Thomas Misrachi (Escobar l’héritage maudit, RMC Story) : « Juan Pablo Escobar déteste son père, car il a tué, menti, maltraité sa mère et a été tout ce qu’il ne voulait pas être »

Ce vendredi 8 janvier 2021 à 21h05, RMC Story diffuse les deux premiers épisodes du documentaire consacré à Juan Pablo Escobar, le fils du célèbre trafiquant. Thomas Misrachi, le réalisateur, a relaté ses différentes rencontres avec le principal sujet.

Publié le vendredi 8 janvier 2021 à 16:37
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Thomas Misrachi (Escobar l’héritage maudit, RMC Story) : « Juan Pablo Escobar déteste son père, car il a tué, menti, maltraité sa mère et a été tout ce qu’il ne voulait pas être »
©Capture RMC Story 

Joshua Daguenet : Un an de montage a été nécessaire à finaliser le documentaire Escobar, l’héritage maudit d’une durée de près de 3h30. Quelles ont été les exigences de Juan Pablo Escobar sur le rendu ?

Thomas Misrachi : Il n’a eu aucune exigence. Je me suis seulement engagé à lui montrer les épisodes au cours de leur finalisation. On lui a montré le premier pour qu’il s’imprègne de l’esprit et de la manière dont nous avions travaillé. Ensuite, il a découvert les trois autres il y a quelques semaines à peine.

Avez-vous ressenti une crainte ou une quelconque appréhension de se livrer aussi profondément sur la figure de son père ?

Oui, il y a eu un petit moment avec des appréhensions. Au bout d’une semaine de tournage, on a mangé ensemble et pendant cette soirée-là, je lui ai demandé de se livrer davantage. On se côtoie depuis plusieurs années. Il a fallu qu’il sorte du personnage que je connaissais. Tout ce qu’il m’avait confié durant cette première semaine, je l’avais déjà lu et c’était dans ses bouquins. Je lui ai fait comprendre que ce n’est pas ce que je recherchais. Je voulais raconter Juan Pablo Escobar et à la fois Sebastián Marroquín [son pseudonyme, ndlr].

Juan Pablo Escobar a-t-il esquivé quelques thèmes ?

Pas du tout. Pour vous donner un exemple concert, nous avons mené une enquête dans laquelle il avait été accusé d’avoir tué un policier. Nous n’avions pas de preuve, mais plusieurs témoignages de gens qui ne l’aiment pas. Avec l’équipe, nous souhaitions en parler, mais nous ne savions pas vraiment comment l’aborder. Lors de la dernière interview réalisée à Buenos Aires, j’ai complètement oublié cette question et je lui ai demandé s’il y avait un sujet sur lequel nous n’avions pas rebondi. Il m’a alors répondu « Tu sais très bien » et il m’a donné sa version des faits quant à cette enquête. Finalement, nous n’avons pas utilisé cette séquence, faute de preuve.

« Il a fallu que Juan Pablo Escobar sorte du personnage que je connaissais »

Sa personnalité est difficile à cerner. Quels éléments de celles-ci permettent néanmoins de l’identifier comme le fils d’un des plus grands criminels de l’histoire ?

Il s’est construit à la fois à travers un père aimant, très attentionné, qui l’a amené à s’éduquer, être très intelligent ; et d’un autre côté, son père s’est rendu responsable indirectement de la mort de 45 000 personnes. On a eu accès à toutes ses archives et notamment des lettres de Juan Pablo qui, à dix ans, demandait à son père d’arrêter de tuer, car ils avaient tout ce qu’il faut pour vivre. Nous avons posé la question, à plusieurs personnes qui ont bien connu le père et le fils, de savoir si Juan Pablo aurait pu récupérer le business de son père. Tous m’ont répondu que non, car il n’était pas assez intelligent. Pourtant, personnellement, il fait partie des trois ou quatre personnes que j’ai rencontrées et dont j’ai remarqué une intelligence supérieure. Il avait toujours plusieurs coups d’avance dans les discussions. Mais le père, c’était dix fois ça.

Dans ce sujet, il revient longuement sur la mort tragique de son père tout en s’attardant à s’excuser au nom de ce dernier auprès de ses nombreuses victimes. Aujourd’hui, quelle estime a-t-il pour Pablo Escobar ?

Il l’aime et il le déteste en même temps. Il estime que son père lui a tout donné, il est devenu quelqu’un d’extrêmement fort, robuste, intelligent et qui connait la vie comme nul autre. En revanche, il déteste son père, car il a tué, menti, maltraité sa mère et a été tout ce qu’il ne voulait pas être. C’est toute la complexité du rapport entre le père et le fils que nous avons traité dans ce documentaire et c’est pour cela que nous l’avons nommé « l’héritage maudit ».

« C’est toute la complexité du rapport entre le père et le fils que nous avons traité »

Votre rencontre avec Juan Pablo Escobar est née d’une passion commune avec la moto. Dès cette première rencontre, avez-vous de suite envisagé d’en faire le sujet principal d’un documentaire en quatre épisodes ?

Cela ne s’est pas passé comme ça. On s’est rencontrés autour d’une interview, je restaurais une vieille BMW des années 70. Au bout de quelques semaines, il m’a proposé qu’on se retrouve en Colombie pour faire un road-trip. Je n’ai pas répondu tout de suite. Ensuite, j’ai relu le texto et je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. J’ai pris conscience que le fils de Pablo Escobar me proposait un road-trip en Colombie ! En voyant un documentaire sur l’acteur Ewan McGregor qui se baladait à moto avec des amis, je me suis dit que ce serait génial de faire ça et je lui ai proposé qu’il me parle de lui et de son enfance. On a commencé à travailler sur le projet en juin 2018, et en octobre 2018, j’ai été à Medellín pour la première fois. Nous avons tourné les interviews jusqu’à l’été 2019 avant de procéder à un an de montage.

Vous êtes également l’un des présentateurs phares de BFMTV. Les chaînes d’information ont été plébiscitées en 2020 avec la crise sanitaire. Ce gain d’intérêt est-il amené selon vous à perdurer ?

J’ai le sentiment aujourd’hui que la crise du Covid n’est pas terminée du tout. Dans le meilleur des cas, elle va durer quelques mois. Les besoins d’information sont gigantesques et c’est quelque chose qui va pousser les Français à regarder les chaînes d’info et BFM en particulier, car elle est leader sur ce marché-là. L’information est devenue une sorte de « spectacle » pour paraphraser Barack Obama. Parfois, elle est consommée comme une série télé, car elle est séquencée, il y a toujours quelque chose de nouveau et le public a une addiction à l’information.

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