Pierre Leccia (Mafiosa) : « Mettre ce coup de feu à la fin était un peu trop trivial et prosaïque »

Lundi 5 mai 2014, Canal+ a diffusé la fin de Mafiosa. A cette occasion, Pierre Leccia, scénariste et réalisateur, est revenu sur son « aventure » de sept ans et sur la manière dont il a choisi de conclure sa série.

Publié le lundi 5 mai 2014 à 22:50
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Pierre Leccia (Mafiosa) : « Mettre ce coup de feu à la fin était un peu trop trivial et prosaïque »
©Angela Rossi / Image & Compagnie / Canal+ 

Claire Varin : Hélène Fillières a eu dû mal à quitter son personnage. Appréhender cette fin de Mafiosa a-t-il été compliqué pour vous aussi ?

Pierre Leccia : Evidemment, maintenant que la série est terminée, j’ai le Mafiosa blues. C’est une aventure qui a duré sept ans. Je n’ai pratiquement fait que ça. J’ai écrit, j’ai réalisé et j’ai joué dedans, c’est un sacré morceau de vie. Dès le début de l’écriture de la saison 5, on savait que c’était la dernière. On a décidé avec la production et Canal+ que l’on ne ferait pas de saison 6 pour ne pas faire le combat de trop. L’écriture s’est bien passée. On est allé là où l’on voulait aller. Je comprends qu’Hélène soit un peu troublée parce que pour un acteur, il n’y a que dans les séries que l’on peut avoir un tel parcours à défendre.

Votre vision de cette fin a-t-elle varié au fur et à mesure du temps ?

Quand on écrivait les saisons précédentes, on ne pensait pas à la fin de Mafiosa. C’est seulement quand on a débuté l’écriture de cette dernière saison que l’on a commencée à envisager la fin. Avant cela, on ne pensait qu’à écrire la fin d’une saison en se disant : « Il faut qu’on en garde un peu sous le pied » pour la suivante. Là, sachant qu’il n’y aurait rien derrière, on était plus libre. On pouvait aller plus loin dans les lignes narratives des personnages. Faire des scénarios, c’est un jeu. Celui de s’arrêter le plus près du précipice possible. Quand c’est la fin, il n’y a plus besoin de s’arrêter près du précipice. On peut foncer et décoller comme dans Thelma et Louise.

N’y a-t-il pas eu une émotion à faire ce dernier épisode ?

La dernière séquence de l’épisode 8, lorsque Sandra regarde un film Super 8, est une séquence que l’on a tournée en milieu de tournage. Fatalement, comme on ne filme pas chronologiquement, mais par décors, ça n’a pas le même impacte que si l’on avait tourné cette séquence le dernier jour de tournage. On y pense parce que c’est un peu un retour sur le passé. Je trouvais ce générique, qu’avait fait Éric Rochant, très beau, touchant, sensible. J’ai eu l’idée de le récupérer pour boucler la boucle. Mafiosa restera l’histoire de cette femme et de son frère. Sa difficulté, d’abord, à composer avec lui. La difficulté qu’elle a eue lorsqu’elle a décidé de l’éliminer. Puis, celle de vivre avec la mort de son frère. Et je voulais terminer avec ça.

« Ce qui a chargé la saison 5, c’est la mort de Fred Graziani »

Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage ?

Ce qui a chargé la saison 5, c’est la mort de Fred Graziani. Il est décédé cinq semaines avant le début du tournage. Il était prévu qu’il tourne. Après, j’ai voulu garder Manu. La maison de Sandra était dans le village de Frédéric Graziani. Les séquences que l’on a tournées dans le cimetière, on était à vingt mètres de sa tombe. On a filmé l’enterrement de Manu dans une église qui est dans le village de Frédéric Graziani. On avait l’impression que c’était à la fois l’enterrement de Manu et celui Fred. C’est pour ça que c’était lourd. Ce n’était pas rien. Pour Hélène, pour Éric Fraticelli, pour toute l’équipe et pour moi, c’est ce qui nous aura surtout marqués.

Votre double casquette de scénariste et de réalisateur vous a permis d’accompagner la série jusqu’au bout...

C’est une manière de garder la main. Il y a plein de façons de réaliser la même scène. J’écrivais Mafiosa pour qu’Éric Rochant le fasse à sa main, puis j’ai fait en sorte que ce soit à la mienne. On a davantage une impression de contrôle. On sait comment on va diriger les comédiens, on sait où on peut les amener et c’est beaucoup plus fort. La réalisation offre une façon d’aller au bout de son travail. Aujourd’hui, j’ai touché à la réalisation. C’est comme toucher à la drogue dure. J’ai envie de continuer à réaliser des choses que j’aurais écrites.

Partie 2 >Pierre Leccia décrypte le final de Mafiosa


Pouvez-vous revenir sur votre choix de ne pas filmer la mort de Sandra Paoli [tuée par Carmen] et qui peut laisser un doute au téléspectateur ?

