Olivier Minne (Fort Boyard) : « Si le genre n’avait pas été renouvelé, le Fort se serait totalement éteint »

Depuis 2003, Olivier Minne est l’animateur du jeu Fort Boyard, l’un des totems du petit écran. Pour les 20 ans de Toutelatele, celui qui présente Joker et Tout le monde a son mot à dire s’est replongé dans les archives du jeu, tout en revenant sur ses anciennes expériences.

Publié le samedi 17 juillet 2021 à 18:54
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Olivier Minne (Fort Boyard) : « Si le genre n’avait pas été renouvelé, le Fort se serait totalement éteint »
©Capture France 2 

Joshua Daguenet : Peut-on, sur un CV consacré aux jeux télévisés, écrire une ligne plus prestigieuse que près de vingt saisons d’animation du Fort Boyard ?

Olivier Minne : (rires). Je ne pouvais certainement pas savoir la première année que je serai toujours à la tête du programme encore aujourd’hui. Je n’ai vraiment pas à me plaindre, je suis très heureux. Mais c’est aux observateurs de décrire cette durabilité.

18 années à la présentation d’un jeu télé est une performance aujourd’hui inusitée. Pourquoi est-ce si dur, dorénavant, de s’installer durablement sur un programme ?

Ça peut encore être le cas heureusement, j’en veux pour preuve les jeux quotidiens que j’ai animés sur France 2 qui ont connu des fortunes diverses et la chaîne a voulu les garder. À présent, ils battent des records. Il est certain qu’aujourd’hui, comme il y a une pléthore d’images et une instantanéité qui n’a de cesse de s’amplifier mois après mois, si un programme ou un format n’est pas performant assez rapidement, la loi implacable de la télé s’applique.

Vous faites notamment allusion à Tout le monde à son mot à dire, qui réalise désormais de très belles audiences…

Oui, il parait. J’en suis à ma trente-deuxième année de télévision, je ne veux pas m’embarrasser l’esprit sur ces choses-là. Je veux m’embarrasser l’esprit sur le fait d’être le plus concentré possible sur ce qui m’est demandé de faire. La compétition et le challenge me concernant sont ce que je peux apporter à un programme plutôt que de savoir s’il y a eu un changement de 0.4 point par rapport à la veille. Je ne suis pas tributaire de cette pression-là.

En 2013, Fort Boyard a retrouvé un second souffle avec la meilleure saison depuis 2008 en audience et une part de marché proche de 18%. L’arrivée des premières célébrités dans la peau de personnages (Delphine Wespiser, Willy Rovelli) a-t-elle été le moteur de ce renouveau ?

Cela fait partie plus globalement d’un ensemble artistique reconsidéré par Guillaume Ramain, producteur artistique du programme. Il a renouvelé la proposition auprès des fidèles du programme et auprès des potentiels nouveaux téléspectateurs. Cet ensemble, en effet, a été incarné par la venue de personnages récurrents qui sont avec nous depuis plusieurs années.

« La lassitude n’est pas au rendez-vous car ce jeu m’offre de nouveaux challenges chaque année »

Cette même année a également marqué une véritable rupture dans la mise en scène avec une approche plus moderne et un graphisme se rapprochant du jeu vidéo. Un jeu comme Fort Boyard doit-il, lui aussi, se « dépoussiérer » régulièrement pour assurer sa pérennité ?

C’est une évidence. En ayant fêté la trentième saison, et en revoyant des images des premières émissions par Patrice Laffont et les années de Jean-Pierre Castaldi, on se rend compte du chemin parcouru. Les envies des téléspectateurs évoluent, tout comme l’œil et le regard. Si aujourd’hui, nous proposons une version de Fort Boyard faite sur fond de pierre calcaire avec une structure de jeu faite de bois et de métal, je ne suis pas sur que l’attractivité serait la même. Le montage, l’habillage et le « story-telling » ont des codes différents. Si le genre n’avait pas été renouvelé, le Fort se serait totalement éteint.

Avant l’animation, vous avez été candidat à deux reprises du jeu d’aventures, en 1995 et 1997. Quelles différences établiriez-vous entre la version du produit à cette période et l’actuelle ?

Le Fort a gardé ses fondamentaux : le squelette, la structure, l’ADN… mais la chair s’est renouvelée. On dit que l’ensemble de nos cellules se renouvellent tous les dix ans, et bien c’est pareil avec un programme de télévision. Entre le moment où j’ai été candidat, et même la première année durant laquelle j’ai animé le jeu, nous avons dézingué énormément de trucs en 2003. Nous avons incorporé la nuit et avons commencé le travail de reconquête. C’est à la fois le même jeu, et en même temps, il est très différent. Dans l’animation, je peux continuer à me nourrir de mon expérience de candidat.

Voilà onze ans que vous présentez en solo Fort Boyard. Goûteriez-vous de nouveau à la compagnie d’une animatrice après vos collaborations auprès de Sarah Lelouch et Anne-Gaëlle Riccio ?

