Faustine Bollaert (Ça commence aujourd’hui) : « Je veux qu’on me laisse dans ce registre pendant encore 20 ans »

Le magazine Ça commence aujourd’hui vit sa troisième saison sur l’antenne de France 2. Installé avec brio dans la case du début d’après-midi, son succès est aussi celui de son animatrice Faustine Bollaert. Pour Toutelatele, cette dernière a affirmé son attachement aux invités qui livrent, pour certains, des témoignages très forts et émouvants. Elle a également évoqué l’évolution de l’émission, de ses thèmes, tout en expliquant comment elle se blindait, personnellement, face à la détresse de certains témoins. L’occasion d’évoquer, également, son nouveau rendez-vous en prime time sur France 3, La boîte à secrets.

Publié le lundi 9 décembre 2019 à 13:46
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Faustine Bollaert (Ça commence aujourd’hui) : « Je veux qu’on me laisse dans ce registre pendant encore 20 ans »
©Capture France 2 

Joshua Daguenet : Avec votre émission, France 2 est passée en deux saisons de la quatrième à la deuxième place des audiences en début d’après-midi. Qu’est-ce qui est particulièrement récompensé par le public ?

Faustine Bollaert : Un travail d’équipe, au jour le jour. Quand une salle est aussi vide, il faut du temps pour regagner la confiance des téléspectateurs, surtout à cette heure-là. Je salue France Télévisions qui a eu l’audace de faire ce pari et de laisser l’émission s’installer. Il a fallu aussi que les téléspectateurs m’adoptent et m’acceptent, car j’incarne le téléspectateur à la maison. Je suis celle à travers laquelle ils se reconnaissent face à ces témoignages. Le public aime ces rencontres, ces échanges, et accepter quelqu’un dans sa famille prend du temps.

Gagne-t-on en assurance à la présentation d’une émission qui marche, en comparaison d’un démarrage toujours incertain en télévision ?

Au-delà de l’assurance, c’est un luxe parce qu’on nous laisse faire des choses que l’on ne réalisait pas au début. Il y a de réelles prises de risque avec les sujets traités. Au départ, nous nous sommes contentés d’offrir des sujets traditionnels aimés par le public. Par la suite, nous avons osé des émissions telles « Dans la tête des tueurs en série », « J’ai été juré d’assise », ou d’autres où nous avons donné la parole à des réfugiés, sortant de nos thèmes socles que sont l’amour et la famille. Au début, tout le monde observait mes mimiques, mes réactions, mon animation instinctive. Étais-je comme Jean-Luc Delarue ? Sophie Davant ? Aujourd’hui, je ne suis plus un sujet, plus personne ne me parle de mes élans d’émotion, d’affection, mes agacements, mes traits d’humour… Ma personnalité telle qu’elle est a été acceptée et c’est très confortable.

Teniez-vous à vous démarquer de Jean-Luc Delarue, Sophie Davant et Evelyne Thomas en démontrant beaucoup d’empathie ?

Il n y a aucune volonté, car je suis comme ça. C’est peut-être la volonté de ceux qui sont venus me chercher. Je ne suis même pas sûre que je le sois plus ou moins c’est plutôt dans ma façon de l’exprimer. Jean-Luc Delarue était très empathique. Je ne joue pas un personnage télé, j’aime beaucoup les gens, je m’intéresse à eux. Je suis très curieuse et très pipelette. Nous n’avons pas réfléchi autour de l’animation et j’ai pris le pari d’être exactement qui je suis et c’est en lâchant les chevaux que la mayonnaise a pris.

