Isabelle Saporta (Les Grandes Gueules) : « Il est impossible d’être dans le politiquement correct jusqu’au bout »

Isabelle Saporta a rejoint Les Grandes Gueules à la rentrée 2020. L’éditrice dresse un premier bilan de son arrivée dans le talk de RMC Story.

Publié le dimanche 22 novembre 2020 à 18:58
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Isabelle Saporta (Les Grandes Gueules) : « Il est impossible d’être dans le politiquement correct jusqu’au bout »
©Capture RMC Story 

Benoît Mandin : Après une expérience d’un an en politique, vous avez rejoint la télévision à travers Les Grandes Gueules sur RMC Story à la rentrée. Comment avez-vous abordé ce nouveau départ ?

Isabelle Saporta : En fait, pour moi, Les Grandes Gueules n’est pas une émission de télévision. C’est plus un lieu de débats. En rejoignant Les Grandes Gueules, je continue à affirmer des convictions et à me battre pour que les choses changent. Au fond, on fait de la politique au sens noble du terme. On crée une agora, on réfléchit sur les sujets, on est à l’écoute de nos concitoyens et on œuvre tous ensemble. Contrairement à ce que pense une certaine gauche caviar, l’émission offre un lieu de débat démocratique très pointu.

Comment êtes-vous arrivée dans le talk d’Alain Marschall et Olivier Truchot ?

Dans le cadre de la promotion de mes livres, j’ai été régulièrement invitée à me rendre dans Les Grandes Gueules. C’est une des rares émissions où quand j’arrivais en plateau, tout le monde avait vraiment lu mon ouvrage. Chacun apporte son expertise qu’il soit avocat, paysan ou fromager. C’est la vraie vie ! J’ai tout de suite accepté de rejoindre cette équipe et j’en suis hyper fière.

Comment définiriez-vous le style Isabelle Saporta dans Les Grandes Gueules ?

Dans la vie, je suis déjà une grande gueule (rires). Alain Marschall et Olivier Truchot m’ont juste dit : « Sois toi-même ». Quand on vient du milieu journalistique, on a tendance à se questionner sur notre légitimité sur tel ou tel sujet. L’émission nécessite un grand nombre d’heures de travail. Je ne me suis jamais interrogée sur le personnage que je suis. Je dis librement ce que je ressens et j’assume mon positionnement.

« . Je dis librement ce que je ressens et j’assume mon positionnement »

Vous imposez-vous des limites ?

Entre la Covid-19 et le terrorisme, j’ai eu un sacré baptême du feu ! Sur ces sujets, on ne prend pas la parole pour donner un avis comme ça. Cela étant, il ne faut pas oublier que Les Grandes Gueules, ce sont trois heures de direct et de tensions. Il est impossible d’être dans le politiquement correct jusqu’au bout. Au bout de trois heures, tu es forcément dans la vérité de ce tu penses. Aux Grandes Gueules, tu ne peux pas tricher ! Tu es sous tension et tu sais très bien que, vu l’audience du programme, ta parole porte. Il est hors de question d’être dans la langue de bois. Aujourd’hui, on souffre d’une espèce de mollesse dans le débat public. Les politiques ne disent plus ce qu’ils pensent...

En octobre, vous avez appelé les Français à se rebeller contre les restrictions sanitaires. Dans une émission aussi scrutée que Les Grandes Gueules, n’y a-t-il pas un risque d’exposer aussi librement ses pensées ?

Oui, car c’est déformer sur les réseaux sociaux. Ma tribune était très mesurée, ce n’était pas un appel aux armes. J’ai voulu démontrer à quel point on laissait les libertés publiques être reniées et les pouvoirs publics s’immiscer dans notre sphère privée. Depuis 2015, nous avons vécu la moitié du temps sous l’état d’urgence. Là avec la Covid-19, il y a un accélérateur de ces questions-là et on a l’impression qu’on n’a rien à dire. C’est comme si nos politiques avaient décidé que le régime démocratique était le moins approprié à faire face aux crises, mais c’est faux ! Nous ne sommes pas là pour arranger la vie des dirigeants. J’assume cette prise de parole.