J’ai été très heureux de présenter le programme avec Sarah et Anne-Gaëlle. Dès le début, le jeu devait être animé seul. C’est à la demande de Patrice Laffont que Jacques Antoine a modifié le programme d’origine pour intégrer une co-animatrice. Mais au départ, Marie Talon faisait très peu de choses, son rôle était très réducteur et c’est encore Patrice Laffont qui a incité la production à offrir plus de présence à cette femme. Ensuite, Sophie Davant a rejoint Fort Boyard. La balance a donc été effectuée entre l’animatrice présente auprès des candidats et l’animateur qui était en réception de l’équipe devant chaque épreuve et qui interagissait davantage avec le Père Fouras. Aujourd’hui, je ne serais pas opposé à l’idée de co-présenter à nouveau le programme avec une jeune femme, mais je trouve que c’est beaucoup plus cool d’être en contact permanent avec les candidats, car j’ai gagné en complicité avec eux. Je ne vois pas où serait la plus-value maintenant, d’autant plus que la féminité est incarnée avec les personnages que nous avons.

« Les Mondes fantastiques ? Des parents qui regardaient l’émission étant enfants m’en parlent, émus, encore aujourd’hui »

La trentième saison anniversaire de Fort Boyard n’a-t-elle pas été quelque peu incomplète puisque seuls deux anciens animateurs y ont participé ?

Je ne suis pas le producteur de l’émission. J’avais proposé que l’on rassemble l’ensemble des visages qui avaient animé le Fort. Nous l’avions fait pour les 20 ans et nous aurions pu réunir tout le monde sauf Cendrine Dominguez. Hélas, je n’ai pas eu la main là-dessus et dans ce qui était prévu dans l’aménagement du planning, ça ne s’est pas fait. Après, je ne sais pas si tout le monde a été contacté, mais j’aurais aimé qu’il y’ait plus de participants.

Jean-Pierre Castaldi a notamment regretté de ne pas être convié…

Je regrette l’absence de Jean-Pierre… Représentant l’un des trois visages masculins ayant incarné le programme, j’aurais beaucoup aimé qu’il soit avec nous.

Bien avant ce jeu, vous avez connu une aventure relativement endurante dans Les Mondes fantastiques, considéré comme une déclinaison enfantine de Fort Boyard. Quels souvenirs en gardez-vous ?

J’en ai que des bons souvenirs. Tout d’abord, je débutais dans l’animation même si j’avais déjà quelques expériences comme Génies en herbe, une émission pour les collégiens sur France 3. J’entamais ma carrière de journaliste avec le rendez-vous Matin Bonheur. Quand Agnès Vincent m’a appelé pour présenter Les mondes fantastiques, j’ai commencé à intégrer « l’université » en terme d’animation. Mon premier gros jeu était intéressant dans l’approche, car il s’agissait d’animer un divertissement avec des enfants. J’ai toujours su comment leur parler et interagir avec eux. Cette expérience a été fantastique, et aujourd’hui encore, j’ai des parents qui regardaient Les Mondes fantastiques quand ils étaient enfants et qui me parlent, émus, de ce jeu.

Avez-vous déjà réfléchi à vos occupations printanières quand vous ne serez plus aux commandes de Fort Boyard ?

Non, je n’ai pas réfléchi à ça ! (rires). Je suis fataliste. Je sais bien que ça arrive suffisamment tôt et de manière imprévue pour ne pas l’anticiper. Je fais tellement de choses à côté que je suis sur que mes printemps seraient bien occupés malgré tout. Certains diront que je suis très naïf, d’autres me trouveront encore très investi, ce qui est le cas. Pour le moment, à titre personnel, je n’envisage pas de m’en aller. Le jeu s’est tellement renouvelé que je me vois confier de nouveaux challenges chaque année. La lassitude n’est pas au rendez-vous.

« Les gens ont plus besoin que jamais de se rassembler autour de programmes intergénérationnels »

Après Intervilles et La Carte aux trésors, le retour de Jeux sans frontières, que vous avez animé en 1997, avait été évoqué. Que signifie la résurrection de ces programmes emblématiques ?

Je dirais de manière assez évidente que les téléspectateurs ont ce besoin de se retrouver dans un format fédérateur pour faire corps ensemble et partager dans le sens large du terme. Les enfants d’aujourd’hui ignorent la signification de Jeux sans frontières. Ils ne regardaient pas Nagui et je ne parle même pas de Léon Zitrone. Quand j’ai fait les 50 ans d’Intervilles avec Nathalie Simon et Tex, nous avons réalisé un score vertigineux en direct des arènes de Dax. Cette communion avec le public et les candidats fut merveilleuse. Beaucoup d’enfants et de jeunes ont alors découvert ce qu’était Intervilles. Ces programmes sont intergénérationnels et les gens ont plus besoin que jamais de se rassembler.

On peut aussi expliquer de cette façon la longévité de Fort Boyard

Oui, aussi, parce que Fort Boyard est une émission caractérisant les chaînes familiales et historiques. Elle garde cette vocation d’être regardée par tout le monde, et non par un seul segment de la population.

En dressant la liste des animateurs se lançant dans la comédie, vous qui naviguez entre la France et Los Angeles, n’auriez-vous pas des envies de cinéma ?

Je n’ai aucune velléité dans ce milieu. J’ai commencé à Paris en tant qu’apprenti-comédien de théâtre. J’ai joué deux saisons d’une série s’appelant à Tort ou à raison pour France 3 et la RTBF. J’ai aussi participé à quelques unitaires, mais c’est très difficile de switcher quand on fait de la télévision. Il y a quelques années, j’ai pris la décision de ne plus jamais jouer au théâtre ou pour la télévision. Le climat californien m’a même poussé à faire ce choix.

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