[20 ans Toutelatele, 2007] Sarkozy / Royal, les dessous d’un débat musclé qui a fait basculer la Présidentielle

A l’occasion de ses 20 ans, Toutelatele s’arrête sur l’année 2007, celle d’un événement clé dans la vie des Français, l’élection Présidentielle. Avant la victoire de Nicolas Sarkozy, le débat de l’entre-deux tours a été musclé. Décryptage avec la journaliste Ruth Elkrief.

Publié le dimanche 4 juillet 2021 à 16:09
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[20 ans Toutelatele, 2007] Sarkozy / Royal, les dessous d’un débat musclé qui a fait basculer la Présidentielle
©Capture Toutelatele / Ben&JR / TF1 / F2 

La campagne présidentielle française de 2007 marque un tournant à la télévision. Jamais une élection n’aura autant fédéré. Rapidement, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se détachent dans les sondages. Le duel habituel entre la droite et la gauche peut reprendre. En 2002, le choc du passage du Front National au second tour avait provoqué un séisme médiatique et l’absence d’un débat entre les deux tours. Nicolas Sarkozy est favori dans les sondages, mais rien n’est joué comme s’en souvient l’éditorialiste politique Ruth Elkrief : « C’est le retour du duel politique dans toute sa splendeur avec cette originalité : c’est une femme est en face du favori puisque Nicolas Sarkozy arrive en tête. Et une femme pour la première fois sous la cinquième République qui représente la gauche »

Un premier round en solo sur TF1

Avant le débat traditionnel entre les deux tours de l’élection, les candidats se succèdent à la télévision, alors même que les sondages sont plus serrés que jamais, Nicolas Sarkozy apparaît le 5 février 2007 en prime time sur TF1 dans J’ai une question à vous poser. Le candidat de l’UMP répond alors à un panel de 100 Français avec un succès d’audience à la clé. Avec 8,24 millions de téléspectateurs, le triomphe est total. TF1 et Nicolas Sarkozy sont leaders des audiences. Deux semaines plus tard, l’engouement est encore plus fort pour Ségolène Royal qui bat tous les records. La candidate de la gauche séduit alors 8,9 millions de Français, soit 37% du public. « Deux candidats originaux à l’intérieur de leur propre camp, ils sont très disruptifs, ils ont sorti des thèmes très nouveaux, et ont un style chacun différent » analyse Ruth Elkrief.

Le dimanche 22 avril 2007, les résultats tombent. Nicolas Sarkozy arrive en tête au Premier tour. Il affrontera Ségolène Royal au second tour des élections présidentielles. L’attente des Français est grande. Avec 9,5 millions de téléspectateurs, TF1 réalise un record d’audience historique pour une élection présidentielle. Jusqu’à 13,3 millions de Français seront devant la chaîne privée. Les tractations continuent alors que le taux de participation atteint un niveau historique. Le duel de l’entre-deux tour est attendu par les Français : « Une femme, au deuxième tour, pour la première fois dans une élection présidentielle. Un candidat, Nicolas Sarkozy, qui succède en tous les cas à Jacques Chirac, mais qui n’est pas d’accord avec lui, qui est du même parti, mais qui est en rupture avec lui, c’est son slogan. Donc, une campagne passionnante, pleine de rebondissements, avec des thèmes nouveaux dans lesquels Nicolas Sarkozy emprunte des thèmes à la gauche, et Ségolène Royal emprunte des thèmes à la droite. Et donc, à front renversé sur un certain nombre de sujets. Beaucoup de suspense et beaucoup d’intérêt pour ce débat. »

Un débat attendu

Le 2 mai 2007, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy s’affrontent sur TF1 et France 2 en prime time. Juste avant, près de 15 millions de téléspectateurs suivent les JT de 20 heures de TF1 et France 2, soit 58% du public. Le débat réserve finalement des surprises et les deux candidats veulent montrer leur capacité à gouverner la France. Mais au bout de 1h54 d’émission, Ségolène Royal commet un impaire qu’il lui coûtera cher. « Elle pense qu’elle doit montrer sa pugnacité. Elle doit montrer qu’elle est combative, elle doit montrer qu’elle a cette saine colère comme elle dit. Et en fait, c’est beaucoup interprété après comme une façon de perdre son sang-froid. Alors, est-ce que si c’était un homme on aurait raisonné de la même façon ? Je ne suis pas sûre. » Et Nicolas Sarkozy utilisera cette colère à son avantage. « Le problème c’est qu’un débat de deuxième tour, ce n’est pas le premier tour, ça n’est pas pour montrer son énergie, c’est pour montrer son contrôle. C’est-à-dire qu’on est déjà dans la posture possible du Président. Et le Président, on n’attend pas qu’il se mette en colère. […] Et encore une fois, quand elle sort, elle pense qu’elle a gagné, et en réalité ça n’est pas le cas. »

Le candidat de la droite choisit également de déstabiliser Ségolène Royal sur le terrain de sa vie privée, et notamment son couple avec François Hollande. « C’est un couple particulier, qui a vécu dans la politique, et qui est fragile entre guillemets pour ça, mais qui a été fort aussi pour ça. Parce qu’ils se soutenaient ou parce qu’ils ont fait une carrière ensemble. » Puis, Nicolas Sarkozy attaque Ségolène Royal sur le bouclier fiscal « Un tacle totalement en dessous de la ceinture. Est-ce qu’il l’aurait fait à un homme ? Sur sa femme ? Même une femme politique je ne suis pas sûre. Mais bon, c’est un peu le jeu, ça fait partie de la politique, elle aurait dû anticiper. […] c’est le risque quand on a un couple aussi politique que Ségolène Royal et François Hollande. Et ça n’est que le début, car vous savez que le couple politique vit par la suite d’autres aventures.  »

Le débat musclé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy a créé l’évènement. Plus de 20 millions de Français le suivent avec attention, et un pic à 23 millions de curieux est enregistré. «  Ce qu’il reste dans les mémoires c’est la surprise, parce qu’en réalité on attendait un Nicolas Sarkozy très emporté, très passionné, éventuellement colérique voir agressif. Et une Ségolène Royal, avec les clichés féminins, peut-être plus douche, et en fait, on a eu l’inverse. »

Le coup de BFMTV

Avant cela, la chaîne d’information BFMTV, apparue seulement deux ans auparavant sur la TNT, s’offre un coup médiatique sans précédent en opposant, le samedi 28 avril 2007 dès 11h15, Ségolène Royal à François Bayrou, qui a obtenu 18,6% des suffrages au premier tour. «  C’est très intéressant, car en réalité BFMTV existe grâce à ce débat aussi parce qu’on démontre une forme de lâcheté des autres chaînes qui n’osent pas contrarier Nicolas Sarkozy en organisant ce débat. Tout le monde se recule, tout le monde s’interroge, se pose des questions. Nous, nous sommes outsider. Nous venons d’intervenir, nous sommes nouveaux sur la scène médiatique et nous montrons que nous sommes complètement libres. Nous pouvons organiser ce que nous voulons, nous sommes un média complètement libre. […] c’est incroyable, c’est une de nos opérations commando comme on a fait beaucoup depuis, mais c’est la première opération commando qu’on fait et qu’on réussit parce que c’est un moment d’histoire » avoue Ruth Elkrief lors d’un entretien accordé à Toutelatele en 2019. BFMTV réunit alors -pendant près de deux heures- une moyenne de 700 000 téléspectateurs et multiplie par trente les audiences habituelles de sa case.

À l’arrivée, Nicolas Sarkozy gagne l’élection avec 53,1% des suffrages après une campagne qui restera à tout jamais marquée dans l’histoire.

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