« Je n’ai jamais vu un dérapage aux Grandes Gueules »

Le public assiste à une multiplication d’émissions de débats à travers l’essor des chaînes d’information en continu. En quoi Les Grandes Gueules parviennent-elles à garder leur différence ?

Bien qu’ils aient l’habitude de manier la parole publique, les chroniqueurs des Grandes Gueules ne sont pas des journalistes. C’est intéressant parce que ça leur donne un prisme différent par rapport à l’actualité. Ils parlent depuis là où ils œuvrent. Jérôme Marty, médecin, relate réellement ce qu’il vit à l’intérieur de son cabinet avec la Covid-19. Gilles Raveau, professeur d’économie, parle de ce qu’il vit vraiment à la fac. Les informations que l’on a de façon désincarnée dans les journaux, hé bien dans Les Grandes Gueules, ça s’incarne et on comprend. De plus, Alain Marschall et Olivier Truchot sont deux grands journalistes maîtrisant parfaitement les débats. Dès qu’il y a un écart ou une bêtise proférée dans l’émission, ils recadrent. Je n’ai jamais vu un dérapage aux Grandes Gueules.

Quel bilan tirez-vous de vos trois premiers mois dans Les Grandes Gueules ?

À un moment où chacun d’entre nous voudrait aider notre pays, faire avancer la cohésion sociale et retrouver le plaisir d’être ensemble, j’ai cette chance de pouvoir porter la voix de ceux qu’ils ne peuvent pas parler. Je suis hyper fière de ça. Quand se pose la question du confinement, de la fermeture des librairies et des rayons livres des grandes surfaces, je suis sans doute la seule éditrice de France à pouvoir dire à quel point ça impacte mon travail et l’inquiétude procurée. C’est une tribune offerte non pas pour vos opinions, mais pour porter des questions qui agitent la population française. Il faut être à la hauteur de ça. J’ai rarement eu autant le sentiment d’une exigence personnelle sur ce que je vais dire. On est tellement dans une période explosive qu’il est hors de question de se laisser aller à des facilités pouvant donner lieu à des conséquences inflammables.

« J’ai rarement eu autant le sentiment d’une exigence personnelle sur ce que je vais dire »

L’émission a-t-elle pu faire évoluer certaines de vos convictions ?

Je suis quelqu’un de pragmatique. J’ai énormément de convictions, mais je n’ai jamais eu l’impression d’avoir raison contre tout le monde. L’appel d’un maître d’hôtel, travaillant dans l’évènementiel, m’a beaucoup marqué. Vu qu’il est indépendant, il ne bénéficie pas du chômage et on est donc au RSA. Et là tu te rends compte que, malgré les grands discours et les plans de relance, il y a les personnes vivant au quotidien la crise. La parole se libère. Les Grandes Gueules, c’est une leçon d’humilité ! Là, tu as la vraie vie des gens qui pâtissent de toutes les conséquences de la crise sanitaire. Tous les politiques devraient écouter plus souvent Les Grandes Gueules. Ils pourraient peut-être un peu plus se projeter dans la vraie vie. On a l’impression qu’ils planent...

À travers une chaîne comme CNews avec Éric Zemmour, estimez-vous que l’on assiste à la libéralisation de la parole sur les chaînes de télévision ?

Les Grandes Gueules et tout ce qui peut se faire sur CNews aujourd’hui, ça n’a rien à voir. Les Grandes Guueles, c’est de l’information. Les sujets sont travaillés, débattus, les auditeurs interviennent et on avance tous ensemble. De plus, il n’y a pas de côté excessif et polarisé. Contrairement à CNews, on ne cherche pas à opposer les deux irréconciliables. Nous sommes sur des sujets durs auxquels tous les citoyens sont confrontés et sur lesquels on ouvre une agora publique. L’idée n’est pas d’être le plus clivant possible. La question n’est pas de se taper dessus, mais d’essayer de comprendre pourquoi un tel pense comme ça. Moi, je suis considérée comme ayant une position plus libérale. Dans Les Grandes Gueules, l’idée est d’avancer vers une réconciliation. Chacun essaye de se mettre à la place des autres sans jugement.

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