Sophie Gigon (Directrice de la fiction daytime France 2) : « Avec Un si grand soleil, on ne pouvait pas avoir deux ou trois stars comme dans Demain nous appartient »

Désormais Directrice de la fiction daytime de France 2, Sophie Gigon, avec toutes les équipes de production, a mis sur pied Un si grand soleil. Celle qui a également œuvré pour le feuilleton Cut sur France Ô, revient pour Toutelatele sur les étapes de création de ce nouveau pari dans la case de 20 heures sur France 2, mais aussi ses spécificités. Rencontre.

Publié le vendredi 24 août 2018 à 15:53
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Sophie Gigon (Directrice de la fiction daytime France 2) : « Avec Un si grand soleil, on ne pouvait pas avoir deux ou trois stars comme dans Demain nous appartient »
©Philippe Leroux/Studio FTV 

Benjamin Lopes : Le grain de ce nouveau feuilleton est différent de l’offre actuelle en France, plus sombre et plus proche de celui du soap anglais Coronation Street, diffusé après 20 heures outre-Manche. Saviez-vous dès le départ dans quelle case serait programmé Un si grand soleil ?

Sophie Gigon : On sait bien qu’il ya des feuilletons de début d’après-midi qui sont très « vidéo ». D’autres sont importés et diffusés dans des cases horaires qui ne leur sont pas forcément dévolues et correspondantes à celles de leur pays d’origine. Par ailleurs, je ne pense pas que notre feuilleton soit totalement sombre. Il est très lumineux. On l’a étalonné ainsi. Ce qui est plus sombre, ce sont les intrigues. Le point de départ doit être dramatique. Tout le reste de la série va naviguer entre des histoires romanesques, policières et la comédie.

La consommation de la télévision est aussi construire autour du replay. Avez-vous pris en compte ce facteur dans le développement d’Un si grand soleil ?

On a essayé de faire une en sorte que ce feuilleton s’inscrive dans la télévision d’aujourd’hui et de demain, à savoir linéaire et délinéarisé. Quand on voit que 20% du public de Plus belle la vie ou de Demain nous appartient vient de l’offre délinéarisée, on a été obligé de le prendre en compte lors du développement. On sait que la part du replay va encore augmenter. On a donc créé un programme qui peut être consommé absolument partout. Le grain que l’on a choisi, la façon de tourner, tout cela a été savamment pensé. On a filmé la série de façon naturaliste. On fait en sorte de se retrouver dans l’œil du téléspectateur. Il s’invite dans la scène, dans les familles. Pour cela, les caméras sont suffisamment mobiles sans qu’elles donnent mal au cœur. Les focales, les lumières et les décors ont été pensés comme ça. Tout part de l’œil du public.

« Une grande partie de l’équipe de production vient de l’univers des séries et des feuilletons »

Avez-vous été regardé du côté des autres soaps européens, qui ont réussi ou échoué, pour s’assurer du succès de cette nouvelle aventure sur France 2 ?

Ça ne se passe pas tout à fait comme ça. Les équipes qui nous accompagnent ont fait beaucoup de tests au niveau de l’écriture lors des premiers tournages. Sur les cinq premiers épisodes, on a fait appel à des « focus groups » de téléspectateurs. Il n’y a pas de recette magique en même temps. On espère de tout cœur que la série va plaire au public, on a tout mis en place pour. Par ailleurs, Olivier Szulzynger dirige toute l’écriture et il est entouré de vingt-cinq auteurs. Il a longtemps travaillé sur Plus belle la vie. Il en connait les pièges et les succès aussi. Une grande partie de l’équipe de production vient de l’univers des séries et des feuilletons. Ces gens savent traiter et raconter une histoire au jour le jour.

Une des différences majeures entre les soaps français et anglais résident dans le fait que l’ensemble des personnages restent à l’écran tout au long de l’année tandis que nous préférons, en France, miser sur des arches narratives. Vous permettrez-vous de casser ces codes ?

On a un gros succès en France depuis des années, c’est Plus belle la vie. Plus que de regarder les échecs, on préfère se concentrer sur ce qui marche. En termes de narration, on sera sur le modèle de Plus belle la vie. On aura des arches narratives de quatre à six semaines avec un cœur de personnages. On a à peu près trois à quatre histoires par épisodes et les autres personnages resteront en toile de fond. On fait déjà intervenir une palette de cinquante personnages. Il est évident qu’on ne va pas tous les montrer dans un épisode. On suit des lois dramaturgiques sur un feuilleton, qui sont de l’ordre de la tradition, qui ont une raison d’exister. Les auteurs les connaissent par cœur.

« Tout part de l’œil du public. Les focales, les lumières et les décors ont été pensés comme ça. »

Demain nous appartient a démarré avec un casting très identifié du grand public, à l’inverse d’Un si grand soleil. N’est-ce pas un pari risqué ?