« Nous avons constaté un élan de solidarité à chaque diffusion de l’émission »

La déclinaison quotidienne, « Des nouvelles de nos invités », permet de constater que vos témoins sont enclins à effectuer un nouveau passage dans l’émission, ce qui illustre son côté bienveillant…

Nous gardons un contact avec nos invités donc nous savons que leur passage dans l’émission est suivi de répercussions dans leur vie. Un jour, nous nous sommes fait la réflexion que nous avions plein de choses à raconter sur l’après : ce couple homo, jugé par tout le monde, qui a été regardé différemment dans son village ; cette femme qui avait fait un déni de grossesse et qui avait finalement recueilli de l’empathie une fois qu’elle avait déroulé son histoire… Nous avons constaté un élan de solidarité à chaque diffusion de l’émission. Et si elle s’appelle Ça commence aujourd’hui, c’est parce que ce passage dans l’émission est le début de quelque chose. Ce nom a un sens. Maintenant, cette case vient de se créer et notre arrivée s’inscrit aussi dans une logique d’économie pour France Télévisions. Le rendez-vous monte, j’y crois !

Veillez-vous à varier les thèmes, que ce soit en terme de diffusion et de tournage ?

Au niveau du tournage, c’est important, car je ne peux pas enchaîner quatre émissions très difficiles, trop concernantes pour moi ou avec des enfants, car j’y suis très sensible. Je demande par exemple à ce que l’émission du vendredi soir après le direct soit un peu plus légère, car j’ai du mal, en bout de course, à m’investir dans des témoignages douloureux. A l’antenne, nous essayons également d’alterner un thème lourd avec un sujet beaucoup plus léger, sociétal, amusant. Cette émission est à l’image de la vie : certains jours, vous vous levez, vous avez envie de rigoler, de déconner avec vos copains. D’autres jours, vous avez une forme de gravité, vous vous posez des questions existentielles. Nous, on accompagne les gens dans leurs différentes humeurs, dans une palette d’émotions différentes.

Malgré une variation dans les registres, certaines fins de journées ne sont-elles pas démoralisantes après une succession de témoignages difficiles ?

Oui, bien sûr ! Des fois, j’ai beaucoup de mal. Récemment, j’ai été trop essorée par certains témoignages. Pour faire cette émission, il faut être extrêmement structuré et veiller à avoir une vie qui ne soit pas un sujet. Nous devons pouvoir ranger notre vie personnelle dans une case pour entrer en communion ou en empathie totale avec les gens que l’on écoute. De mon côté, j’ai connu une petite turbulence dans ma machine personnelle, et tout d’un coup, cela m’a rendu perméable et je n’arrivais plus à mettre la distance de sécurité nécessaire au sortir de l’émission. Quand je reviens dans ma loge, avec ma productrice on rigole, on plaisante. On explique pourquoi nous avons été bouleversées par tel ou tel sujet. Nous exorcisons la rayonnance que cela a pu avoir par rapport à notre histoire. Une fois que la jauge a été vidée, nous pouvons repartir pour une autre émission. Ma productrice et moi-même sommes connectées, elle sent quand je peux et quand d’autres sujets sont trop douloureux. Elle serpente et adapte les choses afin que je reste dans une situation confortable.

À votre style empathique s’ajoute votre côté tactile que l’on constate avec vos invités. Quels sont les derniers mots que vous avez pour eux lorsque le générique de fin apparaît ?

J’ai un mot très adapté à ce que l’on vient de vivre. J’ai besoin de consoler certains invités quand je sens qu’ils lâchent prise. Je repense à la petite Camille qui avait été bouleversée en revoyant des images de sa maman, donc j’ai eu envie de la materner. En général, je leur demande s’ils sont contents de l’émission, s’ils ont pu passer les messages qu’ils voulaient, s’ils vont en garder un bon souvenir et je les remercie tout simplement.

Adaptez-vous votre style vestimentaire et les couleurs de vos tenues selon le thème du jour ?

Les couleurs, non. Maintenant, pour une émission portant sur le deuil, je ne mettrai pas un pull rouge à paillettes. En revanche, pour une émission un peu rigolote sur l’amour, je vais m’amuser à mettre des vêtements plus colorés. Je ne veux pas que mes vêtements soient un sujet, car si les gens restent fixés sur une veste, une broche, ils n’écoutent pas mes invités. Je suis une fille, je suis coquette et je fais attention, mais je souhaite que leur regard passe sur moi pour s’arrêter sur mes invités. Je ne suis qu’une personne de passage.