Tout raconte qu’elle tire. Mettre ce coup de feu à la fin était un peu trop trivial et prosaïque. La musique de Pierre Gambini parle aussi un coup de feu. C’était mieux de rester en l’air, comme accroché à un hameçon, plutôt que d’avoir cette pression qui retombe. La musique monte et on lance le générique. C’est un retour à la case départ. Reprendre le générique du début raconte que l’histoire va se répéter. J’ai fait une première projection test au moment du mixage. En voyant la réaction des gens qui étaient là, j’étais persuadé d’avoir raison. Il fallait que l’on se retrouve happé. Si on lui éclate la cervelle contre le mur, c’est trop convenu. Pourtant, je déteste lorsqu’on laisse au spectateur le soin de se raconter lui-même la fin. Là, j’ai l’impression d’avoir été jusqu’au bout de ce que je pouvais faire pour ne pas surligner la fin, tout en donnant suffisamment d’éléments au spectateur pour qu’il se dise : « elle est morte ». Je comprends la frustration. Mais dans quelques années, on pourra en parler. Je me souviens avoir discuté des nuits entières sur la fin d’Il était une fois en Amérique. Et si Sergio Leone avait filmé Noodles tirant une balle dans la tête du Sénateur Bailey, toutes ces conversations à se demander s’il s’était jeté dans le camion-poubelle, on ne les aurait pas eus. Il a donc eu raison.

« Il fallait que l’on se retrouve happé. Si on lui éclate la cervelle contre le mur, c’est trop convenu. »

Vous parlez de répétition de l’histoire à propos de Carmen. Était-ce donc inéluctable ?

On aurait pu commencer la saison 6 par le moment où Carmen tue Sandra. [Il y a une ellipse de 6 mois entre la mort de Tony et les deux séquences qui concluent la série, ndlr.] Ce qui est intéressant ce n’est pas l’endroit où l’on va, mais le voyage. Ce ne sont pas les fins qui font les grands films, c’est qu’il y a avant. Il y avait un truc assez inéluctable. C’est une famille un peu maudite comme les Atrides dans la mythologie grecque. Tout ce qu’ils ont est fondé sur un fratricide, un parricide et la mort d’un être cher. Toute l’histoire de la sœur qui tue son frère, ça ne peut pas bien finir. Et comme l’histoire se répète souvent chez les voyous et qu’on essaye de lutter contre son destin, mais que l’on n’y arrive pas, il me semblait logique qu’il y est de la Sandra en Carmen. C’était incontournable. Sur le tournage, j’appelais toujours Phareelle Onoyan « Mafiosette ». Comme Hélène, elles ont toutes les deux un truc puissant de chef, de détermination, d’abnégation, de prêtes à tout.

Pour Hélène Fillières, le public féminin devrait regarder Mafiosa. Votre envie de construire deux personnages féminins forts était-elle consciente ?

C’est la bonne idée de Mafiosa. L’histoire de cette femme qui se retrouve dans un milieu d’hommes et dans un milieu hostile. Contrairement à certains gangs hispaniques à Los Angeles ou parfois, dans la mafia sicilienne, il n’y a pas de femme au pouvoir dans l’histoire des voyous corses. En revanche, comme disait Napoléon, derrière chaque homme important, il y a une femme. Je ne sais pas si les femmes doivent voir Mafiosa, mais au début la problématique de Sandra était celle d’une femme dans un milieu d’homme. Et plus les saisons avancent, plus la problématique de Sandra devient celle d’un chef.

Quelles sont vos envies maintenant que la série est terminée ?

La Corse et les gens qui prennent des chemins de traverse, que ce soit des flics ou des voyous, ça m’intéresse. J’ai envie de raconter la vie de ces gens qui descendent du trottoir et qui marchent sur la route à contresens. J’aime les parcours humains des gens qui ne font pas les choses comme les autres. C’est pour ça que les voyous m’intéressent. C’est bizarre quand on est un voyou d’intégrer que l’on puisse mourir à quarante ans ou faire vingt-cinq ans de prison et d’avoir cette fatalité. Et d’aller au bout de ça parce que c’est là qu’ils trouvent leur adrénaline. C’est une belle matière pour un scénariste parce que ce sont des personnages sans limites.

Pourriez-vous écrire une autre série ?

Même si j’ai envie de faire un film pour le cinéma, j’aimerais à nouveau faire de la série parce que c’est une façon d’aller beaucoup plus loin dans les personnages. On gratte, on gratte et à chaque fois, on peut trouver de nouvelles couches, et révéler de nouvelles envies. La série, c’est avant tout un rapport avec des gens. C’est un rendez-vous que l’on a avec des personnages. Et il faut les incarner, les rendre réalistes et vraisemblables. On a l’impression qu’il existe. Moi qui consomme beaucoup de séries, j’ai l’impression que pendant des années, il y a eu un type dans le New Jersey qui s’appelait Tony Soprano et qu’à Albuquerque, il y avait un mec qui s’appelait Walter White.

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