C’est un autre genre de pari. Je pense que Demain nous appartient a fait un pari autour d’Ingrid Chauvin principalement, puis Alexandre Brasseur et Lorie. Le public est venu voir ces comédiens en priorité avant d’aller voir les personnages qu’ils incarnaient. Les téléspectateurs ont été curieux de retrouver des comédiens, ce n’est pas notre pari. Nous ne sommes pas dans la même zone économique non plus. C’est moins que Plus belle la vie par exemple (120 000 euros, ndlr), mais plus que Cut sur France Ô (34 000 euros, ndlr). Comme on a plus de personnages dès le début, il a fallu dispatcher le budget. On ne pouvait donc pas avoir deux ou trois stars comme dans Demain nous appartient. Le recrutement s’est fait notamment dans la région pour diminuer les coûts. On a beaucoup de visages emblématiques de téléfilms ou de séries sur toutes les chaînes. Le public ne saura pas forcément attribuer un nom immédiatement, mais il va se demander dans quoi il l’a déjà vu.

Beaucoup de comédiens sur ce nouveau feuilleton ont une formation théâtrale. Pourquoi ce choix ?

C’est un choix artistique que l’on a fait ensemble. On a voulu que le public se sente bien avec les personnages, avec les histoires, que l’ensemble leur paraisse familier rapidement. Pour cela, il faut des comédiens qui arrivent à jouer avec leur corps et l’espace. Pour atteindre cela, on est allé chercher des comédiens de théâtre très naturels et justes. Ça nous a pris du temps...

« La musique de départ fait un peu penser à Amy Winehouse »

La musique est très présente dans Un si grand soleil. Est-ce une volonté de départ ?

Il ne faut jamais oublier que l’on travaille pour l’audiovisuel, et, en en premier lieu, il y a la partie « audio ». Le son permet de reconstituer l’image. C’est une règle imparable en télévision. Vous pouvez avoir une image un peu abîmée, mais le son doit être impeccable. L’oreille fait le travail avec le cerveau pour reconstituer la scène. Des groupes de trois à quatre personnes s’occupent ainsi de la prise de son sur chaque tournage. Les perches sont extrêmement proches des comédiens, c’est pourquoi on a beaucoup de plans serrés sur les visages. Ensuite, Joseph Guigui supervise la musique sur la série. Pour le générique, on est allé chercher Talisco à Bordeaux. La musique de départ fait un peu penser à Amy Winehouse.

Au sujet des références, on remarque plusieurs similitudes avec des séries américaines comme Cold Case ou même Veronica Mars. Une fiction française sur France Télévisions ne s’interdit plus d’emprunter des codes aux séries américaines ?

C’est possible. On a emprunté des codes aux séries américaines pour les adolescents. On a clairement eu des repères d’inspiration pour créer cette série. On est parti de La forêt sur France 3 qui a imposé son naturalisme et sa sensibilité. Sur les scènes adolescentes et familiales, on s’est inspiré de Big Little Lies et 13 reasons why. On a donc à la fois des référents français et américains. On en a eu besoin pour se forger un imaginaire tous ensemble.

« On a pensé à un prime time de lancement »

Vous travaillez sur ce feuilleton depuis deux ans maintenant. Comment tout cela s’est-il articulé jusqu’au lancement ce lundi 27 août sur France 2 ?

Il y a eu une énorme période de repérage de lieux, de discussions financières. Au bout d’un an et trois mois, on a figé les choses et décidé sur ce que l’on voulait partir. On avait déjà une bible. On a voulu protéger des valeurs. Montpelier est la ville en France où il y a le plus de nouveaux entrants, après Bordeaux durant de nombreuses années. On prend les personnages avec leur histoire comme ils viennent. On parle alors beaucoup du lien, de l’échange, de l’humain. Comment fait-on pour vivre tous ensemble aujourd’hui ? Comment partage-t-on des valeurs ? Ce sont des questions que l’on s’est posées. On se veut optimiste et lucide. On peut parler de modernité intemporelle.

Allez-vous aborder des sujets de société comme Plus belle la vie ?

On ne le fera pas de la même façon. Plus belle la vie réagit beaucoup sur l’actualité. Pour l’instant, on ne le fera pas. Il faut que chacun garde son territoire et son identité particulière. La série sera tout de même ancrée dans le temps avec toutes les périodes. On ne rentrera cependant pas autant dans les sujets de société.

Un prime time de lancement a-t-il été envisagé par France 2 ?

On y a pensé. C’est un peu un fantasme. On a travaillé sur cette possibilité avec la programmation. On a finalement privilégié un lancement dans la case que la série occupera au quotidien.

Pourquoi avoir débuté les tournages aussi tôt, c’est-à-dire au mois d’avril 2018 pour une diffusion en septembre ?

Nous avons tourné les cinq premiers épisodes sur trois semaines. On avait besoin de donner les clés de la série à un seul réalisateur qui allait nous faire le cahier des charges pour toute la suite. Ce n’est pas facile de tout mettre en place et on en a profité pour anticiper tout cela. On s’est donné l’occasion de traiter une seule grande histoire pendant la première semaine de diffusion, celle de Mélanie. On a fait un arrêt où l’on a pu tester ces épisodes auprès du public, puis on a repris les tournages. Lors de la diffusion du premier épisode sur France 2, on aura une trentaine d’épisodes d’avance, comme Plus belle la vie.

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