« Je suis une militante de la tolérance et de la compréhension de la différence »

Eu égard aux thèmes abordés, Ça commence aujourd’hui est-elle, inévitablement, une émission qui fait de la politique ?

Surtout pas ! Je suis une militante de la tolérance et de la compréhension de la différence. En ça, cela fait peut-être de moi quelqu’un qui véhicule des messages politiques, mais ceux-ci ont une uniformité : la tolérance et l’acceptation de la différence de l’autre. Le débat politique ne m’intéresse pas et je ne veux surtout pas rentrer dans des discussions comme on peut en voir dans d’autres émissions ou dans les journaux télévisés. Je suis là pour écouter des histoires de vie et chacun se fait son avis à la maison. Je donnerai toujours la parole à celui qui s’ouvre à l’autre... je ne crois pas que ça fasse de moi quelqu’un de politique.

À l’instar de Jean-Luc Reichmann, vous êtes-vous sentie trahie par les révélations autour de Christian Quesada, que vous avez reçu en plateau ?

Trahie, non. Je regrette d’avoir invité cet homme odieux, mais je ne savais pas. Personne ne le savait. J’ai prêché de bonne foi. Oui, j’ai été en colère en l’apprenant, maintenant je n’ai aucun regret quant au comportement de ma rédaction.

Votre popularité et le succès de l’émission ont participé à vous confier la présentation d’une nouvelle émission en prime time sur France 3, La boîte à secrets

J’ai adoré cette émission qui est parfaitement la continuité de ce que je fais l’après-midi. Je me retrouve dans le même rôle de confesseuse. C’est très valorisant pour un animateur de s’intéresser au passé heureux des gens et de leur offrir des surprises qui vont les bouleverser. En même temps, cela me fait du bien, car les témoignages lourds de l’après-midi sont contrebalancés par un décor magnifique, une énergie positive. Je goûte à nouveau à la légèreté du métier que j’exerce. Ça commence aujourd’hui m’enrichit, mais il y a des difficultés à traverser. Aussi, La boîte à secrets a une mécanique redoutable avec des témoins qui se racontent. J’en suis très fière et je peux enfin affirmer un positionnement. J’ai fait des gâteaux sans être particulièrement pâtissière et présenté des tas d’émissions différentes. Aujourd’hui, je suis devenue une « confesseuse de gens » en me sentant très cohérente et à ma place. J’ai l’impression de donner quelque chose de bien de moi.

En enchaînant ces deux émissions, ne risquez-vous pas de vous enfermer dans un certain concept ?

J’ai présenté des jeux, de la téléréalité, des émissions de faits-divers… à l’époque, les journalistes me demandaient si je n’avais pas peur de m’éparpiller. Et maintenant que j’ai trouvé une cohérence, on me demande si je n’ai pas peur d’être enfermée dans une case (rires). Vous pouvez m’enfermer dans cette case pendant quinze ans, je serais hyper heureuse, car c’est la mienne. Je ne demande pas plus, pas moins, j’ai exactement ce dont je rêvais. Avec ce succès, on me reconnait cette compétence. Je veux juste qu’on me laisse là pendant dix ans, quinze ans, vingt ans…

Si un jour, vous êtes conviée en tant que témoin dans Ça commence aujourd’hui, quels pourraient être les thèmes ?

J’ai connu une adolescence très sombre avec des drames et un vrai mal-être profond. J’ai mis du temps à me trouver et je suis très sensible à ces grands questionnements existentiels des adolescents. J’aimerais aborder ce sujet et rassurer les parents en leur montrant qu’on peut s’en sortir. Je milite en ce moment pour réaliser des émissions autour de ce sujet. La question de l’accompagnement de l’adolescent, très compliquée face à la drogue ou aux tempéraments dépressifs, m’interroge beaucoup.

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