rappellent, même si je fais Enquêtes criminelles depuis six ans. Ça a vraiment marqué le public. C’est mon programme chéri que je rêve de refaire un jour.

Que représente l’émission Autour du monde, devenue hebdomadaire depuis la rentrée sur RTL ?

Le média est déjà extraordinaire. C’est direct, tout est dans l’émotion et on est sans filet. Comme j’écoute beaucoup la radio, je me projette en imaginant comment les personnes m’écoutent et à quel endroit. L’émission de voyage est un peu ma récréation, car c’est plus léger que Enquêtes criminelles et, en plus, je fais pas mal de reportages chaque semaine. Quand je peux, je voyage, que ce soit en Islande, à Berlin, au Maroc. On a la partie évasion et une autre très concrète, que les auditeurs aiment beaucoup, où on donne des conseils pour voyager avantageusement. L’émission cartonne. En un an, on a gagné 200 000 auditeurs et on a, en moyenne, 840 000 fidèles par semaine. C’est assez gigantesque pour un week-end et je suis super contente.

Quelle est la destination qui vous a le plus charmée ?

J’adore voyager, mais j’aime bien revenir en France. J’aimerais retourner en Islande, l’été, et traverser en voiture tous les volcans, les Fjords et les plaines. Les paysages sont incroyables, on voit les rennes courir. Mais plutôt pour les grandes vacances que pour y vivre.

« L’idée de faire un talk-show et d’être la chef d’orchestre d’une bande, c’est mon rêve »

Où en est votre ambition de talk-show ?

Je n’en sais rien malheureusement. On en parle beaucoup dans la chaîne, mais ce sont des décisions qui prennent du temps. C’est un peu le statu quo.

Avez-vous déjà des idées sur le concept ?

Ce sont souvent les producteurs qui apportent le projet. Il y en a pas mal qui bossent sur l’idée. De toute manière, une chaîne est une petite cuisine, c’est assez secret. Même les animateurs ne savent pas tout. Je pense que la chaîne a envie d’en lancer un et qu’ils peuvent m’imaginer dedans. Depuis que je fais des interviews en direct sur RTL, l’idée de faire un talk-show et d’être la chef d’orchestre d’une bande, c’est mon rêve.

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