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Succès et controverse autour de la TNT

Aude Soufi
Publié le 28/07/2006 à 00:23 Mis à jour le 27/05/2022 à 00:41

Permettant la réception de onze nouvelles chaînes gratuites au moyen d’un simple adaptateur et des sept déjà existantes en qualité numérique, la Télévision Numérique Terrestre (TNT) rencontre aujourd’hui un succès incontestable. Bien que les chaînes dites historiques disposent toujours des meilleures parts d’audience, les nouveaux entrants attirent de plus en plus de téléspectateurs. Parmi les chaînes de la TNT, TMC conserve sa première place même si sa part d’audience baisse légèrement, passant de 4,3 % au premier trimestre 2006 à 3,8 % au deuxième trimestre. La chaîne est suivie de près par Gulli et W9 qui affichent toutes deux une part d’audience de 3,5 %. Avec 7,4 % des foyers équipés d’un adaptateur, la TNT surpasse toutes les estimations faites à son lancement, le 31 mars 2005.

Mais comme toute réussite, celle de la TNT suscite des conflits d’intérêt. Celui qui occupe actuellement les dirigeants des chaînes de la TNT porte sur le projet de loi du gouvernement relatif à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur. Visant principalement à encadrer le passage de l’analogique au numérique à partir de 2008, ce projet de loi comporte un article 12 qui a suscité une levée de boucliers de la part des nouveaux entrants de la TNT, les groupe AB, BFM TV, Bolloré et NRJ. Réunis pour une conférence de presse, les dirigeants des quatre groupes ont fait part de leur opposition à cet article et de leur détermination à le faire supprimer, soulignant par ailleurs que le reste du projet de loi était globalement très positif.

Que contient donc cet article 12 qui déchaîne les passions ? Qualifié d’« avantage préférentiel redoutable et disproportionné (...) totalement inutile et immérité » par Marc Pallain, Président du directoire de NRJ Group, l’article controversé prévoit que les opérateurs historiques, TF1, M6 et Canal +, bénéficieront d’un canal bonus sur la TNT, en contrepartie du passage de l’analogique au numérique. Or, ces trois groupes sont déjà largement majoritaires sur les chaînes de la TNT, ce qui leur permet d’avoir une position dominante concernant l’achat de droits et les régies publicitaires. A eux trois, ils contrôlent 75% de la part de marché publicitaire et 50% de part d’audience. Selon Vincent Bolloré, président du groupe du même nom, l’article contesté procède d’un « choix antidémocratique » et met en place un « système inéquitable » au profit des chaînes historiques.

Le projet de loi sera discuté au Parlement à la rentrée. Les dirigeants des chaînes de la TNT ont clairement signifié leur volonté d’obtenir l’abrogation de l’article 12 qui, selon l’expression de Marc Pallain, constitue un « super bonus en période de soldes à six mois de l’échéance électorale ». Décidés à insister auprès des parlementaires français pour obtenir sa suppression, les nouveaux entrants se disent même prêts, en cas d’échec, à faire appel aux autorités européennes.